Archivé — Documents de travail

Informations archivées

Information identifiée comme étant archivée dans le Web à des fins de consultation, de recherche ou de tenue de documents. Elle n'a pas été modifiée ni mise à jour depuis la date de son archivage. Les pages Web qui sont archivées dans le Web ne sont pas assujetties aux normes applicables au Web du gouvernement du Canada. Conformément à la Politique de communication du gouvernement du Canada, vous pouvez la demander sous d'autres formes. Ses coordonnées figurent à la page « Contactez-nous »

No 19 : Retombées de la R-D entre industries et en provenance des États-Unis, production industrielle et croissance de la productivité au Canada

par Jeffrey I. Bernstein, Université Carleton et National Bureau of Economic Research, février 1998


Résumé

Les investissements en R-D permettent de créer des produits qui peuvent être fabriqués de façon plus efficiente. Les activités de R-D exercent donc une influence sur le niveau de vie. La dimension stratégique des activités de R-D s'explique donc en bonne partie par le fait que l'accumulation de capital de R-D comporte un aspect de bien public. Les entreprises qui font de la R-D ne peuvent pas retenir en totalité les avantages qui découlent de ces activités. Il s'ensuit que les autres producteurs profitent des retombées des investissements en R-D. Ces retombées découlent de la transmission du savoir entre les industries et les pays. Dans les faits, le stock de connaissances d'un pays est fonction de ses propres investissements en R-D et de ceux réalisés dans d'autres pays. Les retombées internationales des investissements en R-D signifient donc que les niveaux de vie des pays sont interdépendants.

Notre étude vise à examiner la portée des retombées intersectorielles et intrasectorielles de la R-D entre les industries canadiennes et américaines et à déterminer les effets de ces retombées sur les coûts de production, l'intensité en facteurs (la quantité de facteurs par unité de production) et la croissance de la productivité. Plus précisément, nous voulons examiner de quelle façon les retombées intersectorielles et intrasectorielles en provenance des États-Unis influent sur les structures de production des industries manufacturières canadiennes. Ainsi, nous tentons de voir comment les retombées en provenance des États-Unis font varier les coefficients de main-d'oeuvre. Nous considérons aussi les effets de ces retombées sur l'efficience de la production, laquelle détermine les coûts de production et la croissance de la productivité. L'amélioration de la productivité met en relief l'impact des retombées de la R-D sur l'efficience au fil du temps, tandis que les coûts de production révèlent l'incidence des retombées à un moment précis dans le temps.

La présente étude constitue le prolongement des travaux menés par l'auteur en 1994 (dont les principales parties furent publiées en 1996 et 1997) sur les retombées intersectorielles d'origine nationale et les retombées intrasectorielles en provenance des États-Unis. Dans la présente étude, nous examinons les effets des retombées sur les coûts variables moyens, les coefficients d'entrées-sorties (c'est-à-dire les intensités factorielles en main-d'oeuvre, en biens intermédiaires, en capital physique et en capital de R-D) et les taux de croissance de la productivité dans 11 industries canadiennes entre 1966 et 1991: produits chimiques, produits électriques, aliments et boissons, métaux ouvrés, outillage non électrique, minéraux non métalliques, papier et produits connexes, produits pétroliers, métaux primaires, produits en caoutchouc et en plastique, et matériel de transport.

Voici nos conclusions :

  • Nous avons analysé la nature des retombées intersectorielles et intrasectorielles en provenance des États-Unis afin de préciser leurs effets sur les procédés de production des industries manufacturières canadiennes. Dans huit industries, nous n'avons observé aucune retombée internationale ou intersectorielle importante. Dans ces industries, les retombées internationales sont d'origine intrasectorielle. Dans trois industries (aliments et boissons, métaux ouvrés et produits en caoutchouc et en plastique), les retombées internationales sont d'origine intrasectorielle et intersectorielle. Cette conclusion n'a rien d'étonnant. Les liens internationaux ont tendanceà être plus étroits au sein d'une industrie qu'entre les industries. De plus, comme les retombées intersectorielles d'origine nationale sont influencées par les retombées en provenance de l'industrie correspondante aux États-Unis, les retombées intersectorielles américaines sont indirectement relayées par l'intermédiaire des retombées canadiennes. (Soulignons que les données utilisées dans l'analyse s'appliquent à des secteurs industriels définis selon la Classification type des industries à deux chiffres. Les données ont trait aux industries canadiennes et non aux entreprises individuelles. On suppose forcément que les retombées intrasectorielles d'origine nationale, si elles existent, sont internalisées dans les données industrielles). Dans deux des trois autres industries (aliments et boissons et produits en caoutchouc et en plastique), les retombées intersectorielles ont une envergure continentale. En d'autres termes, la source des retombées intersectorielles dans ces deux industries est définie à partir de la combinaison des stocks de capital de R-D au Canada et aux États-Unis. Dans l'industrie des aliments et boissons et dans celle des produits en caoutchouc et en plastique, les retombées intersectorielles américaines ont un effet sur l'intensité des facteurs, le coût de production et la croissance de la productivité, lequel se distingue des effets des retombées intrasectorielles américaines. Dans la dernière industrie, celle des métaux ouvrés, les retombées internationales ont une origine tant intersectorielle qu'intrasectorielle et sont attribuables à une combinaison des stocks de capital de R-D à l'échelle intersectorielle et intrasectorielle aux États-Unis.
  • Les retombées de la R-D d'origine nationale abaissent les coûts variables moyens dans sept industries : produits électriques, aliments et boissons, métaux ouvrés, minéraux non métalliques, produits pétroliers, produits en caoutchouc et en plastique et matériel de transport. Le gain varie entre 0,02 pour cent pour les métaux ouvrés et 0,33 pour cent pour les produits en caoutchouc et en plastique. Les baisses de coût les plus importantes attribuables aux retombées intersectorielles se produisent dans l'industrie des produits en caoutchouc et en plastique. Rappelons que, dans cette industrie, les retombées sont d'envergure continentale, c'est-à-dire qu'elles proviennent à la fois du Canada et des États-Unis. Dans tous les cas, ces baisses de coût sont fortement inélastiques.
  • Il y a un lien de complémentarité entre l'intensité en capital de R-D et le stock national de capital de R-D dans huit industries. En d'autres termes, les retombées nationales ont pour effet d'orienter l'intensité en R-D dans la même direction que celle des retombées locales. Ces huit industries sont : aliments et boissons, métaux ouvrés, outillage non électrique, minéraux non métalliques, papier et produits connexes, produits pétroliers, métaux primaires et produits en caoutchouc et en plastique. Une hausse de 1 pour cent des retombées nationales augmente l'intensité en R-D de 0,01 pour cent pour les aliments et boissons et jusqu'à 0,99 pour cent pour les produits en caoutchouc et plastique. En ce qui concerne les coefficient d'intensité en capital physique, en main-d'oeuvre et en biens intermédiaires, les retombées nationales les font généralement diminuer. Dans l'ensemble, ces résultats indiquent que l'intensité du savoir va en augmentant dans la majorité des industries manufacturières canadiennes. Deux raisons expliquent ce phénomène. Premièrement, le savoir se diffuse entre les industries canadiennes par le jeu des retombées intersectorielles. Deuxièmement, ces retombées incitent les industries à augmenter leur intensité en R-D.
  • L'influence exercée par les retombées intrasectorielles en provenance des États-Unis sur les industries canadiennes est plus marquée que celle découlant des retombées intersectorielles d'origine nationale. Dans l'industrie des aliments et boissons et celle des produits en caoutchouc et en plastique, les retombées intersectorielles sont d'envergure continentale; par conséquent, l'effet combiné des retombées intersectorielles et intrasectorielles en provenance des États-Unis entraîne des baisses de coûts supérieures à celles découlant des retombées intersectorielles provenant du marché canadien. Dans l'industrie des métaux ouvrés, les retombées internationales sont d'origine tant intersectorielle qu'intrasectorielle; elles entraînent des diminutions de coûts supérieures à celles qui découlent des retombées intersectorielles provenant du marché local. Les retombées internationales en provenance des États-Unis abaissent les coûts variables dans toutes les industries. Une hausse de 1 pour cent des retombées en provenance des États-Unis a pour effet de réduire le coût variable moyen d'un plancher d'environ 0,02 pour cent dans l'industrie des aliments et boissons à un sommet de près de 0,78 pour cent dans celle des produits pétroliers. Par conséquent, les gains d'efficience attribuables aux retombées en provenance des États-Unis dépassent en tout temps ceux qui découlent des retombées provenant du marché canadien.
  • Il y a généralement un lien complémentaire entre l'intensité en R-D au Canada et les retombées intrasectorielles en provenance des États-Unis. Dans deux industries (aliments et boissons et produits pétroliers), les retombées intrasectorielles en provenance de l'étranger et l'intensité en R-D sur le marché intérieur sont des substituts réciproques. Dans les neuf industries où ces deux facteurs jouent un rôle complémentaire, l'augmentation de l'intensité en R-D varie de 0,17 pour cent pour les produits chimiques à près de 1,0 pour cent pour le matériel de transport, ce qui représente une hausse de 1 pour cent des retombées étrangères. De plus, les retombées en provenance des États-Unis contribuent à hausser l'intensité en capital physique et à réduire l'intensité des facteurs autres que le capital dans les industries manufacturières canadiennes. Par conséquent, les retombées en provenance des États-Unis accroissent l'intensité en capital physique et en savoir, et abaissent l'intensité en main-d'oeuvre et en biens intermédiaires dans les industries manufacturières canadiennes.
  • Les retombées intrasectorielles de la R-D en provenance des États-Unis sont le principal facteur explicatif des gains de productivité dans sept des industries manufacturières examinées. En pourcentage, l'apport varie de près de 58 pour cent dans l'industrie du matériel de transport à 100 pour cent dans le cas des produits pétroliers. Les retombées sont aussi la principale source de croissance de la productivité totale des facteurs (PTF) dans l'industrie des métaux ouvrés et celle des produits en caoutchouc et en plastique. Dans le premier cas, les retombées représentent l'effet combiné des retombées intersectorielles au Canada et aux États-Unis. Dans le deuxième cas, les retombées sont attribuables à l'effet combiné des retombées intersectorielles et intrasectorielles en provenance des États-Unis. Dans deux industries (produits chimiques et aliments et boissons), l'augmentation de la production par le biais des effets d'échelle représente l'élément dominant de l'évolution de la PTF. Toutefois, même dans ces industries, les retombées en provenance des États-Unis contribuent à l'augmentation de la productivité. Au fil du temps, l'efficience de la production est donc relativement plus influencée par les retombées en provenance des États-Unis que par celles provenant des autres industries canadiennes.
Date de modification :