Prix du Premier ministre pour l'excellence en éducation 
de la petite enfance

ARCHIVÉE — Pratiques exemplaires 2008

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Des petits qui donnent vie à des personnages

Des petits qui donnent vie à des personnagesKim Atkinson se promène dans l'école maternelle Lansdowne Preschool à Victoria (C.-B.) avec un bloc-notes et un crayon pour que les enfants lui dictent des histoires. Il s'agit d'une activité quotidienne régulière, mais en participant à un projet d'enquête sur la qualité des soins aux enfants et aux jeunes à l'initiative de la faculté des soins aux enfants et aux jeunes de l'Université de Victoria, elle a vu la nécessité de produire une documentation plus approfondie. Ce projet vise à réexaminer et à reconcevoir l'éducation de la petite enfance. Kim décida de rehausser la visibilité de l'apprentissage et de réfléchir davantage sur sa méthode d'enseignement; c'est ce qui l'incita à développer son projet de rédaction d'histoires.

Avec ses élèves, Kim étudia le thème de la princesse à partir d'une histoire inventée par quatre petites filles de quatre ans : « Un jour, il y avait une méchante belle-mère, une maisonnette; il y avait quatre princesses et un château. Elles sont allées vers leur armoire où elles avaient un trésor, et puis la méchante belle-mère a attaché les quatre princesses. Elles se sont enfuies tout au fond de la forêt, mais la méchante belle-mère est montée dans sa fourgonnette pour sortir les princesses de la forêt. Toutes les princesses sont rentrées à la maison à pied, puis elles sont montées dans l'auto des princesses et elles sont allées au centre d'achat pour faire du magasinage. Après leur magasinage, elles ont rattrapé la méchante belle-mère, elles l'ont sortie de sa fourgonnette et elles l'ont jetée dans la poubelle. La méchante belle-mère est sortie de la poubelle, elle a tiré les quatre princesses et les a emmenées chez elles et elle les a attachées. Elles se sont détachées et elles ont dansées avec le prince et ensuite, après le bal, elles ont jetées la méchante belle-mère de nouveau dans la poubelle, et elles ont vécues heureuses pour toujours. »

Pour développer la notion de princesse, Kim suggéra aux quatre petites filles de faire des marionnettes et présenter leur histoire sous forme de saynète. Voyant les filles répéter, les garçons du groupe décidèrent qu'il fallait des pirates; ils se sont donc joints à la préparation en ajoutant ces rôles. L'histoire évolua et d'autres éléments y furent ajoutés, tels que des navires et un trésor. Kim et les enfants discutèrent de certaines notions comme le bien et le mal, les sexes, la plupart des enfants étant convaincus que les pirates étaient presque toujours des garçons et non des filles.

Les enfants composèrent un hymne aux pirates, à chanter au début et à la fin de la saynète. Ils discutèrent de l'idée du trésor, de ce qu'il signifiait et de qui devrait le gagner. Kim demanda aux enfants de dessiner leur portrait sous forme de princesses et de pirates, et elle fut stupéfaite de voir tous les détails qu'ils y avaient mis. Au cours d'une discussion, ils se demandèrent si les pirates étaient de bonnes ou de mauvaises personnes, si les princesses se battraient si elles avaient des épées, si les pirates portaient des bijoux comme les princesses, de quoi se composait le trésor et ce qu'en feraient, en définitive, les princesses et les pirates. « Cette activité fut extraordinaire, » dit Mme Atkinson. « La documentation m'a poussée à étudier de plus près la façon de penser des enfants, et j'en ai discuté avec les parents. » Ce projet souleva des questions complexes sur la puissance du thème des pirates et des princesses, sur les sexes et sur les jeux de rôle. Kim s'est demandé si l'activité avait donné aux enfants l'occasion de choisir un rôle qu'ils comprennent bien, de l'essayer, de l'étudier, d'absorber les réactions et le dialogue qui en ressortaient, de faire un test. « Les enfants essaient des identités comme ils essaieraient des vêtements, et ils s'efforcent de comprendre leur monde en l'explorant par le biais de la saynète et de leurs narrations dramatiques, » explique-t-elle. « Ils ont montré qu'ils étaient créatifs et sensibles, qu'ils avaient de l'humour, du courage, un énorme sens de la coopération et un vrai désir de collaborer, de la persévérance – car ils ont travaillé à leur projet pendant des mois – et un grand désir de se faire entendre. Comme d'habitude, cela a suscité en moi un sentiment d'humilité. »