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No 27 : La localisation des activités à plus grande valeur ajoutée

par Steven Globerman, Université Western Washington, avril 2001


Sommaire

Cette étude vise d'abord à reconnaître et à évaluer les conséquences de la formation des grappes industrielles dans l'optique de la localisation future des activités à coefficient élevé de technologie ou de savoir en Amérique du Nord. Elle vise aussi à définir et à examiner diverses initiatives qui pourraient être prises au Canada en vue d'atténuer ou de contrer les avantages que détiennent certaines régions des États-Unis du fait qu'elles abritent déjà des grappes d'entreprises innovatrices ainsi que des personnes qualifiées et animées d'un esprit d'entreprise.

Dans les petits pays développés comme le Canada, la crainte des responsables des politiques que la libéralisation des échanges suscite une migration de ressources productives vers les économies de plus grande taille a été apaisée en partie par les données montrant que la libéralisation du commerce accroît les échanges intra-industries et l'intégration internationale au lieu d'abaisser le niveau général d'activité économique. Cependant, à mesure que les entreprises rationalisent leur production entre différents emplacements pour profiter des chaînes de valeur verticale et horizontale, les autorités s'inquiètent de la nature de l'activité économique engendrée par la spécialisation et les « économies d'agglomération ». Étant donné que les activités à coefficient élevé de savoir font plus appel au capital humain qu'au capital matériel et à l'infrastructure sociale « lesquels peuvent être implantés un peu partout », le défi pour le Canada, devant les avantages inhérents à la grande taille de l'économie américaine, est de créer des conditions favorables à la formation de grappes industrielles. L'efficacité accrue avec laquelle on peut mener des affaires outre-frontière pourrait faciliter la migration d'activités à coefficient élevé de technologie du Canada vers les États-Unis, notamment si les économies d'agglomération associées à ces activités favorisent la localisation dans ce pays.

L'intégration économique accrue peut influer sur la composition des activités à valeur ajoutée au Canada en changeant la taille des industries canadiennes et la vitalité des entreprises ayant différents profils d'activités à valeur ajoutée au sein de ces industries, ou encore en modifiant la composition optimale des activités à valeur ajoutée dans les entreprises en réponse aux avantages comparés sur le marché international, aux pressions de la concurrence et à l'évolution du contexte économique. Autrement dit, les entreprises pourront réagir à une plus grande intégration économique en changeant d'emplacement, quelle que soit leur spécialisation industrielle, leur taille, etc. Quant à savoir si cela renforcera l'avantage des États-Unis pour les produits à coefficient élevé de capital humain et l'avantage du Canada dans les industries à coefficient élevé de ressources, cela dépendra de la mesure dans laquelle les profils d'échanges inter-industries subiront les effets de l'intégration économique accrue et de la présence d'économies ou de déséconomies d'échelle dans les grappes industrielles existantes.

L'emplacement des grappes n'est pas immuable; elles s'étendent et se contractent géographiquement et peuvent se former ailleurs que là où se trouvent les grappes existantes. Même si les économistes ne s'entendent pas sur l'importance relative des accidents historiques ou des conditions préalables à la localisation d'une grappe dans une région, plusieurs raisons ont été mises de l'avant pour expliquer les avantages de l'agglomération, qui se manifestent sous la forme d'économies d'échelle externes. Premièrement, un grand centre industriel offre à la main-d'oeuvre spécialisée un marché du travail concentré, créant ainsi une liquidité sur ce marché qui est profitable à la fois aux travailleurs et aux entreprises. Deuxièmement, un grand centre industriel offre, à moindre coût, une plus grande variété d'intrants spécialisés non commercialisables. Troisièmement, les grappes favorisent les transferts technologiques et les retombées parce que la proximité géographique facilite la communication. Cependant, une grappe d'activité économique trop dense engendre de la congestion et des rendements décroissants.

De même, d'autres recherches sont requises afin de déterminer si les caractéristiques institutionnelles d'une région influent sur la formation d'économies d'agglomération et de préciser le rôle que peut jouer la politique gouvernementale pour promouvoir la formation de grappes. Les données ne permettent pas de dire clairement si les grappes bénéficient davantage de la présence d'un grand nombre de petites entreprises, plus susceptibles de faire de la sous-traitance, ou du modèle de rayonnement en étoile associé à un petit nombre de grandes entreprises. Mais il est clair que la désintégration verticale de l'activité économique contribue à l'accumulation d'une masse critique d'entreprises spécialisées et de services techniques propices à la formation et à la conservation des grappes industrielles. Par contre, il n'est pas évident que la participation étrangère à l'économie locale y entrave le développement de liens verticaux et horizontaux par suite d'une centralisation de l'activité innovatrice dans le pays d'origine ou d'une dispersion accrue des activités à valeur ajoutée parmi les filiales étrangères en vue d'exploiter des différences au niveau des avantages de localisation et des compétences techniques. Il se pourrait que les forces agissant sur les grappes dépendent de la nature de l'activité économique et de l'industrie visée. Des impôts peu élevés et de généreuses subventions sont manifestement préférables pour les entreprises et les travailleurs hautement qualifiés au moment du choix d'un emplacement. Les stimulants fiscaux ciblés sur des entreprises individuelles sont inefficients; une stratégie plus prometteuse est d'offrir des allégements fiscaux et des subventions afin de rendre une région plus attrayante à tout un éventail d'entreprises à forte intensité technologique. Bien entendu, des infrastructures de télécommunications et de transports, des services publics et d'autres infrastructures sociales satisfaisantes sont nécessaires, sans toutefois être suffisantes, pour soutenir une grappe industrielle.

Le dynamisme de la concurrence locale, y compris l'ouverture à la propriété étrangère, et la présence de clients avertis dans une région peuvent améliorer la nature et accentuer l'importance des économies d'échelle externes. La politique gouvernementale peut favoriser un contexte sectoriel concurrentiel et faciliter la migration de la main-d'oeuvre et des compétences. Affranchir les secteurs à coefficient élevé de connaissances des contraintes réglementaires devrait être le premier objectif d'une stratégie coordonnée des gouvernements canadiens visant à rendre certaines régions attrayantes pour l'implantation de grappes d'activités axées sur le savoir. La politique de l'État devrait aussi promouvoir la mobilité internationale de la main-d'oeuvre, notamment des professionnels et des techniciens qualifiés, au profit des grands centres urbains du Canada, en vue d'attirer des grappes industrielles.

Ce qui est plus important, les données révèlent un lien positif entre la recherche universitaire, les centres d'excellence et la performance d'une région sur le plan de l'innovation. Cette relation est plus forte dans les grands centres métropolitains où l'on retrouve une concentration de production de haute technologie et tout un réseau de liens entre les milieux de la recherche, des finances et des affaires. Ainsi, la politique gouvernementale sera la plus efficace lorsqu'elle visera la recherche « ré-concurrentielle », parce que les entreprises peuvent facilement faire appel à des spécialistes de l'extérieur pour des tâches spécifiques et codifiables.

Enfin, on a émis l'hypothèse que le commerce électronique abaissera certains des coûts reliés à la distance, réduisant ainsi l'importance des grappes, mais on est loin d'être sûr qu'il en sera ainsi.

En conclusion, l'étude fait valoir que les gouvernements devraient mettre moins l'accent sur la politique industrielle, par laquelle ils ciblent des industries « désirables » ou des « chefs de file » nationaux, et encourager plutôt les grappes en favorisant la mise en place, dans les régions, de conditions propices à la réalisation d'économies externes. Il se peut que l'État doive intervenir pour rationaliser les demandes de soutien public provenant de régions concurrentes. Il pourrait être inefficace pour une petite économie ouverte de soutenir la formation de plus d'une grappe dans une région industrielle donnée. La collaboration signifierait que l'on permette et favorise un profil de spécialisation régionale maximisant le bien-être au niveau national plutôt qu'au niveau de provinces individuelles. Le gouvernement fédéral pourrait considérer, à juste titre, que son rôle est d'aider les provinces à améliorer le contexte de certaines grappes régionales dans des domaines de politiques où l'État fédéral joue un rôle prépondérant. Il se pourrait en effet que la promotion efficace de grappes à coefficient élevé de savoir au Canada nécessite un réaménagement en profondeur des responsabilités des gouvernements et des modalités de financement.

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