Archivé — Documents de travail

Informations archivées

Information identifiée comme étant archivée dans le Web à des fins de consultation, de recherche ou de tenue de documents. Elle n'a pas été modifiée ni mise à jour depuis la date de son archivage. Les pages Web qui sont archivées dans le Web ne sont pas assujetties aux normes applicables au Web du gouvernement du Canada. Conformément à la Politique de communication du gouvernement du Canada, vous pouvez la demander sous d'autres formes. Ses coordonnées figurent à la page « Contactez-nous »

No 20 : Technologie de l'information et croissance de la productivité du travail : analyse empirique de la situation au Canada et aux États-Unis

par Surendra Gera, Wulong Gu et Frank C. Lee, Direction de l'analyse de la politique micro-économique, Industrie Canada, mars 1998


Résumé

Pendant les deux dernières décennies, l'utilisation des technologies de l'information (TI) est devenue plus intensive dans la plupart des pays industrialisés, de sorte que les dépenses liées à l'achat de produits connexes aux TI se sont accrues de façon spectaculaire. Tous les secteurs de l'économie ont connu des changements importants dans la façon dont les biens et les services sont produits et expédiés par suite de la diffusion et de l'utilisation accrues des technologies de l'information. En particulier, de nombreux services, tels que les finances, l'assurance et l'immobilier, le commerce de gros et de détail, les communications et les services commerciaux, se sont révélés d'importants utilisateurs de ces technologies. Deux forces interdépendantes ont contribué à ces tendances. Premièrement, les coûts de traitement de l'information et des communications ont chuté de façon spectaculaire — ces services coûtent maintenant 1/10000 de ce qu'ils coûtaient il y a à peine 20 ans — et cette tendance a contribué à accélérer et à accentuer le processus de mondialisation. Deuxièmement, la mondialisation a eu pour effet de favoriser le progrès technique en intensifiant la concurrence et en accélérant la diffusion de la technologie par l'intermédiaire du commerce international et de l'investissement étranger direct (IED).

Mais parallèlement, la croissance globale de la productivité dans les économies de l'OCDE a ralenti considérablement depuis le début des années 70. La baisse a été particulièrement prononcée dans le secteur des services, qui absorbe presque 80 pour cent des produits des TI. Plusieurs observateurs se sont interrogés sur les répercussions des investissements en TI pour la croissance de la productivité.

Sur le plan théorique, la nouvelle théorie de la croissance prévoit que les investissements matériels devraient avoir une incidence sur la croissance de la productivité supérieure à celle qu'indique la comptabilité traditionnelle de la croissance, en raison des externalités positives liées à ces activités. Selon les travaux de Romer (1986) et de Grossman et Helpman (1991), les « retombées du savoir » sont à l'origine de ces externalités — l'augmentation des investissements matériels des entreprises qui cherchent à maximiser leurs bénéfices contribue à accroître le stock de connaissances dans lequel d'autres entreprises peuvent puiser par la suite. D'après l'étude de De Long et Summers (1991), les externalités liées aux investissements découlent d'un « effet d'apprentissage par la pratique » — les travailleurs et les gestionnaires acquièrent de nouvelles compétences et se familiarisent avec des techniques de production plus efficientes en utilisant l'outillage nouvellement installé. Ces modèles permettent de croire que le secteur des TI, qui s'est révélé l'un des secteurs les plus dynamiques de l'économie sur le plan technologique au cours des 20 dernières années, a probablement un plus grand impact sur la croissance de la productivité que tout autre secteur.

Jusqu'à tout récemment, toutefois, peu de preuves empiriques avaient pu être accumulées pour démontrer que le capital en TI contribuait à accélérer la croissance de la productivité et de la production et, pour cette raison, le « paradoxe de la productivité& » a fait l'objet d'un débat animé (voir, notamment, Brynjolfsson, 1992, Meijl, 1995, et la section suivante de notre étude pour une analyse de cette question). À cet égard, deux études récentes réalisées à partir de données américaines méritent d'être mentionnées. Berndt et Morrison (1995) ont analysé l'incidence de dépenses d'investissement en bureautique et en technologies de l'information dans diverses industries manufacturières, entre 1968 et 1986, réparties selon la classification industrielle à deux chiffres. Les auteurs ont constaté qu'il y avait une corrélation négative entre les investissements dans les technologies de pointe et la croissance de la productivité multifactorielle et que ces investissements avaient tendance à utiliser un fort coefficient de main-d'oeuvre. Toutefois, ils ont aussi décelé que les industries ayant une proportion élevée de capital de haute technologie avaient une performance économique supérieure. Par contre, Brynjolfsson et Hitt (1995) ont soutenu que les TI étaient devenues un investissement productif pour de nombreuses entreprises. À partir de données englobant un grand nombre d'entreprises sur la période 1988-1992, ils ont conclu que, même si des « effets à l'échelle des entreprises » pouvaient expliquer jusqu'à la moitié des gains de productivité attribuables aux TI dans des études antérieures, l'élasticité des TI demeurait positive et statistiquement significative.

Mais aucune de ces études n'a tenu compte des retombées de la R-D nationale et internationale provenant du secteur des TI dans l'analyse du lien entre les investissements en TI et l'augmentation de la productivité du travail. L'omission de cette variable dans le cas d'une petite économie ouverte comme celle du Canada, qui est largement tributaire du commerce international et de l'IED, pourrait fausser les résultats. En fait, Bernstein (1996a, b) a pu confirmer l'importance des retombées internationales pour le Canada. Il a conclu dans son étude que les industries canadiennes profitaient des retombées de la R-D effectuée aux États-Unis. Des études récentes ont aussi permis de déceler la présence de retombées de la R-D nationale et internationale en provenance du secteur des TI (voir, notamment, Bernstein, 1996b, Meijl, 1995, et Sakurai et coll., 1996).

Dans la foulée de ces études, nous avons mis au point un cadre empirique qui nous a permis de faire une estimation du rapport entre les investissements en TI et la croissance de la productivité du travail au Canada et aux États-Unis. Le cadre utilisé tient compte aussi des retombées de la R-D attribuables aux TI et aux autres investissements d'origine locale et étrangère.

Notre étude vise un double objectif :

  • examiner le rapport entre les investissements en TI et la croissance de la productivité du travail; et
  • analyser l'importance pour l'augmentation de la productivité du travail des retombées de la R-D nationale et internationale intégrée aux produits des TI.

Nous étudions ces questions à l'aide d'un ensemble de bases de données de l'OCDE pour le Canada et les États-Unis. Nous avons trouvé un solide fondement empirique à la proposition selon laquelle les investissements en TI et les retombées de la R-D internationale, notamment celle intégrée aux importations de TI, contribuaient à accélérer la croissance de la productivité du travail dans les industries canadiennes. Toutefois, les résultats sont généralement moins robustes dans le cas des États-Unis.

Nous enchaînons dans la section suivante avec un bref survol de la documentation existante. Dans la troisième section, nous présentons une description du modèle empirique utilisé pour calculer nos estimations. La quatrième section donne un aperçu général des données et des tendances générales observées. Dans la cinquième section, nous présentons les résultats des régressions pour le Canada et les États-Unis. Enfin, nous tirons des conclusions dans la dernière section en examinant certaines questions stratégiques soulevées par l'analyse.

Date de modification :