Les codes volontaires : Guide d'élaboration et d'utilisation
Au sujet des codes volontaires
Qu'est-ce qu'un code volontaire?
Les codes volontaires sont des codes de pratique et d'autres dispositions destinés à influencer, façonner, surveiller ou encadrer le comportement sur les marchés. Ils encouragent les sociétés et les organismes à adopter des comportements qui procurent des bénéfices non seulement à eux-mêmes mais aussi à toute la collectivité. Ils peuvent également signaler aux consommateurs que le produit, le service ou l'activité satisfait à certaines normes.
Il existe des codes volontaires pour une foule d'industries, de produits et de services; ces codes portent sur de nombreux aspects du comportement sur les marchés. Certains sont tellement intégrés à notre culture qu'on en vient à oublier qu'il s'agit de codes volontaires. L'étiquette d'entretien des vêtements, par exemple, s'inscrit dans une norme bien connue, adoptée volontairement par l'industrie du vêtement.
Les codes volontaires portent plusieurs noms : codes de conduite, codes de pratique, initiative volontaire, lignes directrices, ententes non réglementaires et d'autres encore. 1 Peu importe la terminologie, ils partagent certains éléments. Les codes volontaires sont :
Un code volontaire peut comprendre plusieurs documents, y compris un énoncé général des principes et des obligations ainsi que des accords à caractère plus technique portant sur diverses dimensions opérationnelles, telles que les exigences de déclaration et les pouvoirs de règlement des différends. Dans ce guide, le mot « codes » englobe tous ces documents.
Exemples de codes volontaires
Caractéristiques des codes volontaires
Avantages des codes volontaires
Les codes volontaires offrent plusieurs avantages à tous les intéressés. Qu'il s'agisse du public, des employés ou des consommateurs, les codes volontaires peuvent :
Dans le cas des entreprises et organismes, les codes volontaires peuvent :
Dans le cas du gouvernement, les codes volontaires peuvent :
Inconvénients possibles des codes volontaires
Bien que les codes volontaires offrent des avantages considérables, ils peuvent aussi avoir des effets nuisibles lorsqu'ils sont mal conçus et mal administrés.
Comme le laisse entendre cette liste, les codes mal conçus ou mal mis en œuvre peuvent être source de nombreux inconvénients; il n'est pas mauvais de faire preuve d'un sain scepticisme avant de s'engager dans cette voix. Il faut beaucoup de temps, d'énergie et de ressources pour élaborer et mettre en œuvre avec succès un code volontaire; et là encore, rien ne dit qu'on obtiendra les résultats escomptés.
Caractéristiques communes de bons codes volontaires
Bien que les codes puissent présenter une forme, un contenu et des objectifs fort différents, la plupart de ceux qui connaissent du succès partagent certaines caractéristiques.
Engagement explicite des dirigeants — Si les dirigeants d'un organisme ou d'un secteur font la promotion de l'utilisation de codes volontaires, les autres sont plus susceptibles d'emboîter le pas. Ces dirigeants devraient être choisis dès le début du processus afin qu'ils puissent se faire les maîtres d'œuvre de l'initiative, et assurer la visibilité de son élaboration et de sa mise en œuvre.
Adhésion de la base — Souvent, ce sont les travailleurs de première ligne (caissiers, travailleurs d'usine, ingénieurs, surveillants) qui concrétisent les dispositions du code. Pour être en mesure d'y adhérer pleinement et de l'appuyer, ils doivent comprendre le code et ses objectifs, son fonctionnement et leur rôle dans sa mise en œuvre. Pour cela, il faut des communications internes et une formation adéquates et, parfois, une modification en profondeur de la culture de l'entreprise.
Énoncé précis des objectifs, des attentes, des obligations et des règles fondamentales — Souvent, c'est une séance de remue-méninges ou d'autres circonstances fortuites qui font apparaître le besoin d'un code et orientent les premières étapes de son élaboration; mais il ne faut pas tarder à articuler les visées, les rôles et les responsabilités afin d'éviter des problèmes en cours de route, tels que le retrait des participants. Par contre, la première déclaration d'intention et les règles fondamentales devraient être suffisamment souples pour permettre aux codes d'évoluer en fonction des nouvelles circonstances et des nouveaux enjeux.
Élaboration et mise en œuvre ouvertes et transparentes — Les codes sont plus susceptibles de refléter les grandes préoccupations socio-économiques et d'être acceptés par tous les intéressés s'ils sont élaborés et mis en œuvre de façon ouverte et avec la participation du milieu (travailleurs, fournisseurs, concurrents, consommateurs, groupes d'intérêt public, gouvernements, voisins). Une telle démarche accroît la crédibilité et l'efficacité du code, de ses promoteurs et des participants.
Circulation de l'information — Tous les intéressés doivent être tenus au courant du fonctionnement du code et des réactions qu'il suscite. Pour ce faire, on peut avoir recours à l'auto-vérification, à une surveillance interne et par des tiers, à une vérification de la conformité, aux comptes rendus publics et à des techniques analogues.
Un système efficace et transparent de règlement des différends — Il est essentiel de disposer d'un système de règlement des différends bon marché, juste, ouvert, accessible et cohérent pour que le code soit efficace.
De réels incitatifs à la participation — Si le code promet d'être rentable et offre des incitatifs intéressants, les entreprises voudront y adhérer. Parmi ces incitatifs, mentionnons l'accès à l'information, à des technologies ou à des outils de commercialisation exclusifs. Par exemple, les courtiers en immeuble qui respectent leur code ont accès au Service interagences où sont enregistrés les propriétés à vendre et les éventuels acheteurs.
Répercussions négatives du refus d'adhérer ou de la non-conformité — Les entreprises adhéreront au code et le respecteront avec plus d'enthousiasme si elles risquent de voir baisser leur chiffre d'affaires en agissant autrement. Par exemple, elles pourraient perdre leur crédibilité ou la fidélité de la clientèle. Dans le contexte d'un code volontaire, les associations peuvent recourir à des sanctions, par exemple en faisant savoir qu'une entreprise ne respecte pas le code ou en imposant des amendes.
Conditions propices à l'élaboration fructueuse d'un code
Pressions en faveur de l'élaboration d'un code
Bien que les codes soient volontaires dans la mesure où les entreprises ne sont pas tenues par la loi de les élaborer ou d'y adhérer, le mot « volontaire » est jusqu'à un certain point mal choisi. En fait, les codes volontaires constituent habituellement une réaction à la menace réelle ou perçue d'une nouvelle loi, d'un nouveau règlement ou de sanctions commerciales; à des pressions ou des possibilités concurrentielles; aux pressions des consommateurs ou encore à d'autres pressions commerciales ou publiques.
Souvent, les codes voient le jour en réaction à plusieurs facteurs réunis. En fait, plus nombreux sont les facteurs qui interviennent, plus grandes sont les chances de réussite du code. Le programme Gestion responsablemd de l'Association canadienne des fabricants de produits chimiques, par exemple, a été adopté dans la foulée d'une série de désastres chimiques qui ont fait la une et qui ont miné la confiance de la population et fait planer la menace d'un resserrement des règlements et des contrôles de l'État.
Il faut souligner qu'une fois le code en place, il se peut que les pressions qui ont tout d'abord mené à sa création s'atténuent; ce phénomène risque d'occasionner un relâchement du respect du code chez les adhérents. Il importe donc de prévoir autant de mécanismes que possible pour alimenter ou renouveler les énergies qui ont permis l'élaboration du code.
Pressions en faveur de l'amélioration de la qualité des opérations, ou accès au capital et aux ressources — Par exemple, on peut recourir à un code pour attirer de nouveaux employés, trouver de l'argent sur les marchés en raison d'une amélioration de sa réputation en matière d'environnement, ou réaliser des économies sur le plan de l'énergie et du matériel.
Menace d'une nouvelle loi, de nouveaux règlements ou de sanctions commerciales — Certaines entreprises et organisations en viennent à la conclusion qu'une modification et une maîtrise de leur propre comportement par l'entremise de mesures volontaires, plutôt qu'en réaction à l'adoption ou au resserrement des règlements, coûtera moins cher et permettra un plus vaste éventail de solutions. Les gouvernements leur permettront parfois d'agir ainsi si elles semblent pouvoir assumer la responsabilité comme il se doit. Or, les gouvernements ne réglementeront pas au premier chef si un secteur manifeste sa volonté et sa capacité de gérer ses propres activités. Il y a plusieurs années, le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC) a confié à l'Association canadienne de télévision par câble (ACTC) la première responsabilité à l'égard des normes de service à la clientèle pour la câblodistribution. L'ACTC a élaboré ses normes en conformité avec les lignes directrices du CRTC. Les normes sont administrées par le Conseil des normes de télévision par câble qui reçoit, examine et traite les plaintes des clients concernant les pratiques de l'industrie de la câblodistribution. Les clients peuvent encore en appeler au CRTC, mais rares sont ceux qui le font.
Pressions des consommateurs et autres pressions commerciales ou publiques — Dans de nombreux cas, les pressions commerciales et publiques constituent le principal incitatif à l'adoption de codes par les compagnies ou organismes. Par exemple, le système de certification de la gestion durable des forêts de l'Association canadienne de normalisation a été adopté surtout par crainte de voir les Européens boycotter les produits du bois canadien. Une entreprise ou un groupe d'entreprises peut aussi se donner un code pour préserver ou accroître sa part de marché. Par exemple, les fabricants de jus de fruits australiens ont un code qui garantit que les jus de fruits désignés purs le sont réellement. En vertu de ce code, les fabricants de jus de fruits peuvent faire inspecter les produits de leurs concurrents par un laboratoire indépendant lorsqu'ils doutent de la pureté du produit. Ainsi, les pressions concurrentielles du secteur privé aident les consommateurs à obtenir un produit de qualité.
Les secteurs particuliers interviennent lorsque les codes s'appliquent à un groupe d'entreprises ou d'organismes qui fabriquent des produits apparentés ou desservent des marchés semblables. Les pressions en faveur de l'adoption d'un tel code peuvent venir d'entreprises concurrentes qui souhaitent relever et standardiser les normes de rendement ou d'un
groupe particulier d'entreprises qui veut se distinguer dans son secteur. Dans de tels cas, il faut veiller à ne pas enfreindre la Loi sur la concurrence.
Contraintes imposées par la Loi sur la concurrence
Les ententes volontaires auxquelles sont parties des concurrents dans une même industrie peuvent soulever bon nombre des mêmes problèmes de concurrence que les fusions et les alliances stratégiques. Les promoteurs du code voudront peut-être lire en premier lieu la page des principes directeurs du document intitulé Les alliances stratégiques en vertu de la Loi sur la concurrence, publié par le directeur des enquêtes et recherches d'Industrie Canada, en 1995. Cette page affirme essentiellement que la plupart des alliances stratégiques ne soulèvent pas de problèmes en vertu de la loi et que les alliances verticales ou les alliances de conglomérats sont moins susceptibles de soulever des problèmes que les alliances horizontales. Le document souligne que :
La page sur les principes directeurs ne mentionne pas que la participation des groupes de consommateurs ou d'autres représentants des consommateurs peut atténuer le danger de problèmes anticoncurrentiels, mais il faut pour cela que ces groupes aient accès aux renseignements techniques et à l'expertise nécessaire pour leur permettre de contribuer de façon efficace à l'élaboration et à la mise en œuvre des codes.
Le Bureau de la concurrence encourage tous les groupes qui élaborent un code susceptible de soulever des questions aux termes de la Loi sur la concurrence à collaborer dès le départ avec le Bureau. De plus, le Bureau fournit des opinions verbales et écrites sur l'application de la Loi sur la concurrence à certaines situations, par l'entremise de son programme d'avis consultatifs.
Il faut savoir que les réponses aux demandes d'opinions écrites ne sont pas nécessairement gratuites. Pour savoir comment la Loi sur la concurrence pourrait s'appliquer à un projet de code volontaire, veuillez vous adresser au Bureau de la concurrence, au 1-800-348-5358.
Les codes sectoriels ont plus de chances de succès lorsqu'ils affichent les mêmes caractéristiques que celles énumérées ci-dessus. Toutefois, certaines de ces caractéristiques sont particulièrement pertinentes dans le cas des codes sectoriels.
L'Association canadienne des fabricants de produits chimiques a formulé huit points pour encourager le respect de son programme de Gestion responsablemd.
1 Voir ici pour une description des rapports entre les codes volontaires et le Système national de normes. Retour au texte
2 Lorsque l'objectif du code est de préserver ou d'accroître la part du marché, les parties ne doivent pas oublier que les méthodes utilisées sont tenues de respecter les dispositions de la Loi sur la concurrence et d'autres lois. Retour au texte