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Gestion et productivité au Canada – Ce que les données révèlent

Par Nicholas Bloom.

Les taux de croissance de la productivité au Canada sont faibles par rapport aux normes internationales, et le niveau de la productivité canadienne se situe maintenant dans la moyenne par rapport aux normes de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE). L'écart de productivité entre le Canada et les États-Unis (É.-U.), qui est de 20 %, retient particulièrement l'attention. Depuis longtemps, on se demande si des pratiques de gestion déficientes ne seraient pas une des causes de la faiblesse de la production canadienne. L'étude répond à cette question, en s'appuyant sur les données faisant état des pratiques de gestion canadienne employées dans les secteurs de la fabrication et de la vente au détail. Les résultats de l'analyse indiquent que les pratiques de gestion au Canada sont généralement adéquates, semblables à celles adoptées par les entreprises en Allemagne, au Japon et en Suède, et supérieures à celles utilisées dans la plupart des autres pays d'Europe et dans les pays en développement. Par contre, les pratiques de gestion canadiennes n'égalent toujours pas les méthodes américaines. On analyse ensuite les raisons qui expliquent les différences dans les pratiques de gestion d'une entreprise à l'autre et d'un pays à l'autre, et en particulier les raisons qui sous-tendent l'écart de productivité entre le Canada et les É.-U. L'étude fait également ressortir l'importance de la concurrence sur le marché des produits aux fins de l'amélioration des pratiques de gestion, puisque la concurrence restreint le nombre d'entreprises mal gérées présentes sur le marché. Une des raisons qui expliquent la prédominance des É.-U. au chapitre des saines pratiques de gestion est que les entreprises les mieux gérées semblent recueillir les fruits de leurs efforts plus rapidement en ce sens qu'elles acquièrent une part de marché plus importante, tandis que les entreprises les moins bien gérées sont forcées de diminuer leurs activités et de quitter le marché. Les marchés du travail peu réglementés jouent également un rôle important puisqu'ils permettent aux gestionnaires d'adopter les pratiques qui conviennent le mieux à leur entreprise plutôt que d'avoir à composer avec les méthodes de gestion imposées par le gouvernement. Le type de propriété est également un facteur important : les entreprises cotées en bourse et les entreprises financées par capitaux privés semblent en moyenne bien gérées, surtout si on les compare aux entreprises publiques et aux entreprises familiales, dont la gestion est en moyenne peu rigoureuse. Enfin, le niveau de scolarité des travailleurs et des gestionnaires semble fortement corrélé avec la qualité de la gestion : dans les entreprises où la proportion de titulaires d'un diplôme universitaire parmi les travailleurs et les gestionnaires est forte, les pratiques de gestion sont de beaucoup supérieures. En ce qui concerne les politiques, le Canada semble faire bonne figure : il encourage la concurrence sur le marché des produits, réglemente peu les marchés du travail et réduit au maximum les distorsions fiscales en faveur des entreprises familiales. Le Canada tire de l'arrière sur un seul plan, à savoir la proportion de gestionnaires et de travailleurs qui possèdent un diplôme d'études universitaires, qui est très faible comparativement aux autres pays, en particulier par rapport aux É.-U.