Table ronde du Comité consultatif de l’espace sur l’avenir du Canada dans l'espace

19 mai 2017 – WebEx, le Nord et l’avenir du Canada dans l’espace

Hôtes du CCE: Christine Tovee, Stephane Germain et Michele Mendes

Priorités

  1. Développer le secteur spatial du Canada;
  2. Innover et explorer l'espace;
  3. Renforcer les partenariats internationaux à long terme;
  4. Inspirer la prochaine génération;
  5. Contribuer à notre compréhension de la Terre;
  6. Améliorer la qualité de vie des Canadiens;
  7. Préserver une nation sûre et sécurisée.

Faits saillants

Pour favoriser le développement économique et le bien-être dans le Nord, il est important de reconnaître la valeur stratégique de l'espace. L'espace est important pour la sécurité et l'amélioration de la qualité de vie des Canadiens grâce aux retombées socioéconomiques. 

Les collectivités du Nord et celles éloignées comptent sur les technologies spatiales quant à la connectivité et à la connaissance de la situation, lesquelles sont très importantes pour la diversité économique, la sécurité civile et les services gouvernementaux tels que les soins de santé (p. ex. télésanté, télémédecine), l’éducation, et la surveillance de l’environnement et des situations d’urgence. Les parties prenantes ont souligné la nécessité de disposer d’actifs spatiaux pour soutenir la connaissance de la situation comme une priorité élevée, particulièrement importante pour les activités de recherche et de sauvetage, assurant la réactivité et atténuant les conséquences potentielles désastreuses. Les données d’observation de la Terre (OT) et les données géospatiales peuvent se prêter à de multiples applications dans le Nord, mais il pourrait être nécessaire d’améliorer l’accessibilité.

Inuvik pourrait devenir un carrefour pour l'élaboration d'informations géospatiales susceptibles d'attirer des entreprises et de promouvoir le développement social. On estime que la collaboration, y compris avec l'industrie et le milieu universitaires, au sujet de la création de centres d'information spatiale fournirait des possibilités en matière de STIM et de développement technologique (p. ex. essais de véhicules aériens sans pilote  et diverses technologies propres).

D'importantes préoccupations sont soulevées au sujet du cadre législatif canadien concernant la télédétection, car il impose un fardeau réglementaire qui nuit à l'innovation et à la croissance au Canada et dans le Nord. La Loi sur les systèmes de télédétection spatiale (LSTS) est perçue comme étant désuète et empêchant d'attirer des clients internationaux, en particulier concernant l'établissement de stations terrestres et d'activités habilitantes à Inuvik. Pour améliorer l'environnement commercial au Canada, il pourrait être important de moderniser la LSTS et d'examiner le processus de délivrances de licences fédérales du Canada.

Les intéressés indiquent qu'ils souhaitent que des livrables à court et à moyen terme soient élaborés dans le cadre de la Stratégie spatiale, et qu'il est nécessaire de passer à l'action. La mobilisation et la consultation continues sont essentielles, car les intervenants souhaitent pouvoir éclairer les idées grâce à un dialogue continu.   

Considérations et difficultés clés en matière de mise en œuvre

Planification du projet et réponse aux besoins : Pour faciliter les partenariats au Canada et à l'échelle internationale, le gouvernement fédéral pourrait examiner des moyens d'améliorer ses processus de planification des projets, pour donner suite aux besoins et faire preuve de souplesse. L'expérience antérieure a été que le développement et la sélection d'opportunités a été motivé par un seul responsable engagé et que, lorsqu'il y a eu un changement de personnel, des opportunités ont été perdues. D'autres pays et alliés souhaitent souvent travailler en partenariat avec le Canada à des initiatives, et il serait avantageux d'instaurer une approche systématique facilitant les possibilités de collaboration. On mentionne qu'un financement durable des projets liés à l'espace par le gouvernement du Canada est souhaitable.    

Processus d'octroi de licences : Conformément aux pratiques exemplaires internationales, on estime que des normes de service sont nécessaires pour la prise des décisions ayant trait à la télédétection (p. ex. délai de 30 jours). À l'heure actuelle, cela prend souvent des mois, et dans des situations exceptionnelles plus d'un an, pour que le gouvernement rende une décision. Un meilleur processus d'octroi de licences pourrait favoriser l'investissement au Canada.  

Modèles d'affaires et de financement : On signale que l'espace et la largeur de bande devraient être traités au titre de l'infrastructure, car cela influe sur les modèles d'affaires et de financement (p. ex. modèle de service c. matériel de fabrication). 

Accès aux données : Des données ouvertes ou un accès abordable et en temps opportun à des données précises aideraient les collectivités du Nord à surveiller les territoires du Nord et à fournir les services gouvernementaux de base. Des politiques de données ouvertes et la mise à la disposition du public des données de RADARSAT pourraient aussi favoriser les débouchés. L'accès aux données spatiales et leur normalisation sont nécessaires pour combler les graves lacunes en matière de données dans le Nord et stimuler le développement. Le Canada doit faire en sorte que la couverture géospatiale dans le Nord soit aussi efficace que celle dans le reste du pays.   

Compétences et formation : Les collectivités du Nord ont besoin de services d'éducation et de formation pour faciliter le développement de l'économie liée à l'espace ainsi que la création d'emplois (p. ex. pour l'exploitation et la gestion de stations terrestres). Le capital humain du Nord s'effrite, alors que les gens cherchent des possibilités de formation et de perfectionnement dans les provinces du Sud. On signale que les collectivités du Nord sont confrontées à des problèmes quant à l'adoption de la technologie et au développement des entreprises. 

Lien entre l'espace et le Nord : La Stratégie spatiale peut aider à lier l'espace et le Nord. On estime que la Stratégie fédérale pour le Nord faciliterait l'alignement de la Stratégie spatiale avec les besoins et les possibilités qui existent dans le Nord, en dressant un plan pour relever les défis et en jetant les bases des partenariats. Une approche à l'échelle de l'Arctique semblable à Polar View, une organisation mondiale fournissant des services de renseignements et de données satellitaires aux régions polaires et comptant 90 partenaires divers provenant de 15 pays différents, est mentionnée comme cadre éventuel d'orientation des efforts futurs dans les domaines liés à l'espace et au Nord.

Connectivité: dans le Nord du Canada, il ne s'agit pas seulement d'une plus grande capacité (à savoir plus de large bande) mais d'un réseau amélioré et d'une qualité de service. Les communautés dans le Nord et les communautés éloignées comptent souvent sur des services par satellite qui ont un degré de latence plus élevé (plus lent). Au niveau station / réseau au sol, la capacité globale est partagée et peut être limitée; Il a été suggéré que la fourniture de l'infrastructure "colonne vertébrale" (c'est-à-dire la partie du réseau reliant le trafic au serveur Internet) plutôt que le «dernier kilomètre» (partie du réseau reliant les utilisateurs finaux / clients aux services) est source principale de complexité et de coût.

Principales idées et réalisations

L'espace est stratégique : L'espace est un actif stratégique important pour la croissance économique et sociale dans le Nord et la souveraineté nationale. On estime que le gouvernement du Canada devrait s'assurer que le Nord possède un milieu d'affaires efficace et appuyer l'industrie spatiale canadienne par un soutien affermi de l'infrastructure et des capacités canadiennes. 

Connectivité dans le Nord : En ce qui concerne la connectivité dans le Nord, on met en relief les problèmes de qualité, de coût et d'abordabilité. Le gouvernement pourrait utiliser les technologies satellitaires pour régler les problèmes de connectivité dans le Nord et apporter des solutions accordant la priorité au Canada à l'appui de la croissance du secteur spatial. On indique que des entreprises canadiennes ont investi pour fournir des services satellitaires à large bande améliorés (p. ex. services satellitaires à haut débit) aux collectivités du Nord, lesquels sont plus économiques que les services nécessitant une infrastructure pour fibre optique. De tels services satellitaires sont quand même coûteux, et la solution à long terme souhaitable pourrait être la fibre optique là où l'analyse de rentabilisation le justifie. On estime aussi que les constellations satellitaires sur orbite terrestre basse (LEO) pourraient être une option intéressante dans le Nord.

Soins de santé et éducation : L'accès aux services de télécommunications dans les collectivités éloignées est important pour que les Canadiens puissent profiter des services essentiels tels que les soins de santé et l'éducation. Par exemple, l'Internet est utilisé pour le téléapprentissage et le raccordement des hôpitaux aux postes de soins infirmiers. Pour offrir de tels services, il faut une haute capacité (haut débit) et des vitesses élevées (latence faible), mais celles-ci ne sont pas toujours disponibles. Une technologie satellitaire de pointe et une infrastructure terrestre améliorée pourraient aider à fournir la capacité et les vitesses requises.   

Modernisation de la législation et de la réglementation : Le secteur spatial est en train de passer des grands systèmes traditionnels et des visées connexes à de petits systèmes et à une orientation sur les applications. On ne sait pas encore si le Canada en tant que pays est prêt pour une telle transition : les lois et les règlements fédéraux doivent être examinés pour cadrer avec le nouveau paradigme de l'espace et favoriser la croissance au Canada. Les intervenants souhaitent que le gouvernement prenne des mesures pour donner suite aux recommandations issues des examens indépendants de la Loi sur les systèmes de télédétection spatiale, qui ont été rendues publiques en 2012 et en 2017.

Diversification économique : Il existe une aspiration à développer une large gamme d'expertise enracinée dans le Nord pour soutenir le développement. Le secteur spatial est perçu comme un mécanisme d'appui pour se distancer des activités économiques traditionnelles axées sur les ressources, ce qui constituerait un avantage pour le Nord. Pour passer de l'économie traditionnelle fondée sur les ressources à l'économie numérique, l'éducation et la sensibilisation sont nécessaires, particulièrement pour sensibiliser au secteur géospatial et aux outils disponibles facilitant la prise des décisions, et il faut renforcer la mobilisation et la participation des jeunes.  

Observation de la Terre (OT) : L'OT dans le Nord est très importante compte tenu de la grande superficie du territoire à surveiller et de la tendance escomptée quant à l'augmentation de l'activité économique, concernant notamment le transport maritime (p. ex. l'OT sera requise quant à la recherche, à la surveillance des glaces et du climat, à la recherche et au sauvetage, etc.). Il faudra également élargir la vérification sur place des données recueillies dans le Nord et intégrer les données spatiales à d'autres données. Un domaine d'investissement potentiel lié à l'OT concerne la collecte de données sur les véhicules aériens sans pilote, domaine de plus en plus populaire. On estime également que les données SAR pourraient être davantage exploitées pour aider à répondre aux besoins dans le Nord, tout particulièrement en ce qui concerne la recherche et le sauvetage.

Partenariats : Les gouvernements discutent souvent un à un de partenariats, mais dans le domaine des sciences ce sont souvent les partenariats individuels (p. ex. facultés universitaires, particuliers, universitaires) qui sont profitables. On estime que les administrations autochtones doivent aussi participer, car elles tiennent à former des partenariats et des groupes pluripartites. Les partenariats entre les gouvernements provinciaux et fédéral ainsi que ceux du secteur privé avec le milieu universitaire pourraient profiter au secteur spatial, en géomatique par exemple. Nos partenariats avec nos alliés peuvent également être réévalués afin de déterminer si le Canada, au lieu de simplement participer aux coûts, pourrait diriger une initiative.    

Participants

  • Andrew Gaule–Gouvernement du Yukon
  • Benjamin Hamel–MDA
  • Brian Horton–Collège du Yukon, centre de recherche du Yukon
  • Colin Avey–Gouvernement des Territoires du Nord-Ouest
  • Doug Rae–MDA
  • Ellen Hols–Télésat
  • Ian McLeod–MDA
  • Jean-Francois Dumoulin–Administration régionale de Kativik, section Internet Tamaani
  • Leslie Hogan–Conseil canadien de l'aviation et de l'aérospatiale
  • Lorraine Thomas–Imaituk Inc. / SSi Micro
  • Marie-Hélène Forget–Université Laval, lab. Takuvik
  • Matthew Dares–Collège Aurora
  • Melanie Desjardins, Gouvernement des Territoires du Nord-Ouest
  • Michele Beck–Télésat
  • Paul Adlakha–LOOKNorth / C-Core
  • Steve Schwartz–Gouvernement des Territoires du Nord-Ouest
  • Tom Zubko–New North Networks Ltd.
  • Travis Schindel–Northern Lights General Partnership
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