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No 10 : Innovation endogène et croissance : Conséquences du point de vue canadien

par Pierre Fortin et Elhanan Helpman, Université du Québec à Montréal et Institut canadien de recherches vancées, et Université de Tel-Aviv et Institut canadien de recherches avancées, respectivement. En vertu d'un contrat passé avec Industrie Canada dans le cadre de l'examen des sciences et de la technologie, august 1995


Résumé

Le Canada est l'un des cinq pays du monde où le niveau de revenu réel est le plus élevé, mais sa croissance économique a ralenti depuis 1973. Sur le plan de son apport au processus de croissance, la productivité de la main-d'oeuvre est intervenue pour environ 60 pour cent de la croissance économique globale tant pendant la période 1961–1973 que durant celle qui a débuté à la fin de 1973, au moment où la croissance économique globale a commencé à ralentir. Le rôle prédominant que joue la productivité de la main-d'oeuvre au Canada s'accentuera tout probablement. L'augmentation de la productivité de la main-d'oeuvre, et non les tendances démographiques, continuera d'être l'élément déterminant de la croissance économique du Canada dans les années à venir.

Si le ralentissement de la productivité de la main-d'oeuvre est la cause première de la diminution du taux de croissance du revenu réel par habitant observée à compter de la première moitié des années 70, il devient donc logique de se demander pourquoi les gains annuels de productivité de la main-d'oeuvre ont été plus faibles depuis ce temps. Dans un effort visant à expliquer ce ralentissement des gains de productivité, les auteurs indiquent que l'augmentation de la productivité de la main-d'oeuvre provient de deux sources : l'accumulation de capital et le progrès technologique, que l'on mesure à l'aide de la productivité totale des facteurs (PTF).

Le ralentissement de la productivité de la main-d'oeuvre observé au Canada après 1973 n'est pas imputable à une baisse du taux d'accumulation du capital : le taux de croissance tendancielle du capital par travailleur n'a pas varié de façon appréciable entre les périodes 1961–1973 et 1974–1993. Le ralentissement de la productivité est plutôt attribuable à d'autres tendances qui ont entraîné une décélération du rythme de croissance de la PTF.

Au terme d'une analyse portant sur l'accumulation de capital humain, les auteurs concluent que des politiques publiques visant à encourager l'investissement dans le capital humain peuvent améliorer l'efficience et accélérer le taux de croissance de l'économie. Les auteurs examinent aussi les répercussions de gains rendus possibles par l´«  apprentissage par la pratique » et ils démontrent de quelle façon l'investissement dans les activités de R-D est un instrument dont l'utilisation peut contribuer à l'augmentation de la productivité de la main-d'oeuvre.

Ils passent ensuite à l'analyse des mécanismes par l'intermédiaire desquels l'investissement en R-D peut influer sur l'augmentation de la productivité à l'intérieur de modèles de croissance endogène. Pour que des intervenants du secteur privé s'intéressent au financement d'activités de R-D, il faut créer un environnement économique en vertu duquel les droits de propriété intellectuelle sont protégés, de sorte que les entreprises pourront tirer avantage de leurs efforts à ce chapitre. De plus, la présence d'un certain degré de rendements croissants et l'absence de concurrence parfaite (pouvoir de monopole) sont des conditions nécessaires aux investissements en R-D.

Sur le plan théorique, des investissements en R-D peuvent avoir des effets positifs ou négatifs sur la croissance de la production. Des retombées positives se produisent lorsque les avantages sociaux dépassent les coûts des investissements. Toutefois, la possibilité d'effets négatifs existe aussi lorsque des investissements en R-D ont pour effet de créer de nouveaux produits et procédés qui viennent remplacer des produits existants et font disparaître les bénéfices rattachés à leur fabrication. Tout compte fait, il semble que la R-D canadienne ait des retombées importantes entre les entreprises et les industries. Par conséquent, le taux de rendement social de la R-D est plus élevé que le taux de rendement privé selon un facteur qui fluctue entre deux et cinq.

On peut déduire des résultats présentés ci-dessus que le Canada n'investit pas suffisamment dans la R-D. Cette situation est en partie attribuable à la présence d'externalités positives. Mais le Canada est aussi une petite économie où des richesses naturelles abondantes constituent un mauvais substitut pour une main-d'oeuvre hautement spécialisée. Il s'ensuit que l'économie canadienne s'est spécialisée dans des secteurs à forte intensité de ressources et que l'investissement en R-D y est insuffisant.

Par conséquent, il existe un fondement économique à l'attribution de subvention à la R-D au Canada. Toutefois, il faut évaluer avec soin le subventionnement de la R-D afin de tenir compte de la portée véritable des effets des retombées. De plus, même si l'attribution de subventions à la R-D peut être souhaitable, il se peut que des subventions à la production dans des secteurs qui investissent dans la R-D aient des effets nuisibles.

L'investissement dans la R-D peut aussi avoir une incidence sur le marché du travail. En particulier, l'augmentation de la productivité qui est alimentée par des activités innovatrices peut contribuer à hausser ou à réduire le niveau du chômage à long terme. On a accordé peu d'attention à cette importante question. Il faut entreprendre des recherches plus poussées sur les répercussions des investissements dans la R-D sur le chômage et sur les types de programmes d'enseignement et de formation qui permettraient d'atteindre un niveau optimal.

Les relations économiques internationales peuvent jouer un rôle important au plan de la détermination des caractéristiques économiques d'un pays. Le commerce et l'investissement direct étranger produisent des retombées positives par l'intermédiaire des courants de connaissances qu'ils alimentent. De plus, le commerce incitera des entreprises à se spécialiser et à réduire la portée dans laquelle les mêmes projets de recherche sont entrepris dans différents pays. De plus, le fait de desservir un marché plus vaste a pour effet d'augmenter le rendement de la R-D, ce qui contribue à multiplier le nombre de projets de R-D entrepris. Toutefois, il peut se produire des effets négatifs du commerce sur les investissements en R-D qui résultent de la concurrence accrue à laquelle les entreprises sont confrontées sur les marchés internationaux et de la discipline en matière de prix que cette situation impose. Mais, tout compte fait, les résultats empiriques disponibles appuient la notion à l'effet que le commerce exerce une incidence favorable sur la productivité.

En guise de conclusion, des politiques visant à stimuler l'accumulation de capital humain, à appuyer directement les activités de R-D et à assurer l'accès aux connaissances et aux marchés internationaux peuvent contribuer à améliorer les perspectives de croissance. Mais, dans chaque cas, il se peut que la présence d'effets négatifs n'assure pas un niveau plus élevé de bien-être. Par conséquent, il faut tenir compte tant des coûts que des avantages aux fins de l'élaboration de politiques économiques dans ces domaines.

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