Le rôle de l'éco-efficacité : problèmes et possibilités au 21e siècle
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Au 21e siècle, le climat des affaires sera caractérisé par une mondialisation croissante, des révolutions dans les technologies de l’information, les innovations rapides en matière de produits et de procédés et la demande chaotique du marché1. La population, qui devrait augmenter de 4 milliards d’individus d’ici 2040, modifiera profondément la structure des marchés.
Ces transformations se dérouleront sur une planète qui, de l’avis de nombreux décideurs, atteint déjà les limites écologiques dans les secteurs critiques suivants : diminution de la couche d’ozone, perte de biodiversité, qualité et gestion de l’eau, changement climatique. L’industrie, les gouvernements et les individus devront relever le défi de rendre le développement économique et le bien-être social compatibles avec les systèmes de soutien écologique. Pour atteindre ces objectifs, il va falloir améliorer de manière spectaculaire la productivité des ressources.
Ces changements mènent à une refonte des stratégies d’affaires, indispensable si l’on veut déterminer comment les sociétés pourront offrir à leurs clients des produits et des services de plus grande valeur et comment elles pourront augmenter la productivité des ressources. Ce changement impliquera la mise au point de matériaux, de produits et de procédés et services industriels plus éco-efficaces. On peut donner de l’éco-efficacité la définition générale suivante : production, livraison et utilisation de biens et services concurrentiels, en harmonie avec les objectifs environnementaux et sociaux2. L’éco-efficacité implique un lien étroit entre la performance environnementale et l’avoir des actionnaires, un élargissement de la gestion environnementale de manière qu’elle englobe les produits (au lieu de l’axer uniquement sur les installations et les substances), et la prise en considération du cycle de vie complet ou du système de production complet (matières premières, fabrication, utilisation et fin de vie) dans l’analyse des possibilités d’amélioration.
Le gouvernement du Canada reconnaît que, pour l’industrie, la notion d’éco-efficacité doit constituer un élément essentiel de sa contribution au développement durable. Le Comité permanent de l’industrie a récemment insisté sur le fait que « l’éco-efficacité fait partie des pratiques d’affaires et des outils de gestion importants, grâce auxquels les innovations dans les domaines de la technologie, de la production, des procédés, de la conception des produits et de l’organisation des pratiques de gestion peuvent mener à une diminution des coûts unitaires, à une amélioration de la qualité des produits, à une réduction du passif environnemental, à une moindre utilisation des matières et à une diminution de l’effet néfaste de l’industrie sur l’environnement »2.
Objectifs et résultats de l’étude
Dans cette étude, on a tenté d’éclairer les décideurs sur les problèmes et les défis auxquels font face les organisations qui évoluent vers une exploitation et vers des produits et services plus éco-efficaces. On a visé les objectifs particuliers suivants :
- Définir l’éco-efficacité dans le contexte du développement durable et des autres concepts et outils de gestion environnementale tels que l’évaluation du cycle de vie, la conception axée l’environnement et l’écologie industrielle.
- Préciser les principaux facteurs économiques et écologiques de l’éco-efficacité.
- Donner des exemples industriels de bonnes pratiques en conception et en mise en application de l’éco-efficacité. Des exemples seront choisis pour montrer clairement les avantages de l’écoefficacité sur les plans de l’environnement et des affaires.
- Examiner le rôle joué par les principaux gouvernements nationaux dans la promotion de l’écoefficacité auprès des représentants de leurs secteurs industriels.
Les sociétés suivantes ont participé à l’étude :
Études de cas
- BASF
- Compaq Computer Corp
- DaimlerChrysler (Stuttgart)
- Shell Canada
- Canfor
- Noranda
- Airbus
Capsules
- Kuntz Electroplating Inc
- Saturn
- 3M
- Siemens Canada Limited
- Weyerhaeuser
- BPAmoco
- Beaver Meadow Farms
- Alcan
Pour savoir comment ces entreprises perçoivent et mettent en oeuvre les principes de l’éco-efficacité, on a rencontré certains de leurs cadres supérieurs et consulté la littérature sur le sujet. BPAmoco constitue la seule exception à cette pratique; en effet, on a rédigé sa capsule en consultant uniquement la littérature portant sur ses activités liées au changement climatique. Le texte complet de ces études de cas fait partie du rapport séparé intitulé Le rôle de l’écoefficacité : problèmes et possibilités au 21e siècle à l’échelle mondiale, Partie 2 : études de cas industriels.
Les résultats de l’étude montrent que les sociétés qui prévoient appliquer ou qui mettent en oeuvre l’éco-efficacité le font pour se démarquer des autres et prendre de l’avance par rapport aux tendances du marché et de la réglementation, pour réduire leurs coûts, pour bénéficier d’un avantage concurrentiel et pour assurer leur profitabilité à long terme et leur durabilité. De plus, le marché des capitaux est de plus en plus intéressé par l’évaluation de la performance environnementale et du développement durable des entreprises.
Le tableau ES-1 récapitule les principaux facteurs qui incitent les dirigeants d’entreprises à adopter des pratiques plus éco-efficaces.
Il faut souligner que, si en général l’éco-efficacité n’englobe pas la gamme complète des considérations sociales, économiques et environnementales qui concernent le développement durable, elle constitue néanmoins une étape importante et nécessaire vers des modèles durables de production et de consommation. Les études de cas indiquent que la pratique de l’éco-efficacité va des pratiques industrielles simples et, jusqu'à un certain point, standard liées à l’utilisation plus efficace des ressources et de l’énergie, aux initiatives portant sur la conception de produits entièrement nouveaux et sur le remaniement des procédés, dans lesquelles les considérations écologiques et environnementales stimulent le changement. Au point de vue de la gestion environnementale, les entreprises étudiées appartiennent à une des trois catégories suivantes :
Les entreprises orientées vers le marché : elles ne remplissent pas seulement les exigences réglementaires, mais réagissent également aux attentes environnementales de leur clientèle en offrant des produits/services et un rendement d’exploitation de premier ordre.
Les entreprises cherchant à bénéficier d’un avantage concurrentiel : non seulement elles se conforment à la réglementation, mais elles comprennent les possibilités du marché environnemental et utilisent cette connaissance à bon escient pour prendre des créneaux qu’elles occupent seules ou dans lesquels elles ont une position de leader.
Les entreprises axées sur la durabilité : elles misent sur l’intégration proactive de la croissance économique, de la protection de l’environnement, de la santé, de la sécurité et du bien-être social dans leur exploitation, en vue d’en tirer profit sur le plan de la concurrence et de leur viabilité à long terme.
1. Presidents Council on Sustainable Development. Rapport du groupe de travail sur l’écoefficacité, 1996.
2. Productivity and Innovation: A competitive and Prosperous Canada. Rapport du Comité permanent de l’industrie, avril 2000.