Les arts médiatiques et numériques — Commentaires du Conseil québécois des arts médiatiques
Submitted by CQAM 2010-07-13 11:31:54 EDT
Theme(s): Building Digital Skills, Canada's Digital Content, Digital Infrastructure
Summary
Le Conseil québécois des arts médiatiques — CQAM estime les artistes des arts médiatiques et numériques ont été parmi les pionniers dans la nouvelle économie du savoir au Canada. Leurs recherches et expérimentations ont permis au Canada de se tailler une réputation «numérique» enviable. Aujourd'hui, c'est en ouvrant des infrastructures et des ressources améliorées à la création et aux créateurs que toute démarche de développement stratégique durable de l'économie numérique de Canada devrait se faire. La planification en cours ne peut et ne doit pas répondre aux seuls motifs du commerce, mais doit viser l'inclusion de toutes les parties prenantes de l'expression numérique.
Submission
Trouvera–t–on enfin une place pour les artistes
Les premières études portant sur l'économie numérique et la capacité du Canada de s'inscrire avec succès dans cette direction, réalisées par le gouvernement canadien entre 1992 et 2000 examinaient ce qu'on nommait alors l'autoroute canadienne de l'information et la nouvelle économie. Déjà, ces études soulevaient des préoccupations similaires à celles exposées dans le présent document de consultation et contenaient plusieurs recommandations qui peuvent être vues aujourd'hui comme autant de prérequis à l'accession réussie du Canada à la nouvelle économie1.
Cependant, hier comme aujourd'hui, on semble avoir sous–estimé l'importance de la contribution des artistes médiatiques et numériques qui investissent autant les processus que les outils et les mécanismes de livraison de cette nouvelle économie dans la poursuite de leur art, et cela depuis déjà plus de 25 ans et leur rôle dans la réussite de toute actions pouvant accroître l'avantage numérique du Canada.
"In a dynamic environment of global competition, demographic change, and migration, Canada's culture sector plays a critical role in attracting people, businesses, and investment; stimulating creativity and innovation; and distinguishing Canada as an exciting place where people can celebrate their heritage and achieve personal and professional fulfillment. Use of the Internet, digital technologies, and mobile devices has grown exponentially over the past decade, serving as a major driver for growth within the sector, and also influencing consumer dynamics and business models."(Valuing Arts and Culture as Cornerstones of the Creative Economy" Conference Board of Canada, August 2008)2
Par conséquent, c'est avec plaisir que le Conseil québécois des arts médiatiques – CQAM, le seul regroupement national des arts médiatiques qui regroupent à la fois les artistes professionnels et les organismes dédiés travaillant au sein des structures collaboratives et synergiques, se réjouit de cette occasion pour faire connaître son point de vue.
Le CQAM garde espoir que les mesures, les programmes et les crédits budgétaires qui seront adoptés au terme de cette consultation inclueront des orientations, ressources et stratégies durable permettant aux artistes, aux travailleurs culturels et aux organismes d'arts médiatiques et numériques d'être partie prenante de toute stratégie visant l'accroissement de l'avantage numérique du Canada.
Lorsque le Conseil des Arts du Canada a développé des programmes de soutien au sein d'une section dédiée aux arts médiatiques en 1984, les artistes médiatiques de cette époque agissant déjà en véritables pionniers du numérique, s'appropriant les outils et technologies média (audio et visuelles) de l'époque à des fins créatives.
Expérimentant avec le signal électronique, concevant des œuvres interactives à l'aide de la programmation hypertexte ou proposant les premières manipulations et installations d'images grâce au Vidéo Toaster de NewTek3, ces éclaireurs ont défriché le terrain pour des générations successives d'artistes. Ils ont transformé le modèle des centres d'artistes en instaurant des méthodes collaboratives de travail; poussé les limites des premières connexions d'Internet à 56K pour qu'elles transmettent des images et des sons en plus du texte et, finalement, Ils ont été les premiers à se servir de la connexion IP comme une vitrine promotionnelle pour leurs créations afin de pallier le manque de visibilité.
Or malgré le fait que le secteur des arts médiatiques ou numériques constitue aujourd'hui la discipline artistique qui connaît la croissance la plus rapide, il n'a pas véritablement de place à la table d'accès aux infrastructures, aux modèles économiques, aux ressources requises ou aux protections adéquates du droit d'auteur qui soutiendraient son développement durable.
Pourtant, ce secteur, qui porte plusieurs noms — arts médiatiques, arts numériques, arts technologiques, nouveaux médias, art audio — est la seule discipline artistique à s'approprier les processus, les outils, les technologies et les mécanismes de livraison du contenu de la société numérique à travers l'ensemble du cycle de vie de l'œuvre. La création, production et diffusion des œuvres sont indissociables de la programmation informatique, des outils numériques et technologiques et des nouveaux réseaux de transmission. Sans accès à ces outils et technologies et sans maîtrise durable des compétences pointues, les arts médiatiques n'existeraient tout simplement pas!
It is important to note that the Digital Media industry uses "content" and "technology" in a symbiotic manner. Content "pushes" technology innovation, and emerging technologies birth new products, applications, and services. One does not exist without the other.4
Au début d'Internet, le Canada était un des chefs de file de la connectivité. Depuis, le Canada a perdu cette avance concurrentielle, car la majorité des réseaux de transmission sont toujours constitués des connexions de câble ou de fil de cuivre. Or si ces deux technologies suffisent encore à la transmission et la réception des images et du son, le téléchargement en amont et en aval demeure limité et restreint la transmission du contenu riche requérant un haut degré d'interactivité. Pour que le Canada accroît son avantage numérique et pour que le milieu des arts médiatiques puissent rejoindre des publics sans égard à la distance, il est essentiel que soient déployés des réseaux de fibre optique et de très haute vitesse tel WIMAX et LTE5
Cependant, investir ces nouvelles plateformes ou moduler l'architecture pour y intégrer de nouvelles plateformes propres au milieu des arts médiatiques exige non seulement une bonne maîtrise des paradigmes informatiques et technologiques de ces nouveaux modes de diffusion, mais également de pouvoir appréhender, dans ses moindres facettes, le comportement qu'elles dictent à son auditoire. Le potentiel du secteur des arts médiatiques d'investir les plateformes de l'économie numérique sera toujours tributaire des ressources professionnelles auxquelles les intéressés pourraient faire appel pour entreprendre la recherche et le développement de nouveaux mécanismes de livraison et de présentation de contenu indépendant, de la capacité financière pour le secteur des arts médiatiques d'assurer une présence pérenne compte tenu du niveau d'investissement financier récurrent requis.
Or sans une volonté politique affirmée de garantir — tant du point de vue financier que du point de vue technique — l'accès à des infrastructures et technologies rapides de transmission au milieu des arts médiatiques permettant la mise en ligne d'une véritable vitrine performante, le développement d'un réel marché en ligne, en mesure de conquérir, de fidéliser de nouveaux publics et d'améliorer les revenus des artistes demeurerait une illusion.
Ce mode de diffusion du contenu a déjà commencé à façonner de nouveaux comportements chez les consommateurs où l'accès au contenu libre de droits demeure un leitmotiv dominant, peu favorable aux ayants droit, soulevant des inquiétudes additionnelles.
Car malgré les espoirs de milieu des arts médiatiques, la dernière législation adoptée par le gouvernement canadien — censée protégée la propriété intellectuelle — la Loi C–32, s'avère davantage un outil pour protéger les intermédiaires du cycle de vente qu'il y ait des mesures de rétribution ou de monitoring prévus pour assurer le versement des droits aux créateurs. Il serait alors périlleux et onéreux pour le milieu de développer et opérer des plateformes sur un mode de gratuité, étant donné qu'une des valeurs les plus fondamentales du milieu est celle de la reconnaissance des droits d'auteur afin de permettre à l'artiste de vivre de son art.
Rappelons qu'à l'exception de la diffusion d'extraits promotionnels de films et de vidéos dont les durées sont établies, le milieu des arts médiatiques québécois et canadiens demeure un des seuls où le paiement des droits de diffusion et le respect des droits d'auteur font partie des valeurs fondamentales et inaliénables, difficilement conciliables avec un contenu libre de droits, à moins que des amendements ne soient inscrits dans cette loi.
Il n'en demeure pas moins que le Web demeure une aire vitale pour le secteur des arts médiatiques. Dès l'émergence des premiers outils Web et la communication IP, le milieu a été proactif à se les approprier à des fins artistiques et à se constituer une culture propre de communication en réseaux. Aujourd'hui, pour des raisons économiques et d'efficience, la communication par Internet est devenue l'un des principaux outils de promotion de la discipline.
Ces outils ont toujours été vus comme de formidables ressources pour archiver et documenter le travail des artistes des arts médiatiques, non seulement dans un but historiographique, mais surtout afin de soutenir l'interprétation et la médiation de la discipline auprès des publics.
Alors qu'il y a des ressources pour développer des modèles de commerce électronique, de téléchargement payant applicables aux œuvres en transit et l'aménagement et le réseautage des espaces collectifs de jeu vidéo en ligne et le soutien de produits dérivés des émissions télévisuelles, les fonds consacrés à l'archivage ou à la médiation par le biais du Web demeurent insignifiants. De telles opportunités permettraient d'entreprendre des activités permanentes de médiation auprès des publics canadiens sans égard à la localisation et devenir un point d'ancrage international servant à la mise en marché du savoir et du savoir–faire des artistes et des centres.
LA CRÉATION NUMÉRIQUE — UN APPRENTISSAGE CONTINU
"In the past there have been considerable mismatches between skill demand and supply for ICT skills in general and for software skills in particular. Digital content industries rely on substantial R&D and technological innovations, each requiring specialised skills. But educational institutions where some of these skills can be acquired are rare… Most skills are hence not acquired in formal education but usually on the job or in firm– or sector–specific training programmes. But smaller firms may find extensive in–house training too costly if it covers a wide range of specialist skills."6
Grâce aux efforts de développement professionnel continu mené par les conseils sectoriels de la main d'œuvre en culture, le milieu des arts médiatiques est en mesure d'accéder à des ressources permettant l'acquisition des compétences complexes permettant aux artistes de demeurer à la fine pointe de leur art. L'apprentissage en continu demeure essentiel au parcours professionnel des artistes créateurs en arts médiatiques. Une étude entreprise par le CQAM en 2001 a permis d'apprendre qu'un artiste professionnel en arts médiatiques doit maîtriser en moyenne six compétences professionnelles pour mener à terme son œuvre.7 Cependant, compte tenu des distances, des disponibilités atypiques des artistes professionnels qui sont travailleurs autonomes ainsi que le besoin de se prévaloir constamment de perfectionnement professionnel commandent la mise en place de portails d'apprentissage à distance (e–learning).
À ce titre, le CQAM travaille déjà au développement d'un portail d'apprentissage stratégique dédié aux arts médiatiques à la demande de ses membres. De tels portails assurent également le transfert de connaissances et d'expertises à la prochaine génération, ce qui est essentiel compte tenu de l'évolution rapide des savoirs.
Qui sommes–nous?
Le Conseil québécois des arts médiatiques ou CQAM, organisme à but non lucratif, a été fondé en 1998 par les artistes professionnels et les centres d'artistes dédiés à la recherche, à la création, la production et à la diffusion/distribution des arts médiatiques et numériques désireux de se doter d'un organisme national pouvant représenter leurs préoccupations et mieux faire connaître leurs besoins spécifiques.
Depuis sa fondation, le CQAM contribue par de multiples actions (soutien des efforts des membres et de sa communauté, réalisation d'études, participation aux comités d'orientation et de travail dédiés l'avancement de la société numérique, etc.) à l'avancement de la société numérique. Le Conseil québécois des arts médiatiques (CQAM) (in French only)
Recommandations
- Implanter un réseau sans fil de très haute vitesse ou de fibre optique, nommé Réseau de la création et rendre l'accès à ce réseau (hébergement et transmission de contenu) aux artistes professionnels et aux organismes artistiques afin de doter le Canada d'une véritable vitrine du savoir faire des artistes médiatiques et numériques.
- Revoir le concept du réseau RESCOL et s'en servir pour développer un lieu virtuel d'archivage et de médiation des arts numériques.
- Tel que décrit par les conseils sectoriels des ressources humaines en culture, soutenir les efforts de création d'infrastructures et de ressources d'apprentissage à distance, de perfectionnement professionnel et des communautés de pratique en ligne afin de rejoindre tous les intervenants sans égard à leur localisation et de maintenir la marge compétitive de nos talents.
- Développer et rendre accessible des programmes de mise en marché électronique multilingue afin que les nouveaux réseaux de transmission serve réellement à rejoindre de nouveaux auditoires et de nouvelles clientèles.
- S'assurer que tous les centres culturels canadiens à l'étranger soient équipés pour permettre l'accès au Réseau de la création.
- Amender la Loi C–32 afin d'y insérer des clauses qui protégeraient réellement la propriété intellectuelle des artistes médiatiques et numériques.
- Reconnaître la contribution des artistes dans l'accroissement de l'avantage numérique du Canada en dotant le Conseil des Arts du Canada de nouveaux crédits récurrents pour soutenir des projets d'accès aux infrastructures et aux expertises reliées à la partiicpation à l'économie numérique.
1 Le logiciel et la capacité concurrentielle du Canada : Les ressources humaines — enjeux et possibilités, Emploi et Immigration Canada, 1992; Le droit d'auteur et l'autoroute de l'information, Rapport final du sous–comité sur le droit d'auteur, Secrétariat du Comité consultatif sur l'autoroute de l'information, 1995 ; Concurrence et culture sur l'autoroute canadienne de l'information, Gestion des réalités de transition, Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes, 1995 ; Au fil du progrès! Positionnement du Canada dans la révolution technologique mondiale, Rapport final du sous–comité des communications du Comité sénatorial permanent des transports et des communications, 1999, etc.
2 Canadian Digital Media Content Creation Technology Roadmap, Centre de Gestion Publique Inc. pour le Conseil des ressources humaines du Canada, ©2009 Cultural Human Resources Council.
4 Canadian Digital Media Content Creation Technology Roadmap, Centre de Gestion Publique Inc. pour le Conseil des ressources humaines du Canada, ©2009 Cultural Human Resources Council.
5 Idem.
6 Source: Digital broadband content — OECD, May 2006
7 « État des lieux des arts médiatiques au Québec en 2001, analyse qualitative et quantitative », CQAM,©2001