Archivé — Documents hors-série

Informations archivées

Information identifiée comme étant archivée dans le Web à des fins de consultation, de recherche ou de tenue de documents. Elle n'a pas été modifiée ni mise à jour depuis la date de son archivage. Les pages Web qui sont archivées dans le Web ne sont pas assujetties aux normes applicables au Web du gouvernement du Canada. Conformément à la Politique de communication du gouvernement du Canada, vous pouvez la demander sous d'autres formes. Ses coordonnées figurent à la page « Contactez-nous »

No 12 : Technologie et économie : Examen de certaines relations critiques

par Michael Gibbons, Université de Susse. En vertu d'un contrat passé avec Industrie Canada dans le cadre de l'examen des sciences et de la technologie, décembre 1995


Résumé

Dans ce texte, nous examinons l'incidence des activités à caractère technologique sur la croissance économique dans le contexte de l'importance relative de la théorie « appréciative » et de la théorie économique classique, ainsi que du rôle capital joué par les entreprises dans la production des connaissances. La concurrence se déroule entre les entreprises, non entre les pays. Chaque entreprise doit donc tracer sa propre voie dans le milieu économique où elle a choisi d'évoluer et ne pas se préoccuper outre mesure des tactiques d'intimidation évoquant la mondialisation et la concurrence entre les nations.

La nouvelle « théorie de la croissance » tente de jeter un regard neuf sur les façons dont se crée la nouvelle technologie. En cela, elle a été beaucoup influencée par les progrès que nous avons faits en vue de comprendre le comportement des entreprises, c'est-à-dire la façon dont elles innovent. On reconnaît de plus en plus que le rôle des sciences et de la technologie sur le plan de l'innovation, comme dans l'ensemble de l'économie, est à la fois complexe et changeant. Il importe que la théorie tienne compte des résultats des études consacrées à la politique scientifique et au processus d'innovation, sous l'angle tant des pratiques de gestion que des théories de l'entreprise et de l'organisation.

Les institutions sont tout aussi essentielles à une bonne performance économique que les marchés. Le comportement des entreprises varie et l'on doit donc s'attendre à une dispersion plutôt qu'à une convergence des résultats observés. Cela est manifestement vrai dans le cas des entreprises, mais les différences entre celles-ci se traduisent en écarts dans les résultats économiques à l'échelle nationale. Les données présentées dans le rapport appuient l'hypothèse d'une divergence plutôt que d'une convergence des tendances observées dans l'économie mondiale.

La diversité est le produit naturel d'une compétitivité croissante et ce phénomène a marqué l'économie mondiale depuis au moins une décennie. La diversité est la conclusion inévitable à laquelle on arrive une fois que l'on a pris conscience du caractère cumulatif et interrelié du changement technologique. À mesure que les entreprises innovent, les connaissances se développent. Une bonne partie de l'apprentissage se fait localement. Ainsi, on a constaté que les liens au niveau local — par exemple entre les utilisateurs et les producteurs — étaient importants au succès d'une innovation.

L'apprentissage a une importance critique, mais une bonne partie des nouvelles connaissances acquises sont de nature implicite plutôt que structurée. Le principal défi que doivent relever la plupart des entreprises est de « saisir » ces connaissances implicites dans une suite d'innovations. À cet égard, nous avons noté l'influence critique du taux de progression de la technologie de l'information, de l'informatique et des télécommunications (IIT) sur l'innovation future. Le rythme d'innovation dans les domaines de l'IIT est maintenant considéré comme un facteur déterminant du rythme d'innovation dans de nombreux secteurs industriels et commerciaux.

La tendance générale vers l'information et le savoir attire l'attention sur le contexte historique, culturel et institutionnel de chaque pays. Cet univers complexe doit être intégré à la notion de système national d'innovation. S'il est vrai que c'est en partie à cause de leurs antécédents historiques que les systèmes nationaux d'innovation diffèrent dans leur efficacité et dans leurs profils d'apprentissage, les initiatives de politique doivent alors — du moins au début — être prises dans le contexte des contraintes institutionnelles locales pour tenter d'en améliorer la « connectivité ».

Les entreprises évoluent dans des systèmes financiers différents. Les données issues des analyses les plus récentes de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) montrent que les institutions financières ne possèdent pas un cadre suffisamment raffiné pour composer avec les divers genres de risques et d'incertitudes qui jalonnent le processus d'innovation à différentes étapes. La réflexion actuelle sur la réforme des institutions financières porte moins sur leur capacité de fournir des capitaux « patients » que sur la gestion du risque au sein de l'économie.

Le chômage demeure problématique dans les pays membres de l'OCDE. Qu'il soit chronique ou structurel, ou les deux à la fois, ce sujet alimente encore le débat. La raison semble être que la notion de plein emploi perd sa signification d'emploi à temps plein. La structure du travail est en mutation : les emplois sont remplacés par une gamme d'occupations qui peuvent être plus ou moins à temps plein. Le tableau se complique en raison de la croissance des services et d'une meilleure compréhension de leur importance économique et de ce que la productivité dans ce secteur peut vouloir dire. Les données présentées dans ce rapport pointent en direction d'une interprétation structurelle plutôt que d'une interprétation économique classique, présentée en termes de déséquilibres ou de facteurs de rigidité des marchés du travail.

Les données, l'information, la connaissance et l'apprentissage sont maintenant considérés comme une source essentielle d'avantage concurrentiel dans le processus d'innovation. Pour l'entreprise, cela veut dire la mise au point de stratégies qui lui permettent d'améliorer sa base de connaissances actuelle par le choix judicieux d'un ensemble d'ententes de collaboration. Par ailleurs, cela exige l'adoption de politiques nationales et de stratégies axées sur les entreprises pour les aider à faire la transition entre la collaboration et la concurrence.

Pour les gouvernements, le rôle clé de l'information soulève à nouveau des questions au sujet du rôle qui revient à la recherche financée par l'État et pose, de façon aiguë, le problème de l'avantage national à tirer de la recherche qui, de plus en plus, est menée à l'échelle internationale dans un cadre de collaboration. Cela a de profondes répercussions sur les institutions nationales dont le mandat est de produire des connaissances. Dans certains pays, la politique d'innovation a évolué pour s'intéresser davantage à la diffusion — moins des produits et des procédés mis au point que des connaissances sur lesquelles ils se fondent. Citons, à titre d'exemple, les tentatives visant à catégoriser les systèmes nationaux d'innovation selon leur pouvoir de diffusion. Le but visé par les politiques est d'accroître ce pouvoir de diffusion en mettant les connaissances que nous possédons déjà à la disposition de ceux et celles qui en ont besoin, au moment opportun.

Le document débute par un bref exposé sur le paradoxe de Solow, qui se présente ainsi : malgré que l'on ait investi massivement dans la technologie ces vingt dernières années, la croissance de la productivité n'a pas augmenté. Dans l'étude, nous faisons valoir que ce paradoxe pourrait être plus apparent que réel et qu'il est attribuable à une perception incomplète des différences qui existent, sur le plan des retombées de l'investissement, entre l'innovation cumulative (ou progressive) et l'innovation radicale. De nombreuses économies avancées traversent une période de changements structurels fondamentaux et, pour cette raison, elles ne sont pas en mesure de tirer pleinement parti des avantages qui découlent de l'investissement en recherche-développement.

Il semble clair que les technologies interdépendantes qui animent ce développement sont les nouvelles technologies de l'information, de l'informatique et des télécommunications. Pour l'État, cela suppose davantage que d'investir massivement dans le développement du matériel. De nombreuses économies avancées ont amorcé un virage pour s'éloigner des politiques privilégiant la production des connaissances et embrasser des politiques axées sur la diffusion du savoir. Cela a de sérieuses conséquences pour les institutions productrices de connaissances qui, dans chaque pays, constituent le système national d'innovation, ainsi que pour les politiques destinées à les guider.

La notion de mondialisation fait aussi l'objet d'un réexamen. Le secteur des finances est actuellement le plus « mondialisé » au sens où les technologies de l'informatique et des communications permettent aujourd'hui de faire des transactions à partir de tout endroit de la planète. La mondialisation est aussi évidente sur les marchés de certaines denrées de base. Dans le secteur manufacturier, les données indiquent encore que, de façon générale, les travaux de recherche-développement les plus délicats se déroulent localement, mais on semble confier davantage de mandats à l'échelle internationale. Nous avons fait valoir que la diffusion de la diversité des méthodes de production pourrait décrire avec plus de précision le caractère distinctif de la mondialisation.

De nouveaux indicateurs en matière de sciences et de technologie sont en voie d'élaboration à plusieurs endroits, notamment à l'OCDE et à l'Union européenne (UE). À ce niveau, l'attention se concentre davantage sur les comparaisons entre pays et entre secteurs, et l'on s'oriente de façon générale vers l'élaboration de nouveaux et meilleurs indicateurs de la production. Signalons aussi que l'on a commencé à recueillir des données sur les pays d'Europe de l'Est et de l'ancienne Union soviétique.

En ce qui a trait plus précisément aux indicateurs scientifiques, nous avons relevé la mise au point de techniques qui permettent de définir des profils sectoriels propres à un pays et qui font ressortir les maillages entre les institutions productrices de connaissances au sein des systèmes nationaux.

Date de modification :