L'incidence du téléchargement de musique et du partage de fichiers poste à poste : Résumé des conclusions
Le principal objectif de cette étude est d'évaluer les effets du partage de fichiers poste à poste sur les ventes de CD et de musique sous format électronique, en s'appuyant sur des données de sondage représentatives de la population canadienne.
Dans l'ensemble, nous ne pouvons mettre au jour de relation directe entre le partage de fichiers poste à poste et les ventes de CD au Canada. L'analyse de toute la population du Canada ne révèle aucune relation, positive ou négative, entre le nombre de fichiers téléchargés à partir de réseaux poste à poste et le nombre de CD vendus. Autrement dit, nous ne trouvons aucun élément probant qui laisse croire que l'effet net du partage de fichiers poste à poste sur les ventes de CD est soit positif, soit négatif, pour l'ensemble du Canada. Ces inférences reposent sur les résultats tirés de l'estimation des modèles binomiaux négatifs (voir le tableau 4.1 et l'annexe 4).
Cependant, notre analyse de la sous-population des Canadiens pratiquant le partage de fichiers poste à poste donne à penser qu'il existe une forte relation positive entre le partage de fichiers poste à poste et l'achat de CD. De fait, parmi les Canadiens qui s'y adonnent, le partage de fichiers poste à poste stimule l'achat de CD. Nous estimons que le téléchargement poste à poste d'un fichier par mois augmente les ventes de musique de 0,44 disque par année (selon les estimations obtenues au moyen du modèle binomial négatif au tableau 4.3). De plus, nous constatons que le coefficient positif de la variable « offert nulle part ailleurs » représente un élément indirect de l'effet de « création de marché » du partage de fichiers poste à poste (voir le tableau 4.3).
D'une façon générale, nous remarquons des éléments contradictoires quant à la relation entre le partage de fichiers poste à poste et l'achat de pistes de musique sous format électronique au Canada (voir le tableau 4.2 et l'annexe 5). De plus, notre analyse de la sous-population canadienne pratiquant le partage de fichiers poste à poste ne révèle aucune relation entre le partage de fichiers poste à poste et l'achat de musique sous format électronique. Ces inférences s'appuient sur les résultats tirés des estimations effectuées au moyen des méthodes probit et logit (voir le tableau 4.4). Il est difficile de dégager l'effet net du partage de fichiers poste à poste sur l'achat de musique sous format électronique.
En ce qui concerne l'influence des prix sur l'achat de CD, nous ne sommes pas en mesure de déterminer de relation directe entre le prix moyen d'un disque tel qu'il est perçu par les répondants et les ventes de CD au Canada (voir le tableau 4.3 et l'annexe 4). En revanche, certains éléments indirects indiquent que le prix a une incidence sur les achats de CD, puisque la variable consignant le partage de fichiers poste à poste comme une réponse à un prix trop élevé des CD est en corrélation négative avec les ventes de CD.
Ce résultat va dans le sens des arguments présentés par Liebowitz (2005), Zentner (2004), ainsi que Rob et Waldfogel (2004).
On constate aussi, dans les résultats d'ensemble, que les personnes qui achètent de la musique sous format électronique ne sont pas moins susceptibles d'acheter de la musique sur le marché traditionnel (CD). Par contre, les personnes qui possèdent également un lecteur MP3 semblent être moins susceptibles que les autres d'acheter des CD.
En outre, il existe de fortes indications selon lesquelles les personnes qui achètent beaucoup de DVD, de jeux vidéo, de billets de cinéma et de billets de concert achètent aussi beaucoup de CD. On constate le même phénomène si on restreint l'observation seulement aux personnes partageant des fichiers poste à poste. Ces résultats sont aussi valides pour la musique vendue sous format électronique, mais seulement en lien avec l'achat de billets de cinéma. Comme on le mentionne à la section 4, cet effet complémentaire des produits de divertissement va dans le sens des conclusions et des arguments présentés par Liebowitz (2005), mais les résultats de la présente étude canadienne vont à l'encontre des conclusions de Peitz et Waelbroeck (2004) et de McKie (2006), qui semblent indiquer que les produits de divertissement sont substituts entre eux. D'après nos résultats, il semble que les personnes ayant un intérêt pour les produits de divertissement (comme la musique) affichent aussi un intérêt pour les DVD, les concerts, les films et les jeux vidéo. Ainsi, la musique et les autres produits de divertissement ne sont pas des substituts, leur utilisation est plutôt liée au mode de vie adopté par certains groupes de la population.
Nous obtenons que le revenu n'a pas de répercussion statistiquement significative sur l'achat de CD ou de musique sous format électronique. Par conséquent, nous en concluons que l'achat de musique en général n'ampute pas une part suffisamment importante des revenus d'une personne pour que cela ait un quelconque effet sur la consommation. Cette constatation concernant la population canadienne va à l'encontre des conclusions de Liebowitz (2005) et de Peitz et Waelbroeck (2004), qui ont examiné la relation entre le revenu et les achats de CD.
Au sujet de l'intérêt pour la musique, nous constatons que les personnes affirmant avoir un intérêt « très élevé » ou « relativement élevé » pour la musique achètent beaucoup plus de CD que les personnes affirmant avoir un intérêt « très faible » pour la musique. De plus, les résultats fondés sur l'ensemble de la population indiquent que les Canadiens ayant constaté une amélioration de la qualité de la musique ont accru leurs achats de musique sous format électronique. Les personnes qui, parmi celles partageant des fichiers poste à poste, ont constaté une dégradation de la qualité de la musique ont, quant à elles, diminué leurs achats de pistes de musique sous format électronique. Ainsi, l'intérêt pour la musique et l'appréciation de sa qualité semblent être corrélés positivement avec l'achat de musique.
Globalement, les variables démographiques que nous avons prises en compte montrent certains signes d'une fracture numérique au Canada sur le plan des compétences dans l'utilisation d'Internet, de l'âge et du lieu de résidence. En effet, une grande compétence dans l'utilisation d'Internet ainsi qu'un jeune âge sont tous deux associés à des achats élevés de musique à partir de sites Internet payants. Ces constatations vont dans le sens des arguments de Castells (2001) et des résultats du sondage du Centre de recherche Décima (2005). En revanche, on ne constate pas de fracture numérique en lien avec le sexe : en effet, les Canadiennes sont des adeptes plutôt actives du téléchargement de pistes musicales vendues sous format électronique.