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No 2 : Le changement technologique et les institutions économiques internationales

par Sylvia Ostry, Centre for International Studies, Université de Toronto, décembre 1995


Resumé

L'interdépendance économique a progressé considérablement depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale, alors que s'est mis en place le cadre de al collaboration économique internationale. Même s'il n'a jamais été précisé, le terme « mondialisation », passé dans le langage coutumier durant les années 80, traduit les liens de plus en plus étroits qui se tissent entre les pays, soit l'intégration croissante de l'économie mondiale opérée par les échanges commerciaux, les flux financiers, l'investissement direct et la technologie. La notion d'interdépendance englobe aussi les rapports croissants entre les principaux facteurs qui influent sur le système économique mondial : la poltiique monétaire, qui se répercute sur la politique commerciale, laquelle influe la poltique monétaire et la politique budgétaire. Ce mouvement irrésistible vers la mondialisation et, bien entendu, la fin de la guerre froide, résument le contraste fondamental qui existe entre le contexte qui a donné naissance à ces institutions et le monde des années 90. Une reformulation de leur raison est devenue nécessaire.

Un nombre considérable d'analyses ont été produites sur les réformes proposées aux institutions de Bretton Woods — le Fond monétaire international (FMI) et la Banque mondiale. Il est assez ironique que la nouvelle Organisation mondiale du commerce (OMC), arrivant dans le sillage de l'infortunée Organisation du commerce international (OCI) qui n'a jamais vu le jour, soit la première structure mise en place dans le système de coopération internationale de l'après guerre froide. De fait, les négociations de l'Uruguay Round reflétaient elles-mêmes — par l'inclusion de « nouveaux dossiers tels que le commerce des services, la propriété intellectuelle et certains aspects de l'investissement — l'impact de la mondialisation sur les priorités de la politique commerciale. L'intégration accrue de l'économie mondiale signifie que la politique commerciale a des répercussions de plus en plus profondes à l'intérieur des frontières, faisant disparaître la ligne de démarcation entre les politiques internes et internationales et celles qui départagent les trois sources d'impulsion de la mondialisation : le commerce, l'investissement et la technologie. »

Le GATT traduisait le monde de l'après-guerre, héritier des désastreuses guerres tarifaires des années 30 : les négociations du GATT visaient principalement à réduire les obstacles aux frontières. L'OMC s'intéressera principalement aux politiques « intérieures ». Par exemple :

  • les régimes de réglementation intérieure;
  • la politique de concurrence;
  • les obstacles structurels aux fusions créés par différents modèles de régie d'entreprise; et
  • les politiques industrielles axées sur la haute technologie.

En outre, ces politiques d'intégration accrue auront un caractère prioritaire dans le contexte des nouvelles ententes régionales telles que l'ALENA et, peut-être, l'APEC. Et, bien entendu, le projet Europe 1992 — la mise en place du marché interne dans ce qui était alors la Communauté européene — a été la première expérience d'une forme d'intégration plus poussée dans le monde.

Comme nous l'avons indiqué, il ya trois moteurs interdépendants de la mondialisation : le commerce, l'investissement et la technologie. Les liens entre ces facteurs sont complexes et encore mal compris. La révolution de la technologie de l'information et des communications (TIC) est à la fois un facteur habilitant et une source d'impulsion. Elle favorise l'innovation axée sur les produits, les méthodes de production et l'organistion au niveau de l'entreprise et de l'industrie.

L'entreprise multinationale est le principal véhicule de transmission, non seulement de l'investissement mais du commerce et de la technologie. Si l'histoire des entreprises multinationales remonte au milieu du 19e siècle et que l'investissement étranger direct (IED) a augmenté rapidement après la Deuxiéme Guerre mondiale, on a observé une poussée sans prédédent durant la seconde moitié des années 80, qui a accentué sensiblement la tendance à la mondialisation apparue au cours des décennies antérieures et qui a amorcé une nouvelle étape vers une intégration plus poussée.

Pourquoi une nouvelle étape ? Premièrement, il y avait de nouveaux intervenants, notamment les entreprises multinationales (EM) japonaises. Même si la domination exercée par les É.-U. sur l'IED a diminué constamment après la Deuxième Guerre mondiale, les Japonais ont mis beaucoup de temps a adopter le modèle de la multinationale. En outre, une part de plus en plus importante de l'investissement est allée vers les activités de fabrication à fort coefficient de technologie et les services connexes. Ces secteurs sont dominés par quelques grandes entreprises, c'est-à-dire qu'ils ont une structure oligopolistique. La rivalité internationale s'est intensifiée à mesure que les sociétes ont cherché à :

  • Profiter d'économies d'échelle et de diversification;
  • personnaliser leurs produits pour répondre aux goûts des consommateurs;
  • avoir accès à des réseaux complexes et de haute qualité; et
  • avoir accès à des des connaissances tant technologiques qu' « implicites ».

Au risque de paraître simpliste, nous pourrions faire valoir que l'innovation continue (au sens large) est devenue de plus en plus le facteur déterminant de la compétitivité.

Dans ce document, nous abordons les questions de politiques que soulève cette évolution. Aucune nouvelle institution n'est requise pour composer avec les répercussions normales du changement technologique, mais les prioritées des institutions en place devront être modifiées pour tenir compte de l'importance de ce changement. Avant de tourner notre attention vers quelque proposition de changement, il serait utile d'examiner les principaux traits caractéristiques de l'intensification de la mondialisation et de l'intégration telles qu'elles sont apparues dan les années 80.

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