Les grands producteurs contribuent-ils à l'écart de productivité Canada-É.-U.? Preuves des fabricants

Les idées et les opinions exprimées dans le document de recherche sont celles des auteurs et ne représentent aucunement les idées ou opinions du ministère de l'Industrie ou du gouvernement du Canada.

Michael-John Almon
Industrie Canada

Jianmin Tang,
Industrie Canada

Résumé

L'existence d'un écart considérable entre la productivité tendancielle des très gros producteurs et celle des producteurs de moindre envergure pourrait avoir d'importantes répercussions au chapitre de l'efficacité des politiques conçues pour améliorer la productivité canadienne. L'étude a pour but d'examiner la productivité des entreprises de 1 000 employés ou plus et de déterminer dans quelle mesure les entreprises de cette taille jouent un rôle dans la faiblesse relative de la productivité du travail dans le secteur de la fabrication au Canada. D'après les données de l'Enquête annuelle des manufactures, les entreprises canadiennes de très grande taille sont en moyenne aussi productives que les entreprises américaines de même envergure, et elles ne contribuent pas à l'écart de productivité du travail entre le Canada et les États-Unis dans le secteur de la fabrication.

 

Table des matières

  1. Introduction
  2. Écart de productivité entre le Canada et les États-Unis
  3. Décomposition de l'écart de productivité des travailleurs entre le Canada et les États-Unis dans le secteur de la fabrication
  4. Conclusion
 

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Introduction

La productivité du secteur des entreprises au Canada est une question qui suscite de manière soutenue l'intérêt des décideurs canadiens. L'inquiétude grandissante à l'égard de cette question n'est guère étonnante compte tenu des répercussions directes de la productivité sur les niveaux de vie à l'échelle nationale et de la faible croissance enregistrée au pays à ce chapitre au cours de la dernière décennie. Pour plusieurs, l'écart de productivité observé entre le Canada et son principal concurrent et marché étranger, les États-Unis, est au cœur des préoccupations relatives à cette tendance. Plusieurs études antérieures ont fait ressortir l'écart de productivité grandissant entre le Canada et les États-Unis au moyen de données agrégées ou de données à l'échelle de l'industrie, comme celles de Sharpe (2005), de Baldwin et Gu (2007) et de Rao et coll. (2008). D'autres, études comme celles de Keay (1997) et de Lee et Tang (2001), sont fondées sur des données à l'échelle de l'entreprise.

Les différences dans la distribution selon la taille sont souvent citées comme l'un des facteurs qui influent sur la divergence persistante des courbes de croissance de la productivité des deux pays et qui expliquent l'accroissement de l'écart de productivité du travail entre le Canada et les États-Unis. La différence dans la distribution selon la taille des producteurs canadiens et des producteurs américains s'illustre notamment par la mesure dans laquelle les plus gros producteurs américains sont en fait plus importants et plus productifs que leurs homologues canadiens. Étant donné que peu d'études se sont penchées sur les « très gros » producteurs des deux pays, la présente étude analyse le rôle particulier que jouent les entreprises de 1 000 employés ou plus dans la productivité du travail enregistrée par le secteur de la fabrication au Canada en regard de ce que l'on observe du côté américain.

La démonstration empirique d'une relation entre la productivité et la taille des producteurs au Canada et aux États-Unis est faite dans de nombreuses études (Baldwin, Jarmin et Tang, 2004; Rao et Tang, 2002; Leung, Meh et Terajima, 2008). Or, dans la grande majorité de ces études, la définition de gros producteur est plutôt modesteFootnote 1. Peu d'études ont porté plus particulièrement sur le rendement des usines de fabrication comptant 1 000 employés ou plusFootnote 2.

La distinction en ce qui concerne la taille revêt de plus en plus d'importance dans un contexte où la mondialisation favorise l'établissement de multinationales de plus grande taille et accentue le besoin d'accroître les économies d'échelle devant la pression sans cesse grandissante de la concurrence étrangère. Selon l'économie politique, ces très gros producteurs forment un groupe d'intérêt qui détient un pouvoir d'influence démesuré sur l'établissement de la politique industrielle. Les gros producteurs sont sans doute davantage concernés par les gains et les pertes découlant de changements dans les politiques publiques et ont vraisemblablement accès dans une plus grande mesure aux organisations chargées de la prise de décisions ainsi qu'aux ressources humaines et financières nécessaires pour influer sur l'élaboration des politiques. Il n'est pas étonnant de constater qu'étant donné qu'ils possèdent à la fois les motifs et les ressources pour susciter des changements, les plus gros producteurs sont les plus susceptibles d'influer sur l'orientation de la politique publique, de tirer parti de leur position pour obtenir de l'aide et du soutien des gouvernements et de susciter la plus grande part de l'attention médiatique.

Selon Bombardini (2008), qui s'est fondée sur des données américaines, les secteurs qui comptent de gros producteurs ont de plus fortes chances de faire l'objet d'une protection dans le cadre de politiques gouvernementales et de participer à du lobbying politique. De fait, l'accélération de la crise financière à la fin de 2008 a mis en évidence l'influence des plus gros producteurs sur l'élaboration des politiques et leur capacité à attirer une plus grande attention médiatique. Les expressions du genre « trop gros pour faire faillite » sont naturellement devenues populaires dans le jargon journalistique et les discours politiques. D'après Bombardini, l'effet de distorsion découlant de l'influence des gros producteurs sur les pressions existantes au chapitre de la productivité n'est atténué que par les intérêts divergents des autres gros producteurs en amont et en avalFootnote 3. L'équilibre qui découle de ces intérêts divergents n'est toutefois pas nécessairement harmonieux.

En théorie, on devrait s'attendre à ce que l'attention se porte davantage sur les plus gros producteurs lors de l'élaboration des politiques. Toutefois, ces producteurs méritent-ils qu'une plus grande attention et un plus grand soutien leur soient accordés en fonction du rôle qu'ils jouent dans la productivité du pays? Voilà une question difficile à trancher. Il se pourrait très bien que les politiques gouvernementales en matière de productivité visant les gros producteurs soient celles qui méritent le plus d'attention et le plus d'efforts d'élaboration. Si tel est le cas, l'influence de ces producteurs pourrait être justifiée par les gains de productivité liés à la taille qui feraient progresser la prospérité du pays. En revanche, si les décideurs trouvaient plus utile de se concentrer sur les questions de productivité qui touchent les plus petits producteurs, en particulier si ces questions diffèrent de celles qui touchent les gros producteurs, il se pourrait que cette influence réduise l'efficacité des politiques et des programmes mis en œuvre par les organismes gouvernementaux dans le but de favoriser la croissance de la productivité en général.

La présente étude cherche à évaluer la contribution des gros producteurs à l'écart de productivité entre le Canada et les États-Unis dans le secteur de la fabrication ainsi qu'à examiner l'écart de productivité entre les gros et les petits producteurs dans chaque pays. L'objectif consiste à répondre à la question suivante : les très gros producteurs contribuent-ils à l'écart de productivité entre le Canada et les États-Unis? Nous sommes d'avis que le fait de comprendre les facteurs liés à la taille qui expliquent pourquoi la productivité du secteur canadien de la fabrication est inférieure à celle du secteur américain aura une incidence sur l'efficacité des politiques visant à améliorer la faible croissance de la productivité du Canada dans l'espoir de réduire l'écart de productivité entre le Canada et les États-Unis.

Au cours des dernières années, plusieurs ont affirmé qu'une partie de l'écart de productivité entre le Canada et les États-Unis s'expliquait par la différence observée entre les plus gros producteurs de chaque pays. Le nombre moyen d'employés chez les gros producteurs est plus élevé aux États-Unis qu'au Canada, et on serait donc porté à penser que les États-Unis sont avantagés sur le plan de la productivité par rapport à leur voisin du Nord. Quelle vérité se cache derrière cette affirmation? Peu se sont penchés sur la question. Compte tenu de l'influence naturelle de ces producteurs, nous considérons comme préoccupante cette lacune dans la documentation, lacune qui devrait porter les décideurs à réfléchir, en particulier dans un contexte où la mondialisation favorise sans cesse l'émergence de grandes multinationales et intensifie les pressions au chapitre de la productivité dans l'ensemble des marchés.

À la section 2 du présent rapport, nous examinons l'évolution à long terme de l'écart de productivité entre le Canada et les États-Unis et soulevons certains facteurs qui pourraient expliquer cette évolution. À la section 3, nous nous penchons sur la structure du secteur de la fabrication au Canada et aux États-Unis ainsi que sur les différences inhérentes à la composition de ces secteurs en vue de déterminer le rôle que jouent les grandes entreprises dans l'écart de productivité du travail entre les deux pays. Pour y parvenir, nous avons d'abord élaboré une technique de décomposition qui fait état de la part attribuable aux gros producteurs et qui tient compte de la différence de structure industrielle entre les deux pays. Nous nous servons ensuite des données de l'Enquête annuelle des manufactures (EAM) de Statistique Canada et de celles de son pendant américain, soit la U.S. Annual Survey of Manufactures (anglais seulement) du Census Bureau, pour évaluer quelle proportion de l'écart de productivité du travail dans le secteur de la fabrication entre le Canada et les États-Unis est, le cas échéant, attribuable aux usines comptant 1 000 employés ou plus. À la dernière section du rapport, nous tirons certaines conclusions à la lumière de nos résultats et analysons brièvement ce qu'elles impliquent pour l'avenir.


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2. L'écart de productivité entre le Canada et les États-Unis

C'est un fait bien établi que le Canada accuse un retard par rapport à son voisin du Sud en ce qui a trait à la productivité du travail. En outre, au lieu de s'amenuiser, l'écart entre les deux pays s'est élargi au cours de la dernière décennie. L'écart de productivité du travail entre les États-Unis et le Canada dans le secteur des entreprises est passé de 13 % en 1984 à 25 % en 2007 (voir le graphique 1). La tendance est encore plus marquée au sein du secteur de la fabrication : le faible écart de 3 % enregistré en 1984 est passé à 26 % en 2007. Les données récentes révèlent que cette tendance n'a fait que se poursuivre.

Les explications qui ont été formulées en ce qui concerne la productivité relativement faible du Canada sont nombreuses et comportent souvent de multiples facettes. Selon Conway et Nicoletti (2007), l'absence de convergence de la productivité entre un certain nombre de pays de l'OCDE pourrait s'expliquer par le fait que plusieurs de ces pays, dont le Canada, n'ont pas rapidement mis en œuvre une réforme de la réglementation afin de tirer parti des répercussions de la révolution des technologies de l'information et des communications (TIC) survenue au sein de l'économie, connue sous le nom de « choc des TIC des années 1990 ». Brox (2008) constate que l'élargissement de l'écart de productivité dans le secteur de la fabrication coïncide en grande partie avec une divergence des investissements dans les infrastructures publiques à partir de 1994. En effet, aux États-Unis, les dépenses en infrastructures ont grimpé de 24 %, tandis qu'au Canada, elles ont reculé de 3 %.

L'écart de productivité entre le Canada et les États-Unis s'explique également par la différence entre les deux pays au chapitre de la composition du secteur. Selon les estimations de Nadeau et Rao (2002), la croissance de la productivité dans le secteur canadien de la fabrication aurait été supérieure de 0,3 point de pourcentage entre 1980 et 1996 si la composition du secteur canadien s'était apparentée davantage à celle du secteur américain. Cependant, l'effet de la composition semble être faible. D'après Tang et Wang (2004), le ralentissement relatif de la croissance de la productivité globale du Canada s'explique essentiellement par la faible croissance de la productivité enregistrée à l'échelle des industries, et ce, même si la composition actuelle du secteur de la fabrication des deux pays est maintenue.

L'idée la plus largement répandue est vraisemblablement celle voulant que le manque d'investissements en innovation dans le secteur canadien des entreprises ait donné lieu à des niveaux bien en deçà des niveaux optimaux (Boothe et Roy, 2008). Il a été démontré que la taille des entreprises constitue un facteur déterminant du niveau d'innovation des producteurs. L'écart d'innovation entre les producteurs américains et les producteurs canadiens est souvent lié à la différence de taille entre les entreprises et les usines de fabrication des deux pays. Cela est particulièrement vrai lorsque l'on tient compte, en plus de la taille de l'entreprise, d'autres facteurs contributifs comme l'efficacité moindre des grappes industrielles, le niveau d'urbanisation insuffisant de l'activité économique, la faible intensité de la concurrence (en particulier au sein des industries de services) et la faible proportion d'employés détenant un diplôme universitaire. Par exemple, Baldwin et Sabourin (1999) font état de données tirées d'enquêtes menées auprès d'entreprises canadiennes du secteur de la fabrication qui illustrent le fait que le recours aux TIC augmente parallèlement à l'accroissement de la taille des entreprises. De plus, Pilat (2004), en soulignant la prédominance de cette opinion dans les études, laisse entendre que cette relation s'explique par le fait que, contrairement aux petits producteurs, les gros producteurs peuvent recruter des employés dans un bassin plus important de candidats compétents qui sont vraisemblablement mieux outillés pour utiliser les TIC dans un plus vaste éventail de domaines. Toutefois, cette hypothèse ne fait pas l'unanimité, et les données empiriques à ce sujet demeurent contrastées. L'étude portant sur l'ensemble du secteur de la fabrication dans 12 pays de l'OCDE réalisée par Griffith, Redding et Van Reenen (2004) révèle que le rôle de l'innovation dans la croissance de la productivité au Canada est relativement faible, ce qui pourrait concorder avec la conclusion de Mohnen et Therrien (2003) selon laquelle les activités d'innovation n'expliquent qu'une faible proportion des ventes des entreprises canadiennes innovatrices.

Bien que les sources profondes de la relation entre la productivité du travail et la taille des producteurs soulèvent encore certains débats, la quantité considérable de données empiriques laisse peu de doutes quant à l'existence d'une telle relation. L'existence de cette relation est particulièrement évidente lorsqu'on étudie les sources de la productivité sur la base des données agrégées à l'échelle des industries. Malgré cela, peu de données laissent croire de façon convaincante que la relation entre la taille du producteur et la productivité constitue l'un des facteurs déterminants de l'écart de productivité du travail entre le Canada et les États-Unis. Il existe encore moins d'études portant sur le rôle des grands producteurs de chaque industrie.


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3. Décomposition de l'écart de productivité du travail entre le Canada et les États-Unis dans le secteur de la fabrication

Il existe d'importantes différences de structure et de composition entre les secteurs canadien et américain de la fabrication, et ce, malgré les liens économiques étroits qui unissent les deux pays (ou peut-être en raison de ces liens). Par exemple, les industries canadiennes liées à la fabrication de produits à base de ressources occupent une place relativement plus importante que leurs homologues américaines. En revanche, la fabrication de produits des TIC est beaucoup plus importante aux États-Unis qu'elle ne l'est au Canada. Comme il fallait s'y attendre, la taille des entreprises diffère également d'une industrie à l'autre dans chaque pays. Dans la présente section, nous étudions l'effet de ces différences sur l'écart de productivité du travail entre le Canada et les États-Unis dans le secteur de la fabrication en élaborant une méthode qui décompose cet écart selon l'industrie et la taille des usines et en utilisant des données tirées des enquêtes annuelles des manufactures menées au Canada et aux États-Unis.

3.1 Technique de décomposition

Dans la présente sous-section, nous présentons une technique de décomposition de l'écart de productivité du travail entre le Canada et les États-Unis dans le secteur de la fabrication. Nous établissons d'abord la définition de la productivité du travail aux fins de notre analyse. La productivité du travail dans le pays k au cours d'une année donnée est définie comme étant la valeur ajoutée nominale par heure travaillée au cours de l'année en question et s'écrit comme suit :

P k = V k P k 1 P P P k

V k et H k représentent, respectivement, la valeur ajoutée nominale totale du secteur de la fabrication et le nombre total d'heures travaillées dans le pays k, et P P P K désigne la parité de pouvoir d'achat de la valeur ajoutée du secteur de la fabrication pour le pays k. En ce qui concerne le Canada, la parité de pouvoir d'achat s'exprime comme suit : $CA/$US. Pour ce qui est des États-Unis, l'expression est la suivante : $US/$US (unité).

Selon la définition de la productivité du travail, l'écart de productivité entre le Canada et les États-Unis pour l'ensemble du secteur de la fabrication s'exprime ainsi :

Δ = P U P C P U × 100

Δ désigne l'écart de productivité en points de pourcentage entre le secteur canadien et le secteur américain de la fabrication.

Les données de base de notre analyse de décomposition proviennent de l'EAM. Toutes les données de l'EAM mesurent la « valeur ajoutée », souvent appelée « valeur ajoutée recensée », et tiennent compte des paiements pour les services. Il est à noter que la valeur ajoutée recensée n'englobe pas la production des travailleurs autonomes.

Avant d'évaluer la contribution de la différence de structure industrielle à l'écart de productivité du travail entre le Canada et les États-Unis dans le secteur de la fabrication, il faut absolument ajuster les données sur la valeur ajoutée recensée en fonction du concept de PIB du Système de comptabilité nationale du Canada, puisque c'est celui-là qui sert à évaluer l'écart de productivité du travail entre le Canada et les États-Unis dans le secteur de la fabrication.

Par ailleurs, les données sur l'emploi provenant du recensement doivent être corrigées en fonction des données officielles sur l'emploi et les heures travaillées, puisque ce sont ces données qui servent à évaluer l'écart de productivité entre le Canada et les États-Unis. Le nombre d'employés d'après le recensement des manufactures n'est pas tout à fait identique au nombre d'employés sur lequel se fondent les organismes de statistique pour produire leurs statistiques officielles sur la productivité. Au Canada, l'estimation de l'emploi total est tirée de l'Enquête sur la population active (EPA) et est généralement supérieure à celle tirée du recensement des manufactures. Comme c'était le cas ci-dessus, les données sur l'emploi tirées du recensement n'englobent pas les données concernant les travailleurs autonomes.

En faisant les ajustements appropriés, on peut définir la relation entre le niveau de productivité officiel dans le secteur de la fabrication et les données du recensement dans le pays k de la manière suivante :

(3) P k   = V k H k 1 P P P k
= 1 P P P k V k Y k L k H k E k L k Y k E k
= λ k Y k E k

Y k , L k , and E k désignent respectivement la valeur ajoutée nominale recensée du secteur de la fabrication, le chiffre d'emploi officiel du secteur de la fabrication et le chiffre d'emploi tiré du recensement des manufactures dans le pays k , Le facteur d'ajustement ( γ k ) convertit la productivité du travail de l'ensemble du secteur de la fabrication (par travailleur) établie d'après les données du recensement et exprimée en dollars courants du pays en données officielles sur la productivité du travail du secteur de la fabrication (selon les heures travaillées) en dollars américains réels. Ce facteur est défini comme suit :

(4) λ k = 1 P P P K v k Y k L k H k E k L k

Le facteur d'ajustement se compose de quatre éléments distincts. Le premier élément, 1 P P P K , convertit toutes les mesures de productivité en dollars américains. Le deuxième élément, V k Y k , est le rapport entre la valeur ajoutée nominale et la valeur ajoutée nominale recensée, et il tient compte des différences entre la valeur ajoutée recensée et la valeur ajoutée réelle. Le troisième élément, L k H k , est l'inverse de H k L k , qui représente l'intensité du travail définie comme étant le nombre d'heures par travailleur, et il tient compte des différences d'intensité du travail entre les deux pays. Enfin, E k L k est le coefficient d'ajustement qui sert à tenir compte des différences entre le chiffre d'emploi utilisé dans le calcul des estimations de la productivité et les données tirées du recensement des manufactures.

Après avoir procédé à ces ajustements, nous sommes en mesure de décomposer la productivité du travail de l'ensemble du secteur de la fabrication en ses diverses composantes, en fonction des différentes catégories d'industries et catégories de taille des producteurs pour le pays k de la façon suivante :

(5) P k   = λ k Y k E k
= λ k i v i k q i k
= λ k i v i k ( w i , S k q i , S k + w i , L k q i , L k )
= i v i k ( w i , S k q ˜ i , S k + w i , L k q ˜ i , L k )

v i k représente la part de l'emploi recensé de l'industrie i dans l'ensemble du secteur de la fabrication et q i k la valeur ajoutée recensée par travailleur dans l'industrie i; w i , S k et w i , L k représentent les parts respectives de l'emploi recensé des petites usines (moins de 1 000 employés) et des grandes usines (1 000 employés ou plus) au sein de l'industrie i du pays k; q ˜ i , S k et q ˜ i , L k représentent la valeur ajoutée recensée par travailleur pour les petites et les grandes usines de l'industrie i dans le pays k; q ˜ i , S k et q ˜ i , L k (équivalant à λ K q i , S k et à λ K q i , L k respectivement) représentent la valeur ajoutée recensée ajustée par travailleur pour les petites et grandes usines de l'industrie i dans le pays k. La productivité du travail ajustée pour les groupes de producteurs des différentes catégories de taille au Canada et aux États-Unis est exprimée en dollars américains (ce qui a nécessité l'application de déflateurs de la parité de pouvoir d'achat à la production des usines canadiennes) afin qu'elle puisse être comparée d'un pays à l'autre.

Il est à noter que nous avons sciemment décidé d'ignorer, dans le cadre de la présente étude, plusieurs questions qui pourraient avoir une incidence sur la grandeur de l'écart de productivité du travail sur lequel se fonde la présente section. Aux fins de la rédaction de la présente étude, nous avons accepté les estimations officielles de la valeur ajoutée et des heures travaillées qui sont utilisées dans les programmes de productivité des deux pays. Il est à noter toutefois que les organismes de statistique du Canada et des États-Unis établissent des estimations des heures travaillées à partir de types d'enquêtes différents. Les différences méthodologiques qui en découlent peuvent avoir une incidence sur les estimations du nombre d'heures travaillées et, par le fait même, sur les estimations de la production par unité de travail. Aux États-Unis, le niveau d'emploi est estimé au moyen d'une enquête auprès des employeurs, tandis qu'au Canada, il est estimé par la voie d'une enquête auprès des ménages. Selon Maynard (2007), une partie de l'écart de productivité au Canada s'expliquerait par les différences de méthodologie entre les deux pays. Le même facteur d'ajustement a été appliqué à tous les producteurs d'une catégorie en particulier, sans égard aux différences de taille dans la catégorie en question. Cette méthode suppose, entre autres choses, que le rapport entre les heures travaillées et l'emploi est le même dans différentes catégories de taille, ce qui n'est pas nécessairement exact, en particulier si les petits producteurs comptent un plus grand nombre d'employés à temps partiel que les gros producteurs d'une même catégorie de taille.

En gardant à l'esprit ces mises en garde, nous décomposons maintenant l'écart de productivité entre le Canada et les États-Unis dans le secteur de la fabrication en fonction de l'industrie et de la taille des usines.

Nous définissons d'abord la relation p ˜ i k = q ˜ i k P U pour le groupe de producteurs de taille i dans le pays k, laquelle correspond au quotient de la productivité du travail pour l'ensemble des catégories de taille dans les deux pays par la productivité du travail du secteur américain de la fabrication. En combinant les équations (2) et (5), nous obtenons la formule suivante pour l'écart de productivité du travail entre le Canada et les États-Unis dans le secteur de la fabrication :

(6) Δ   = i θ ¯ i ( v i U v i C )
+ i θ ¯ i ( w i , L U w i , L C )
+ i φ ¯ i , S ( p ˜ i , S U p ˜ i , S C ) + φ ¯ i , L p i , L C

  θ ¯ i 1 2 ( w i , S U p ˜ i , S C + w i , L U + w i , S U p ˜ i , S U + w i , L C p ˜ i , L U )
Φ ¯ i = 1 2 v i U ( p ˜ i , L U p ˜ i , S U ) + v i C ( p ˜ i , L C p ˜ i , S C )
φ ¯ i , S = 1 2 ( v i U w i , S U + v i C w i , S C )
φ ¯ i , L = 1 2 ( v i U w i , L U + v i C w i , L C )

de sorte que θ¯i correspond à la productivité du travail moyenne de l'industrie i dans les deux pays et Φ ¯ i représente l'écart moyen de productivité du travail entre les grandes usines et les petites usines de l'industrie i dans les deux pays. De la même manière, φ ¯ i , S et φ ¯ i , L désignent les parts moyennes de l'emploi des petites usines et des grandes usines respectivement dans les deux pays.

L'équation (6) décompose l'écart de productivité entre le Canada et les États-Unis dans le secteur de la fabrication en trois éléments. Le premier élément est associé aux différences de structure industrielle entre les secteurs canadien et américain de la fabrication, terme que l'on nomme l'« effet de la structure industrielle ». Si le secteur américain de la fabrication compte proportionnellement plus d'industries à plus forte productivité que le secteur canadien, ce premier terme sera positif.

Le deuxième terme, appelé « effet de la taille des usines », représente la contribution de la différence de taille des usines dans les deux pays. Si la productivité des grandes usines est supérieure à celle des petites usines et si la proportion d'emplois dans les grandes usines est plus élevée aux États-Unis qu'au Canada, ce terme sera positif.

Le troisième terme, nommé « effet de la productivité », rend compte de l'effet des écarts de productivité entre le Canada et les États-Unis pour les petites usines et les grandes usines, respectivement. Si la productivité des petites ou des grandes usines américaines est supérieure à celle des petites ou des grandes usines canadiennes, ces termes seront positifs.

On peut s'attendre à ce que les grandes usines canadiennes contribuent directement à l'écart de productivité du travail entre le Canada et les États-Unis dans l'ensemble du secteur de la fabrication par le truchement de l'effet de la productivité si ces usines affichent un rendement inférieur à celui des grandes usines américaines. Les grandes usines influent indirectement sur l'écart de productivité par l'entremise de l'effet de la taille des usines. La répartition de l'emploi dans l'industrie entre les petites et les grandes usines influera à la hausse ou à la baisse sur la contribution positive ou négative de l'effet de la productivité à l'écart de productivité.

3.2 Résultats de la décomposition

En nous fondant sur les microdonnées recueillies dans le cadre des recensements des manufactures menés dans chaque paysFootnote 4, nous sommes en mesure de cerner les sources profondes de l'écart de productivité du travail entre le Canada et les États-Unis dans le secteur de la fabrication à l'aide du cadre élaboré à la section 3.1. Plus précisément, nous pouvons chercher à déterminer si l'existence d'un écart de productivité du travail en 2002 est attribuable aux différences de structure industrielle entre les deux pays ou si cet écart résulte en fait de la faible productivité relative des petites et des grandes usines au CanadaFootnote 5. Les sources de données utilisées pour l'analyse de décomposition sont présentées à l'annexe A.

Nous avons divisé le secteur de la fabrication en huit grands sous-groupes industriels : transformation alimentaire, produits chimiques, métaux de première fusion, machines, informatique et électronique, matériel de transport, meubles, et autres industries de la fabrication. Il était essentiel de répartir les usines dans ces catégories particulières afin d'obtenir des données selon la taille des usines sans compromettre la confidentialité des données des entreprises, laquelle est vigoureusement protégée par Statistique Canada. Comme il a été mentionné précédemment, aux fins de la présente étude, les grandes usines sont celles qui comptent 1 000 employés ou plus, alors qu'en général, les usines de plus de 500 employés sont qualifiées de grandes usines dans les autres études (p. ex. Baldwin, Jarmin et Tang, 2004).

Le tableau 1 présente le profil de productivité et d'emploi des industries de la fabrication au Canada et aux États-Unis en 2002. La structure industrielle des deux pays est quelque peu semblable. Toutefois, même à l'échelle des données agrégées, on dégage très clairement des différences notables. La différence la plus frappante est vraisemblablement celle qui a trait à la part de l'emploi de l'industrie de l'informatique et de l'électronique dans chaque pays. La proportion d'emplois dans l'industrie américaine est presque le double de celle qui a été enregistrée dans l'industrie canadienne.

L'industrie de la fabrication de matériel de transport, qui englobe par exemple la fabrication de produits de l'aérospatiale et de véhicules automobiles, affiche la plus grande part de l'emploi manufacturier au sein des grandes usines dans les deux pays, soit 38 % au Canada et 49 % aux États-Unis. Les industries qui se classent tout juste derrière celle du matériel de transport illustrent probablement le mieux les différences dans la structure industrielle des deux pays. Au Canada, l'industrie des métaux de première fusion se classe au deuxième rang, proportionnellement parlant, au chapitre de l'emploi dans les grandes usines (part de 37 %), tandis qu'aux États-Unis, c'est l'industrie de l'informatique et de l'électronique qui occupe cette position (35 %). Dans les deux pays, les autres industries de la fabrication sont celles qui comptent la plus faible concentration d'emplois au sein des grandes usines.

Dans la plupart des industries comparables, la part de l'emploi manufacturier au sein des grandes usines est moins élevée au Canada qu'aux États-Unis. L'industrie des métaux de première fusion est la seule exception à cette tendance. Dans cette industrie, la part de l'emploi des grandes usines s'élève à 37 % au Canada, contre seulement 22 % aux États-Unis. Cependant, dans l'ensemble du secteur de la fabrication, la part de l'emploi des grandes usines s'établit à 11 % au Canada et à 18 % aux États-Unis. Le fait que le Canada compte moins de grandes usines que les États-Unis était un résultat anticipé, bien établi dans les publications (p. ex. Baldwin, Jarmin et Tang, 2004).

Le tableau 1 fait également état de la productivité du travail des petites et grandes usines canadiennes et américaines. Ces données sont ajustées en fonction de l'équation (4) et normalisées par rapport au niveau de productivité de l'ensemble du secteur américain de la fabrication. Le tableau fait ressortir certaines observations intéressantes.

En premier lieu, la productivité des petites usines est, en moyenne, inférieure à celle des grandes usines, résultat auquel on pouvait s'attendre. Ce résultat a été observé dans la plupart des industries, à deux exceptions notables près : au Canada, les petites usines de l'industrie des métaux de première fusion affichent une meilleure productivité que les grandes; les petites usines de l'industrie de la transformation alimentaire au Canada et aux États-Unis enregistrent une productivité supérieure à celle des grandes usines.

Dans le cas de l'industrie de la transformation alimentaire, cela signifie que la forte concentration d'activité dans les petites usines au Canada (93 %) – par comparaison au portrait brossé aux États-Unis (79,6 %) – réduit le degré de contribution des usines de l'industrie à l'écart de productivité du travail dans le secteur de la fabrication. Bien que cette contribution soit légèrement atténuée par la composition de l'industrie selon la taille des usines, le piètre rendement global des usines de l'industrie de la transformation alimentaire au Canada par rapport à leurs homologues américaines et à l'ensemble du secteur américain de la fabrication contribue réellement à l'écart de productivité du travail entre le Canada et les États-Unis.

L'industrie des métaux de première fusion soulève un problème encore plus intéressant. Non seulement les petites usines canadiennes sont plus productives que les grandes dans cette industrie, mais aussi seule l'industrie du matériel de transport affiche une concentration d'activité supérieure à celle de l'industrie des métaux de première fusion dans ces grandes usines à productivité moindre. Par ailleurs, la productivité des grandes usines canadiennes dans cette industrie est inférieure à celle de leurs homologues américaines. Étant donné que l'industrie canadienne est, dans l'ensemble, plus productive que l'industrie américaine et qu'elle représente une plus grande part de l'emploi du secteur de la fabrication au Canada qu'aux États-Unis, il pourrait s'avérer utile pour les décideurs de se pencher sur les conditions qui entrent en jeu et qui pourraient expliquer ce rendement particulier et cette répartition particulière de la main-d'œuvre.

En deuxième lieu, les petites usines canadiennes affichent une productivité inférieure de 17 % en moyenne à celle de leurs homologues américaines à l'échelle du secteur de la fabrication, en l'absence de correction pour tenir compte des différences de structure industrielle. C'est dans l'industrie de la transformation alimentaire et l'industrie des produits chimiques que l'inégalité est la plus marquée. En revanche, les petites usines de l'industrie des métaux de première fusion sont plus productives au Canada qu'aux États-Unis (ce qui n'est guère surprenant compte tenu des résultats susmentionnés).

En troisième lieu, les grandes usines canadiennes semblent afficher une meilleure productivité que leurs homologues américaines à l'échelle du secteur de la fabrication. Cet avantage est principalement attribuable à la productivité des usines de l'industrie de la fabrication de matériel de transport. La forte productivité de cette industrie est en partie contrebalancée par la faible concentration de l'emploi manufacturier canadien dans les grandes usines de l'industrie, comparativement à la répartition de la main-d'œuvre aux États-Unis. Toutefois, dans d'autres industries, les grandes usines canadiennes sont moins productives ou aussi productives que les grandes usines américaines.

En dernier lieu, les résultats présentés ici cadrent avec ceux de Rao et collaborateurs (2008). Bien que notre méthode diffère de la leur, nous confirmons leurs conclusions selon lesquelles le Canada affiche une meilleure productivité dans les industries des métaux de première fusion et du matériel de transport et accuse un retard par rapport aux États-Unis dans l'industrie de la transformation alimentaire, dans l'industrie des produits chimiques ainsi que dans l'industrie de l'informatique et de l'électronique.

À l'aide de l'équation (6), nous avons décomposé l'écart entre le Canada et les États-Unis dans le secteur de la fabrication en facteurs associés à la structure industrielle, à la structure de la taille des usines, aux différences de niveau de productivité entre les petites usines de chaque pays et aux différences de niveau de productivité entre les grandes usines de chaque pays. Les résultats de cette décomposition sont présentés au tableau 2. Nos résultats montrent que les trois premiers facteurs contribuent à l'écart de productivité du travail entre le Canada et les États-Unis enregistré en 2002 dans le secteur de la fabrication, mais que les différences de niveau de productivité entre les grandes usines n'ont joué aucun rôle à cet égard. La plus importante contribution vient de la productivité des petites usines canadiennes. En effet, leur faible productivité explique dans une proportion supérieure à 70 % le retard qu'accuse le Canada par rapport aux États-Unis. La contribution de l'effet de la structure industrielle et de l'effet de la taille des usines est relativement faible : ces effets expliquent respectivement 13 % et 20 % de l'écart.

 

D'après l'analyse de décomposition, la différence de productivité du travail entre les grandes usines canadiennes et les grandes usines américaines n'a aucunement contribué à l'écart. En fait, lorsque l'on se penche sur les données agrégées, on constate que cette différence contrebalance dans une faible mesure certains reculs enregistrés ailleurs.


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4. Conclusion

D'après les résultats de notre analyse de décomposition des secteurs canadien et américain de la fabrication fondée sur des données à l'échelle de l'industrie, nous sommes parvenus à tirer quelques conclusions générales et à cerner des questions qui mériteraient d'être approfondies si l'on veut améliorer l'élaboration future des politiques ayant des répercussions sur le secteur de la fabrication.

D'abord et avant tout, nous répondons à la question posée dans l'intitulé du rapport : « Les très gros producteurs contribuent-ils à l'écart de productivité entre le Canada et les États-Unis? » Les résultats de notre recherche nous portent à croire que, dans le cas du secteur de la fabrication, la réponse est « non ». Plus précisément, les très grandes usines canadiennes n'ont pas contribué directement, dans l'ensemble, à l'écart de productivité du travail observé en 2002 dans le secteur de la fabricationNote de bas de page 6. Du point de vue de l'ensemble du secteur de la fabrication, la productivité globale des très grandes usines canadiennes semble plus ou moins comparable à celle des très grandes usines américaines. En fait, selon nos estimations, la faible productivité des usines canadiennes de moins de 1 000 employés constitue la principale cause de l'écart de productivité du travail dans le secteur de la fabrication en 2002.

Ce résultat est intuitivement logique. D'après certaines données, les multinationales canadiennes seraient aussi productives que les multinationales étrangères (Baldwin et Gu, 2005). Dans une étude portant sur le secteur américain de la fabrication, Doms et Jensen (1998) ont constaté que si les usines de propriété étrangère sont plus productives et plus hautement capitalistiques que les usines nationales, le fait de tenir compte de certaines caractéristiques des usines, par exemple la taille, réduit effectivement (sans toutefois éliminer) l'avantage des usines de propriété étrangère sur le plan de la productivité. Il serait logique que les plus grandes usines appartiennent à des entreprises ouvertes sur l'extérieur, qui exercent des activités d'exportation ou qui sont elles-mêmes le produit de l'investissement direct étranger, et que la pression concurrentielle mondiale pousse les multinationales vers la convergence des niveaux de productivité des usines. Les marchés de détail au Canada sont généralement trop petits pour que les entreprises axées uniquement sur le marché intérieur puissent profiter d'économies d'échelle suffisantes.

Toutefois, si l'on se penche sur les industries prises individuellement, des questions subsistent. Bien que les grandes usines canadiennes affichent une meilleure productivité que les entreprises américaines du secteur de la fabrication à l'échelle globale, le rendement moyen enregistré au sein d'une industrie est souvent inférieur à la productivité des très grandes usines américaines. Par ailleurs, les résultats observés au sein des usines de l'industrie des métaux de première fusion, industrie où les petites usines sont plus productives que les grandes au Canada (mais pas aux États-Unis), soulèvent de nouvelles questions. Pourquoi l'emploi dans l'industrie est-il relativement concentré dans les très grandes usines moins productives? Les petites usines de l'industrie des métaux de première fusion sont-elles plus productives parce qu'elles sont plus hautement capitalistiques? Y a-t-il des politiques ou des règlements qui poussent les entreprises à adopter une approche à forte intensité de main-d'œuvre plutôt qu'à forte intensité de capital? Une analyse plus approfondie du cadre d'action gouvernementale serait probablement nécessaire, et elle aurait vraisemblablement des répercussions qui ne se limiteraient pas à l'industrie des métaux de première fusion.

De façon générale, les résultats ne semblent toutefois pas indiquer que la solution évidente au problème de l'écart de productivité consisterait à concentrer les efforts uniquement sur l'amélioration du rendement des grandes usines canadiennes par rapport aux grandes usines américaines. Les résultats de la décomposition portent plutôt à croire que l'on pourrait éliminer une grande partie de l'écart de productivité en remédiant aux problèmes de productivité des petites usines et, dans une moindre mesure, en déterminant pourquoi les industries canadiennes de la fabrication sont en moyenne plus tributaires des petites usines que les industries américaines. Ce qui est clair, c'est que le cœur du problème de productivité qui persiste dans le secteur canadien de la fabrication ne se trouve vraisemblablement pas dans les usines des plus gros producteurs du Canada.

 

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Annexe A : Sources des données

Sources des données des variables
Variable Description Source des données
Variables macroéconomiques pour l'ensemble du secteur de la fabrication
V Valeur ajoutée nominale pour le secteur de la fabrication Canada : base de données canadienne KLEMS, Statistique Canada
États-Unis : base de données américaine KLEMS, EU KLEMS Growth and Productivity Accounts.
H Heures travaillées dans le secteur de la fabrication Canada : base de données canadienne KLEMS, Statistique Canada
États-Unis : base de données américaine KLEMS, EU KLEMS Growth and Productivity Accounts.
PPP Parité de pouvoir d'achat, valeur ajoutée dans le secteur de la fabrication Hao et coll. (2008)
Variables du secteur de la fabrication selon l'industrie et la taille de l'entreprise
Y Valeur ajoutée nominale recensée Canada : totalisations spéciales réalisées en fonction de l'Enquête annuelle des manufactures de Statistique Canada (2002)
États-Unis : 2002 Economic Census (fabrication), US Census Bureau
E Emploi recensé dans le secteur de la fabrication Canada : totalisations spéciales réalisées en fonction de l'Enquête annuelle des manufactures de Statistique Canada (2002)
États-Unis : 2002 Economic Census (fabrication), US Census Bureau
Tableau 1 : Profil industriel du secteur de la fabrication au Canada et aux États-Unis, 2002
Industrie Part de l'emploi de l'industrie Part de l'emploi des grandes usines Productivité du travail des petites usines Productivité du travail des grandes usines Productivité du travail de l'ensemble des usines
  (%) (%) Ensemble du secteur de la fabrication aux É.-U. = 1,00
  Can. É.-U. Can. É.-U. Can. É.-U. Can. É.-U. Can. É.-U.
Transformation alimentaire 12,4 10,3 7,0 20,4 0,64 1,14 0,60 0,72 0,63 1,05
Produits chimiques 4,5 5,8 11,4 24,5 1,46 2,24 2,64 2,56 1,59 2,32
Métaux de première fusion 4,4 3,3 37,4 22,0 1,21 0,85 1,07 1,09 1,16 0,91
Machines 7,2 8,0 6,4 12,2 0,68 0,76 1,28 1,50 0,72 0,85
Informatique et électronique 4,7 8,6 21,1 34,8 0,67 0,96 0,78 1,76 0,70 1,24
Matériel de transport 11,2 11,4 37,9 49,1 0,78 0,80 2,52 1,56 1,44 1,17
Meubles et produits connexes 5,4 4,1 7,3 11,8 0,47 0,55 0,57 0,69 0,48 0,56
Autres industries de la fabrication 50,2 48,6 4,1 7,4 0,71 0,76 0,92 1,54 0,71 0,82
Ensemble du secteur de la fabrication 100 100 11,2 17,9 0,74 0,89 1,59 1,53 0,83 1,00

Nota : Petites usines : moins de 1 000 employés; grandes usines : 1 000 employés ou plus.

Tableau 2 : Sources de l'écart de productivité du travail entre le Canada et les États Unis dans le secteur de la fabrication, 2002
Écart de productivité du travail entre le Canada et les États Unis dans le secteur de la fabrication 16,8%
 
Sources de l'écart : Points de pourcentage Part de l'écart de productivité (pourcentage)
Effet de la structure industrielle 2,2 12,8
Effet de la taille des usines 3,3 19,8
Effet de la productivité
Ensemble des usines 11,3 67,4
Petites usines 12,0 71,3
Grandes usines −0,7 −4,0

Nota : Petites usines : moins de 1 000 employés; grandes usines : 1 000 employés ou plus.

Graphique 1 : Productivité du travail au Canada, 1977-2007

Graphique de la productivité du travail au Canada, 1977-2007 (la description détaillée se trouve après l'image)
Description du graphique 1

Cette figure décrit l'évolution de la productivité du travail dans le secteur de la fabrication et dans l'ensemble du secteur des entreprises au Canada par rapport aux États-Unis entre 1977 et 2007.

L'écart de productivité entre le Canada et les États-Unis dans le secteur de la fabrication a été le plus faible en 1984, lorsque la productivité au Canada équivalait à 97 % de celle aux États-Unis. Cet écart s'est élargi considérablement au milieu des années 80, pour ensuite se réduire graduellement au fil de la décennie 90, à tel point qu'en 2000 la productivité du secteur de la fabrication au Canada équivalait à 93 % de celle aux États-Unis. Dans les années 2000 toutefois, l'écart de productivité s'est fortement accentué, surtout dans la première moitié de la décennie, si bien qu'en 2007, la productivité dans le secteur canadien de la fabrication n'équivalait qu'à 74 % de celle aux États-Unis.

L'écart de productivité entre le Canada et les États-Unis dans le secteur des entreprises a été à son plus faible en 1982, année où la productivité du travail dans le secteur canadien des entreprises équivalait à 87 % de celle aux États-Unis. Par la suite, la productivité relative du travail dans le secteur des entreprises au Canada a suivi une tendance à la baisse jusqu'à la fin de la période étudiée, pour s'établir à 75 % seulement en 2007.

Nota : La productivité du travail est définie comme étant la valeur ajoutée réelle par heure travaillée, en parité de pouvoir d'achat (PPP).

Source : Hao et coll. (2008)

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