Document de travail

Horizon 2012 : Mettre en place un environnement favorable

Forum sur la politique concernant les coopératives
Document de travail

Par : Équipe des politiques et de recherche, Le Secrétariat aux affaires rurales et aux coopératives

Introduction

Le Forum 2010 sur la politique concernant les coopératives sera le premier d'une série de dialogues entre le Secrétariat rural et aux coopératives et les intervenants. Il s'agit d'une première étape en vue d'une revitalisation des politiques publiques qui soit propice au développement et à la croissance des coopératives. Les informations récoltées lors du Forum et des dialogues qui suivront seront utilisées par le Secrétariat pour préparer les contributions du gouvernement canadien à l'environnement global dans lequel évoluent les coopératives et pour paver la voie à l'Année internationale des coopératives en 2012.

Ce forum prendra la forme de tables rondes permettant d'alimenter la réflexion stratégique et les discussions. Les participants se pencheront sur le type d'environnement favorable à l'échelle nationale nécessaire pour aider les collectivités à améliorer leur capacité à mettre sur pied des coopératives innovantes et capables de répondre aux enjeux émergents. Il s'agira plus particulièrement d'examiner quels sont les interventions, les programmes et les connaissances en matière de politiques publiques qui peuvent le mieux aider les Canadiens à tirer profit du modèle commercial coopératif afin de bâtir des collectivités plus compétitives, plus innovantes et plus durables.

Ce document de travail est un point de départ pour le dialogue. Il souligne les axes de réflexion quant à la réponse que les coopératives peuvent apporter face aux défis et aux perspectives des collectivités. Ces discussions porteront sur trois grandes questions : le développement économique des collectivités, les changements sociaux et démographiques et les pratiques environnementales. Des informations plus détaillées sur ces questions sont fournies dans les annexes.

Les changements des collectivités canadiennes

Les Canadiens sont confrontés à des risques et à des tendances en constante évolution qui transforment et questionnent notre façon de vivre et de travailler. Un grand nombre de ces tendances vont s'intensifier au cours des dix prochaines années et exerceront des pressions nouvelles et plus grandes sur les collectivités. La mondialisation continuera de soumettre les entreprises canadiennes à une concurrence féroce et aura des répercussions sur le type d'industries et d'emplois au Canada. Les compressions de dépenses avec lesquelles doivent composer les divers ordres de gouvernement au Canada et ailleurs continueront à exercer des pressions budgétaires et à peser sur la réponse aux pressions sociales et économiques. La population canadienne vieillissante exercera de son côté une pression supplémentaire sur notre main-d'œuvre et notre système de santé. L'avenir des collectivités rurales et des régions est mitigé; les mouvements de population et les disparités régionales augmentent, tandis que des régions autrefois stables et prospères doivent maintenant reconsidérer leur développement. De même, les changements climatiques appelleront à davantage de sensibilisation et à la recherche de solutions plus durables.

C'est dans ce contexte que les individus, les collectivités, les organismes et les gouvernements doivent trouver des alternatives innovantes pour gérer les risques et les perspectives qui s'offrent à eux. Il faut trouver des façons de composer avec les risques et de les atténuer, de même qu'il faut innover et optimiser les perspectives.

Les coopératives peuvent innover et s'adapter au changement

Depuis longtemps, les coopératives ont su répondre de manière innovante aux changements émergents et aux défis continuels. Depuis la mise sur pied au Canada des premières caisses populaires et des coopératives agricoles de commercialisation, les coopératives réunissent des gens soucieux de trouver des moyens nouveaux et originaux de combler leurs besoins et leurs aspirations. Grâce aux efforts déployés par ces gens ordinaires, le modèle coopératif a été adopté par de nouveaux secteurs et de nouveaux types d'activités. Il a su s'adapter pour prendre en compte les situations économiques, l'histoire, la culture et les besoins à l'échelle locale et régionale. À cet égard, bien des exemples peuvent illustrer la flexibilité et la résilience du modèle et le rôle que les coopératives ont eu et continuent d'avoir pour stimuler les Canadiens à trouver des réponses collectives et innovantes aux défis et aux opportunités de leur collectivité.

Les coopératives peuvent exercer une influence médiatrice sur les pressions négatives et positives engendrées par l'évolution rapide des questions sociales, économiques et environnementales, dans la mesure où elles peuvent saisir les occasions qui se présentent et atténuer les risques en misant sur l'innovation, l'adaptation et le renforcement des capacités et de la résilience de la collectivité. Les coopératives mises sur pied pour acquérir des entreprises qui ferment leurs portes, par exemple des épiceries, des scieries, voire un centre de ski, ou encore la nouvelle vague de coopératives proposant des énergies durables, des soins de santé ou des services sociaux, sont quelques exemples concrets qui illustrent ce propos.

Encourager des solutions misant sur les coopératives

Le rôle dévolu à l'avenir des coopératives face aux enjeux sociaux, économiques et environnementaux sera largement en fonction de la capacité des collectivités locales à innover en s'appuyant sur le modèle coopératif. Même si bien des tendances vont se jouer à l'échelle nationale et mondiale, les communautés géographiques, les communautés d'intérêts et les communautés fondées sur l'identité connaîtront des retombées diverses. Les atouts et les ressources sur lesquels doivent compter les collectivités, de même que les moyens avec lesquels elles travaillent seront également uniques à chacune d'elles et auront une incidence sur leur capacité à innover.

De même, cette capacité à utiliser les coopératives repose avant tout sur un environnement global propice au développement coopératif. Il s'agit entre autres de facteurs tels le cadre légal et réglementaire, les services auxquels ont accès les coopératives en comparaison à ceux proposés aux entreprises individuelles et aux entreprises appartenant à des investisseurs, la disponibilité de mécanismes de conseil et de financement propres au milieu coopératif et, enfin, les expériences passées, les valeurs et les croyances associées à l'action collective.

Les coopératives sont certes, avant tout, des initiatives communautaires, mais les gouvernements peuvent tout de même influer sur les mécanismes d'appui susceptibles de favoriser leur croissance. On le remarque là où le secteur coopératif est particulièrement vigoureux, au Québec, dans la région italienne d'Émilie-Romagne et au Pays basque espagnol. Ces gouvernements ont appuyé les projets des sociétés civiles de telle sorte que les individus puissent tirer parti des traditions coopératives déjà en place. Cette réussite s'explique aussi par les mécanismes de collaboration qui ont permis aux divers ordres de gouvernement, aux coopératives et aux autres partenaires de travailler main dans la main et ainsi contribuer à la croissance et à la durabilité. Ces exemples illustrent la tendance en cours à l'échelle mondiale pour une intervention publique locale privilégiant la collaboration et les partenariats afin d'appuyer une harmonisation des investissements aux activités dans les secteurs public, privé et à but non lucratif en vue d'obtenir des résultats plus solides.

Perspectives d'avenir

S'il est vrai que les enjeux émergents comportent des défis et des risques, ces derniers peuvent être à l'origine de nouvelles opportunités et offrir des avenues possibles d'innovation pour les collectivités disposant de la capacité d'agir. Le Secrétariat rural et aux coopératives souhaite examiner les façons de renforcer les capacités nécessaires pour appuyer l'innovation dans le secteur coopératif canadien et ainsi faciliter la mise en place d'un environnement favorable au développement et à la croissance des coopératives.

Le Forum examinera en priorité les questions suivantes :

  • Quel est, à l'échelle nationale, l'environnement favorable nécessaire pour améliorer la capacité des collectivités à mettre en place des projets coopératifs innovants capables de gérer les défis et les perspectives émergentes à l'échelle communautaire?
  • Quels sont les interventions, les programmes et les connaissances en matière de politiques publiques qui peuvent mieux aider les Canadiens à tirer profit du modèle coopératif afin de bâtir des collectivités plus compétitives, plus innovantes et plus durables?
  • Quels sont les principaux obstacles et les principaux moteurs à l'innovation et au développement dans le secteur des coopératives qui se prêtent à l'intervention publique?

Le Secrétariat compte sur les résultats du Forum et des dialogues qui suivront avec les différents intervenants pour confirmer et mettre en place nos priorités clés par l'automne 2010 et en prévision de 2012.

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Annexe A : L'innovation coopérative en réponse aux changements sociaux et démographiques

Quand on jette un regard sur l'avenir, on peut s'attendre à ce que le Canada continue d'être soumis à des processus sociaux complexes qui ont des impacts importants sur ses collectivités. Parmi les principales tendances qui auront une importance particulière sur les coopératives, on assistera à des changements dans la composition de notre population (le vieillissement des Canadiens, l'immigration, une population autochtone jeune et en croissance), et des processus tels que le déplacement rural vers les centres urbains et l'intensification des inégalités. Plusieurs de ces tendances seront inextricablement liées aux changements de caractères économiques et environnementaux et vont demander l'utilisation d'approches créatives et intégrées.

Une population vieillissante

La population du Canada vieillit et cela est dû aux faibles taux de fécondité et à une espérance de vie plus élevée. On prévoit que la génération du baby-boom sera à la retraite d'ici les 20 prochaines années et qu'il y aura 6,7 millions de Canadiens âgés de plus de 65 ans en 2021. On prévoit que les aînés compteront pour environ 23 pour cent de la population d'ici 2031, comparativement à 13,7 pour cent en 2006.

Implications pour les Canadiens et les collectivités

  • Les effets généralisés sur l'économie canadienne : diminution de la croissance de l'emploi due à la diminution de la population active et à la pénurie potentielle de main-d'œuvre, particulièrement dans les soins de santé et de longue durée.
  • Des taux plus élevés par rapport à l'utilisation des soins de santé et des besoins accrus en matière de prestation de soins et de soutien social, d'aide à la vie autonome, etc.
  • Le coût du maintien des pensions et de la protection en matière de santé peut comprimer les dépenses dans d'autres secteurs.
  • La demande des retraités pour de nouvelles possibilités récréatives et d'autres services, ainsi que de nouvelles façons d'être un membre actif de la société.
  • L'intensification des pressions économiques et sociales sur les travailleurs, ainsi que les possibilités d'emploi, étant donné le resserrement du marché du travail.
  • Les incidences économiques possibles (modification des habitudes de consommation - dépenser plutôt qu'épargner, les impacts potentiels sur la transmission de la richesse intergénérationnelle et la pauvreté des aînés, particulièrement la persistance de la pauvreté chez les femmes).

L'immigration et une population autochtone jeune, en croissance et agglomérée

D'ici 2017, un Canadien sur cinq appartiendra à un groupe de minorité visible, avec un pourcentage incroyable d'une personne sur deux dans certains centres urbains. La population autochtone augmente plus rapidement que la population non autochtone, ayant 48 pour cent de la population autochtone qui a moins de 25 ans.

Implications pour les Canadiens et les collectivités

  • La croissance de la diversité ethnoculturelle, linguistique et religieuse pose de nouveaux défis et continue de forger une société inclusive et cohésive.
  • La persistance des inégalités entre les immigrants, les minorités visibles et les autres Canadiens peut augmenter les tensions sociales et hisser les questions économiques et d'intégration sociale au cœur des débats.
  • La marginalisation de certains groupes ethnoculturels interpellera la notion d'égalité des opportunités et de la pleine participation à la société canadienne, et incitera la recherche de solutions plus équitables.
  • Il y aura des possibilités d'avancement sur le marché du travail pour la population autochtone, ainsi que d'améliorer les perspectives socioéconomiques, mais aussi des obstacles à surmonter pour augmenter la participation des travailleurs (p. ex. taux d'abandon scolaire, taux d'analphabétisme).
  • Une plus grande mobilité (vivre sur une réserve ou non, vivre en ville ou à la campagne) peut vouloir dire que les collectivités aient à gérer des questions associées au déplacement, à l'aliénation et à la perte d'identité.
  • L'importance accrue de l'immigration pour maintenir la population active canadienne.

La pauvreté et les inégalités

Bien que les taux liés à la pauvreté au Canada soient à la baisse (au moins jusqu'au début de la dernière récession), ceux liés à l'inégalité des revenus ont augmenté. Les enfants et les travailleurs à faible revenue continuent de passer entre les mailles du filet. À ce propos, la performance du Canada est moindre que chez les autres pays développés. La situation économique des nouveaux immigrants est pire que celle du passé et le niveau de pauvreté des nouveaux immigrants est à la hausse.

Implications pour les Canadiens et les collectivités

  • À court terme, il y aura probablement beaucoup de pression menant au réexamen des mécanismes pour aborder les besoins des personnes démunis au sein de la société canadienne, mettant de l'avant de nouvelles demandes auprès des responsables des politiques et fournisseurs de services.
  • Les organisations de la société civile continueront de chercher de nouvelles façons d'aborder les inégalités qui persistent et les impacts socioéconomiques des désavantages qui persistent.
  • Les obstacles financiers et non financiers à l'éducation postsecondaire peuvent être soulevés, à mesure que la demande de main-d'œuvre instruite augmente.
  • La dernière récession peut faire ressortir la vulnérabilité et les écarts de l'approche du Canada envers les populations à risque.

Déplacement dans les centres urbains au détriment des régions rurales

Le recensement de 2006 indiquait que 81 pour cent des Canadiens vivaient en milieu urbain, ayant une population d'au moins 10 000 personnes. Entre 2001 et 2006, la population urbaine a augmenté de 6 pour cent, soit deux fois le taux de croissance des régions rurales pour la même période. Par conséquent, la part urbaine de la population canadienne totale continue d'augmenter et d'ici 2020, ceci voudrait dire que plus de 50 pour cent de la population résidera à l'intérieur des six grandes villes.

Implications pour les Canadiens et les collectivités

  • Maintenir la vitalité des collectivités rurales sera de plus en plus difficile au Canada à cause de la dépopulation des régions rurales, ainsi qu'à mesure que les collectivités perdent leur capital humain, social et financier, éléments qui sont d'importantes composantes du développement local.
  • Répondre aux besoins sociaux dans les régions rurales du Canada de façon adéquate deviendra de plus en plus difficile (p. ex. : maintenir des infrastructures comme les hôpitaux et les écoles).
  • Certaines régions urbaines deviendront des moteurs économiques et des centres à haute densité de capital humain, mais elles devront aussi faire face aux pressions financières des infrastructures municipales et du gouvernement.
  • Il y aura probablement plus d'inégalités entre les régions urbaines et rurales et plus de stratification sociale au sein des centres urbains (p. ex. : le nombre de travailleurs à faible revenu et de voisinages en détresses est toujours en croissance dans les centres urbains canadiens ou les problèmes sociaux augmentent aussi simultanément).

Une réponse coopérative

Les collectivités canadiennes continuent de relever les défis sociaux qui persistent depuis des années ainsi qu'aux nombreux changements sociaux et démographiques qui sont et seront au cœur des débats des prochaines dix années. Il n'est pas surprenant de constater que les Canadiens se sont mobilisés pour former des coopératives pour aborder plusieurs de ces défis. Certaines coopératives ont été crées dans le but de satisfaire des besoins plus larges, comme soutenir l'héritage culturel et linguistique ou obtenir une dignité et des salaires équitables. D'autres fournissent des services sociaux spécifiques tels l'aide à l'enfance, les soins à domicile ou les soins de santé. Au cours des dix prochaines années, l'un des plus grands défis obligera les coopératives à développer un concept encore plus novateur, à mesure que les nouveaux défis se présenteront, comme celui du vieillissement de la population. La question se pose à savoir comment anticiper le potentiel et les risques associés à l'utilisation de l'approche coopérative.

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Annexe B : Changement environnemental et innovation

Au cours des dix à vingt prochaines années, le Canada sera témoin d'une évolution sans précédent de son environnement naturel, laquelle sera accompagnée de répercussions sociales, culturelles et économiques. Ces changements découleront de trois nouveaux facteurs : le changement climatique, la rareté des ressources, puis la sensibilisation à l'égard de l'environnement et l'intérêt envers les solutions durables et écologiques. Les Canadiens, les collectivités de partout au pays et l'ensemble des ordres d'administration publique chercheront des moyens à rendre leurs activités plus durables. D'ailleurs, si l'on en juge par les initiatives de coopération antérieures, on peut affirmer que les coopératives axeront probablement leurs efforts collectifs à cette fin.

Changement climatique

Les impacts du changement climatique sont déjà évidents partout au Canada. En effet, il suffit de songer aux changements du côté du pergélisol et de la couche de glace du Nord, à la présence de plus en plus importante d'espèces exotiques comme le dentroctone du pin, aux incendies de forêt, à l'eau qui se fait de plus en plus rare et aux conditions climatiques exceptionnelles qui sont plus intenses et plus fréquentes que jamais. Ces changements s'accéléreront au cours de la prochaine décennie qui se caractérisera par la variabilité du climat, laquelle se traduira par des changements au sein des écosystèmes locaux, la fonte des glaces (calotte polaire et glaciers), et des répercussions économiques et sociales partout dans le monde (régions qui deviendront inhabitables, pénurie alimentaire). Le changement climatique ne fait aucun doute. Toutefois, il en est tout autrement lorsqu'il est question du rythme et des manifestations de ce dernier.

Répercussions sur les Canadiens et les collectivités

  • Le changement climatique devrait se traduire par des impacts régionaux et sectoriels disproportionnés au Canada (p. ex., sur le Nord, sur l'agriculture et le tourisme).
  • Le changement climatique influera sur les modes de vie traditionnels dans le Nord et l'ouverture d'un passage dans l'Arctique aura des conséquences socioéconomiques.
  • On assistera aussi à des modifications en ce qui a trait aux maladies, à la santé et à la santé des écosystèmes, lesquelles seront accompagnées de nouveaux risques sanitaires (réapparition de maladies à transmission vectorielle).
  • Les conditions climatiques exceptionnelles augmenteront les risques de catastrophes naturelles, lesquelles auront des conséquences sur la vie des humains, l'approvisionnement alimentaire et la qualité de l'eau.
  • La capacité de production de certaines ressources variera (les cultures par exemple).
  • Les politiques environnementales pourraient faire grimper le coût des biens et influer ainsi sur le niveau de vie des Canadiens.
  • Les Canadiens chercheront de plus en plus des façons de s'adapter à la variabilité du climat et à ses effets, et de réduire au minimum leur incidence sur l'environnement.

Rareté des ressources

Nous excédons actuellement la capacité d'absorption et de production de plusieurs écosystèmes mondiaux en raison de nos modes de production et de consommation. En scrutant l'avenir, nous prévoyons que les besoins en ressources partout dans le monde se maintiendront ou augmenteront, alors que la découverte de nouvelles ressources ralentira par rapport à la consommation. La hausse continue de la demande d'énergie, combinée à la dépendance à l'égard des réserves fléchissantes de combustibles fossiles, accélérera la recherche de sources d'énergie de rechange. Si l'on songe au changement climatique et à la détérioration de l'environnement, il a fort à parier que les habitudes de consommation exacerberont les inégalités en ce qui a trait à l'accès aux ressources, ce qui pourrait créer de nouvelles tensions à l'échelle régionale et mondiale en plus d'entraîner une fluctuation du prix des produits.

Répercussions sur les Canadiens et les collectivités

  • Tout en maintenant l'intégrité des systèmes écologiques, les collectivités devront relever un nouveau défi et utiliser leurs ressources de manière à optimiser la santé et le bien-être de leurs membres, ainsi que la sécurité économique des générations actuelles et futures.
  • On assistera à l'apparition de nouvelles technologies et de solutions plus respectueuses de l'environnement. Ces nouvelles technologies rendront peut-être la croissance moins destructrice, mais, à un moment ou à un autre, les enjeux relatifs à la disponibilité et à l'équité limiteront les options.
  • La hausse des prix des produits existants et l'apparition de nouveaux produits auront des incidences disproportionnées sur certains secteurs et régions (hausse des coûts de l'énergie, augmentation des coûts de transport dans les régions rurales, passage des cultures vivrières aux cultures destinées à la production de carburant).
  • L'épuisement des industries primaires, comme les secteurs des pêches, de la forêt et des mines, posera une panoplie de nouveaux défis aux collectivités dépendantes.
  • On s'intéressera davantage à la création d'une économie durable moins nuisible pour l'environnement. Les valeurs changeront et on fera des choix plus cohérents par rapport aux nouvelles valeurs (énergie verte en Ontario).

Sensibilisation à l'égard de l'environnement et intérêt envers les solutions de rechange durables et écologiques

La sensibilisation grandissante de la population à l'égard de l'empreinte humaine sur l'environnement et les préoccupations qui en découlent devraient vraisemblablement se traduire par une modification des habitudes de consommation et des modes de vie, ainsi que par l'exercice de pressions sur l'industrie et sur les gouvernements pour rendre ceux-ci plus responsables en matière d'environnement. Les entreprises et les citoyens canadiens tiendront probablement compte du « triple résultat » et feront des choix plus écologiques.

Répercussions sur les Canadiens et les collectivités

  • On observera des changements du côté de la demande et des habitudes de consommation (aliments locaux, voitures compactes, etc.) et, parallèlement, des changements conséquents du côté des marchés et des produits.
  • On assistera à l'émergence de nouvelles technologies et d'éco-industries, au déclin des industries « polluantes » et à une modification des procédés d'extraction des ressources.
  • La population se préoccupera de plus en plus des impacts négatifs de la détérioration de l'environnement sur la santé (qualité de l'air et maladies respiratoires, présence de pesticides dans les produits cosmétiques et taux de cancer).
  • On insistera pour la mise en œuvre de règlements et de lois visant la protection de l'environnement et de la santé, et l'obtention de résultats conséquents (protection des espèces, utilisation des terres, qualité de l'air).
  • La population exigera de plus en plus de la part des administrations publiques, et surtout des administrations provinciales et municipales, qu'elles offrent des services moins nuisibles à l'environnement (demande accrue pour des programmes de compostage, augmentation du nombre de pistes cyclables).

Une intervention concertée

Les tendances environnementales décrites ci-dessus sont déjà présentes au Canada, comme en témoigne le nombre d'éco-coopératives qui ont vu le jour au cours des dix dernières années. Par exemple, certaines coopératives se sont tournées vers les marchés comme celui des produits biologiques et ont tiré parti de la demande pour des solutions durables et écologiques (création de coopératives d'autopartage, d'énergie verte, de gestion forestière durable et de production de biocarburants). Bon nombre de nouvelles coopératives orientent leurs activités en fonction des enjeux environnementaux tandis que d'autres coopératives, celles-ci plus imposantes, sont devenues depuis plusieurs années des chefs de file en ce qui a trait à l'intégration de la responsabilité environnementale aux volets stratégique et opérationnel de leur entreprise. Il s'agit d'un aspect de plus en plus important du développement des coopératives au Canada qui s'annonce très prometteur.

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Annexe C : La réaction des coopératives à l'égard du changement économique

Au cours des dix à vingt prochaines années, au Canada et partout dans le monde, le climat économique continuera d'être influé par les tendances qui prévalent actuellement, c'est-à-dire la mondialisation, l'économie axée sur le savoir et les pressions budgétaires exercées sur les gouvernements. Les Canadiens, les collectivités et tous les ordres de gouvernement chercheront à mettre sur pied des politiques, des processus et des institutions pour offrir des réponses novatrices à ces tendances.

Mondialisation

Le terme mondialisation se définit comme un processus continu auquel les économies, les sociétés et les cultures régionales ont été intégrées par le biais d'un réseau international de communication et de commerce. La mondialisation de l'économie, notamment, consiste en l'intégration des économies nationales au sein de l'économie internationale par l'entremise du commerce, des investissements directs à l'étranger, des flux de capitaux, de la migration et du développement de la technologie. Le Canada continuera de ressentir les pressions exercées par la mondialisation en raison de la concurrence accrue du commerce mondial et des défis auxquels il est confronté sur le plan de la productivité.

Conséquences pour les Canadiens et les collectivités

  • On prévoit que l'externalisation de certains éléments de la chaîne de production se poursuivra (entraînant ainsi des changements du côté de la chaîne de valeur) et que l'augmentation de la main-d'œuvre qualifiée en Asie entraînera potentiellement le recours à des ressources externes qualifiées et, par conséquent, des changements du côté du marché du travail.
  • La concurrence grandissante et l'adoption de fonctions à haute valeur ajoutée pourraient entraîner une diminution au Canada du nombre d'emplois très bien rémunérés et nécessitant peu de compétences.
  • Le secteur privé du Canada n'a d'autre choix que de demeurer compétitif, ce qui entraîne des changements du côté des programmes d'avantages sociaux des travailleurs canadiens (risques de plus en plus assumés par les particuliers plutôt que par les employés).
  • Les économies émergentes pourraient comporter diverses valeurs normatives susceptibles d'influer sur les discussions sur le plan socioculturel.

Économie axée sur le savoir

Étant donné que certains éléments de la chaîne de production relèvent maintenant d'autres pays, l'économie du Canada devient graduellement une économie axée sur le savoir. Le Canada est aux prises avec une pénurie de main-d'œuvre qualifiée pour certains emplois et secteurs (emplois dans le secteur de la santé, emplois dans le domaine du génie civil et emplois manuels spécialisés), phénomène qui s'accentuera avec le départ à la retraite des baby-boomers. Parallèlement, des niveaux de qualification plus élevés sont exigés dans un contexte économique de plus en plus compétitif où les emplois nécessitant un haut niveau de compétence représentent 70 % des nouveaux postes à pourvoir.

Conséquences pour les Canadiens et les collectivités

  • Le Canada affiche un taux élevé de diplomation postsecondaire. Cependant, il n'est pas possible d'en dire autant lorsqu'il est question de l'obtention de diplômes universitaires et des aptitudes à lire et à écrire.
  • L'augmentation de la demande du Canada pour des travailleurs hautement qualifiés et une main-d'œuvre scolarisée, jumelée aux répercussions dans les régions, entraîne un ajustement structurel de l'économie du pays et intensifie l'urbanisation.
  • Le besoin de disposer d'un plus grand nombre de travailleurs qualifiés permet de se poser des questions quant à l'accessibilité aux études de niveau postsecondaire et à la pertinence du subventionnement par l'État des études primaires et secondaires, et de l'éducation des adultes.
  • Certains groupes de la population seront exposés à des risques quelconques. C'est le cas, entre autres, des nouveaux arrivants qui ont du mal à s'exprimer, des travailleurs âgés, des décrocheurs du niveau secondaire et des jeunes autochtones.

Pressions budgétaires exercées sur les gouvernements

Les finances publiques se sont considérablement améliorées au cours de la dernière décennie. Toutefois, les pressions à long terme liées aux dépenses dans le secteur social et le secteur de la santé pourraient nécessiter des changements importants du côté des ressources versées aux gouvernements locaux, provinciaux et territoriaux, et des responsabilités actuelles visant à répondre aux besoins financiers de plus en plus nombreux. À long terme, les conséquences des mesures fiscales risquent d'amenuiser davantage la capacité de réponse des gouvernements à l'égard de ces besoins.

Conséquences pour les Canadiens et les collectivités

  • Une diminution de la capacité du gouvernement fédéral à tirer le maximum des dépenses sur le plan social des administrations locales, provinciales et territoriales à l'endroit des régions en difficulté financière.
  • Le besoin potentiel de certains gouvernements provinciaux, territoriaux et locaux d'accroître leurs efforts en vue d'augmenter leurs recettes et, par conséquent, de pouvoir répondre aux pressions croissantes des dépenses sociales.
  • La tendance croissante du gouvernement à chercher ou à encourager l'investissement du secteur privé au profit des institutions publiques et des partenariats public-privé.

Réaction des coopératives

Les coopératives sont réputées pour leur contribution au développement économique des collectivités. Qu'il s'agisse de la prestation de biens ou de services essentiels, de la création d'emplois ou de la croissance de l'économie locale, les coopératives sont de par leur nature le portrait des besoins des collectivités étant donné qu'elles sont mises sur pied, détenues et exploitées par les membres de ces mêmes collectivités. En plus de permettre aux citoyens de prendre le contrôle de leur développement économique, les coopératives sont reconnues pour leur contribution à l'égard des régions durement touchées par le contexte économique défavorable. Ainsi, les coopératives continueront de représenter un avantage de premier plan en ce qui a trait au soutien à l'adaptation, au rétablissement et à la transformation de nos économies locales.

Les coopératives rejoignent naturellement le besoin croissant de répondre aux besoins axés sur le lieu. La réflexion axée sur le lieu expose la façon dont les plus importants flux de la mondialisation (personnes, investissements idées) s'entrecroisent au sein des collectivités de partout dans le monde. La réflexion axée sur le lieu est sensible à la manière dont les contextes géographiques locaux façonnent l'expérience de vie des personnes. Les interventions ancrées dans le « lieu » suivent un mouvement vertical en vue de trouver des solutions aux défis particuliers des collectivités. Ces solutions sont adaptées aux besoins et aux capacités spécifiques des résidents en vue d'offrir à ces derniers un milieu de vie et de travail adapté aux personnes et leur permettant de participer à la vie collective. À cette fin, la réflexion axée sur le lieu :

  • est ancrée dans l'intérêt de la collectivité en répondant aux trois points essentiels suivants : un rendement des investissements du point de vue économique, social et environnemental;
  • met l'accent sur les caractéristiques propres à un paysage ou à une culture;
  • est une initiative locale et tire profit des actifs locaux existants;
  • se caractérise par une approche équilibrée et à long terme en matière de durabilité des ressources;
  • dépend d'un entrepreneuriat créatif et d'une vision à long terme.

Bien des leçons peuvent être tirées de l'expérience et des capacités des coopératives, alors que continuent d'augmenter la pression et les exigences nous poussant vers des interventions politiques axées sur le lieu visant à faciliter la collaboration et les partenariats qui contribueront à l'harmonisation et à l'accroissement des investissements et des activités dans les secteurs public, privé et sans but lucratif.

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