Dépenses des ménages et dette à la consommation au Canada : Preuves empiriques tirées des enquêtes sur les dépenses des ménages de 2005 à 2009

Par Anindya Sen

2012


Remarque : Les résumés sont publiés en français et en anglais, mais il est possible que la version intégrale des documents soit offerte uniquement dans la langue d’origine. Le présent document est disponible en anglais seulement.

Résumé

Les décideurs ont soulevé de graves inquiétudes face à l’importance des dettes accumulées par les ménages canadiens. Ils estiment qu’une augmentation des taux d’intérêt pourrait mener à la faillite les ménages incapables de payer leurs dettes, entraînant ainsi un retour à la récession.

Afin de bien évaluer cette possibilité, il est important de comprendre dans quelle mesure les ménages dépensent plus que ce qu’ils gagnent et de saisir la nature de la majorité des dépenses. À cet égard, les recherches empiriques sont très limitées. Cette étude vise à combler ces lacunes à partir des enquêtes sur les dépenses des ménages de 2005 à 2009.

Le présent document offre les faits stylisés ci-dessous, basés sur les données des enquêtes.

  • Une grande proportion de la population, de 35 % à 39 %, dépense 1,05 fois plus que ce qu’elle gagne. Par ailleurs, on note une baisse du nombre de « ménages dépensiers », de 39 % en 2005 à environ 35 % en 2009.
  • En 2005, la grande majorité des ménages dépensiers (environ 65 %) était représentée par les ménages ayant un revenu inférieur à 50 000 $. Cependant, ce pourcentage a baissé pour passer à 60 % en 2009. En revanche, la proportion des ménages dépensiers ayant un revenu de 50 000 $ à 100 000 $ a augmenté, passant grosso modo de 27 % à 32 % au cours de la même période.
  • Les « ménages dépensiers » constituent aussi un élément important de l’ensemble des ménages au sein des catégories de revenu déterminées. Plus précisément, une grande part de tous les ménages qui gagnent moins de 50 000 $ (environ 45 % à 55 %) dépensent 1,1 fois plus que ce qu’ils gagnent. Cependant, la proportion des ménages mieux nantis ayant des dépenses supérieures à 1,1 fois leur revenu n’est pas négligeable. La proportion des ménages endettés qui gagnent de 50 000 $ à 75 000 $ tourne autour de 30 %, alors qu’au sein des ménages qui gagnent de 75 000 $ à 100 000 $, cette proportion est de 25 à 30 %. Le fait est que même si les dépenses excessives diminuent avec l’augmentation du revenu du ménage, la surconsommation existe aux niveaux de revenus plus élevés.
  • Le niveau d’endettement moyen s’est accru au fil du temps, passant de 15 000 $ à 23 000 $, ce qui constitue une augmentation considérable si l’on considère que la grande majorité des ménages endettés gagnent moins de 50 000 $.
  • Bien qu’une perte de la valeur des actifs soit en lien avec des dépenses plus élevées que le revenu du ménage, une part importante des ménages qui dépensent plus qu’ils ne gagnent voit la valeur de ses actifs presque inchangée pendant la même période.
  • Les moyennes d’échantillons enregistrées au fil des ans montrent que les ménages qui dépensent plus que les revenus qu'ils déclarent, soit plus de 30 % de la population, consacrent une plus grande partie de leurs dépenses à l’hypothèque ou au loyer, aux loisirs et au transport privé, comparativement aux autres ménages. De plus, ils allouent un montant proportionnellement moins élevé aux paiements destinés à la retraite ou aux assurances ainsi qu’aux impôts des particuliers, comparativement aux ménages qui ne dépensent pas plus qu’ils ne gagnent.
  • Conformément aux statistiques sommaires simples, les estimations de régression des moindres carrés ordinaires (MCO) confirment que le revenu d’un ménage est la variable explicative qui permet le mieux de déterminer si un ménage est endetté ou non. La taille du ménage est aussi importante sur le plan statistique. Il est intéressant de noter que les variables nominales liées à la situation de famille ou au type de ménage ne sont jamais importantes en la matière.
  • Les estimations par les MCO sont sensibles au revenu du ménage. Les résultats de régression suggèrent le paradoxe suivant : lorsqu’un ménage dépense moins pour des biens essentiels, la probabilité est plus élevée qu'il dépense plus que ce qu’il gagne. Il est possible qu'une augmentation des dépenses pour des biens essentiels laisse moins de marge de manœuvre budgétaire pour d’autres biens non essentiels, réduisant ainsi la possibilité de surconsommation. Par ailleurs, il se peut qu’une préférence pour des biens non essentiels réduise les dépenses pour des biens essentiels, augmentant ainsi la probabilité d’endettement.

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