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Faire participer les parents à l'éducation de leurs enfants

Dans un monde idéal, toutes les écoles bénéficieraient de l'engagement et du dévouement d'un groupe de parents comme celui sur lequel peut compter Paul Barrett.

M. Barrett enseigne la musique au Cobequid Educational Centre à Truro, en Nouvelle-Écosse, et il dirige un ambitieux programme de groupes musicaux parascolaire qui comprend des ensembles instrumentaux et des ensembles de jazz junior et senior ainsi qu'une chorale de jazz, lauréats de divers prix.

Paul Barrett

Paul Barrett

Paul Barrett se souvient encore de la façon dont l'a inspiré Ron Mackay, son prof de musique et directeur d'harmonie. M. Barrett a toujours cherché à inculquer à ses élèves cet amour de la musique et la volonté d'en faire. S'il y arrive, il estime qu'il aura atteint le but de toute une vie. Si assez d'enseignants s'y mettent, ils pourront inciter une nouvelle génération à accorder plus de place et plus d'appui aux arts au Canada.

Ceux que M. Barrett appelle « ses parents » - et il le dit sur un ton si familier et si amical que ses interlocuteurs pourraient se méprendre et croire qu'il parle de ses père et mère - constituent la clé du succès de ce programme. Les parents dont il est question, toutefois, sont une petite armée de bénévoles qui se sont mobilisés pour sauver l'orchestre lorsque les fonds ont été coupés et qui aident maintenant le programme sur tous les plans, du financement à l'organisation de voyages.

M. Barrett n'est pas certain de savoir ce qui motive ce groupe, si ce n'est peut-être l'attraction magique qu'exerce la musique. Alors, sur quoi faut-il miser pour réussir à capter l'énergie créatrice et l'enthousiasme d'un groupe de parents bénévoles?




L'engagement des parents dans les écoles est un sujet délicat pour de nombreux enseignants. Tout comme un chef cuisinier hésiterait à accepter l'aide d'un client dans sa cuisine, les enseignants ont pris l'habitude de n'inviter les parents que jusqu'à la porte de leur classe.

Stephen Gallagher, de la W.P. Wagner School of Science and Technology à Edmonton, en Alberta, affirme qu'il est facile de retracer l'origine de cette situation. « Les enseignants de maternelle que je connais doivent pratiquement pousser les parents hors de leur classe à coups de balai au début de l'année. Ils agissent ainsi pour faire comprendre aux parents qu'ils doivent se retirer s'ils veulent que les enseignants puissent enseigner. »

« Ce faisant, les enseignants oublient parfois que tous les parents s'inquiètent de leurs enfants », ajoute Sharon Davis, conseillère pédagogique à la Jack Hulland Elementary School, à Whitehorse, au Yukon. « Ils lisent des articles dans les journaux au sujet d'enfants qui finissent l'école secondaire sans avoir acquis les aptitudes professionnelles de base ou ils voient une émission de télévision sur les drogues et la violence dans les cours d'écoles et veulent être certains que leurs enfants seront bien. » De plus, les enseignants doivent se rappeler que chaque parent fait de son mieux avec ses propres compétences et ressources, précise Mme Davis. Les problèmes des enfants à risques ne peuvent pas être automatiquement refilés aux parents.

Malgré cette partie de souque à la corde, les parents et les enseignants partagent un intérêt - aider les enfants à devenir de bons citoyens, des membres actifs de la collectivité occupant un emploi qui leur permette de subvenir à leurs besoins et à ceux de leur famille.

Selon M. Gallagher, lorsqu'on prend en considération l'ensemble de la collectivité, on entrevoit plus facilement comment construire des alliances entre les parents et les enseignants. Les parents ne désirent pas entrer dans la classe et s'emparer du tableau. Ce qu'ils veulent, et les enseignants partagent ces objectifs, c'est que l'école et la cour d'école soient sécuritaires pour les enfants, et que les enfants acquièrent les habiletés sociales nécessaires pour entrer en relation avec les autres; ils veulent aussi qu'on propose aux élèves des activités parascolaires susceptibles de les intéresser et de les motiver.

Sharon Davis

Sharon Davis

Sharon Davis tient en très haute estime les conflits depuis que son père, qui adorait discuter, lui a enseigné à contester ce qu'il disait. Les conflits de la vie obligent souvent les gens à trouver des façons différentes de régler les problèmes ou de négocier des changements et les aident à prendre conscience qu'il n'y a parfois pas de bonnes réponses. En apprenant à respecter les gens avec lesquels on n'est pas d'accord et à poser les bonnes questions, les élèves peuvent transformer les conflits en forces positives dans leur vie.

Les enseignants sont les mieux placés pour écouter les craintes et les soucis des parents, et les associer aux objectifs pédagogiques. Mme Davis en donne un exemple intéressant. Des parents sont venus la rencontrer parce qu'ils étaient inquiets du nombre de bagarres dans la cour d'école. Sa formation d'enseignante-conseillère a aidé Mme Davis à comprendre que les bagarres se produisaient parce que les enfants ne savaient pas comment jouer.

« De nos jours, les enfants passent tellement de temps à des activités structurées qu'ils sont incapables de jouer sans la surveillance d'un arbitre ou d'un entraîneur. Chaque fois que survient un problème et qu'il n'y a pas de personne-ressource à qui s'en remettre, la bagarre éclate. Un groupe de parents a organisé un groupe appellé POPs (Peace on the Playground). Les parents ont formé des élèves de 7e année afin qu'ils montrent aux enfants comment régler les différends lorsqu'ils jouent dans la cour d'école. »

Ce programme efficace est né après que les parents et l'enseignante, Mme Davis, aient eu la chance de vraiment se parler et de s'écouter. Ces échanges sont devenus chose courante dans la vie de l'école Jack Hulland Elementary. Les groupes se rencontrent régulièrement afin que les parents puissent faire part de leurs inquiétudes.

Selon Stephen Gallagher, que cette perspective intéresse de toute évidence et qui est enthousiaste à l'idée de voir toutes les écoles aller dans ce sens, ces parents en sont venus à voir l'école de leurs enfants d'un tout autre œil.

Paul Barrett reconnaît que les attitudes évoluent. « D'abord, les gens apprennent à se connaître. Les parents parviennent à interagir avec les enseignants, puis les élèves voient leur parents et leurs enseignants dans un contexte différent, explique-t-il. Et ce qu'ils voient, c'est que tous travaillent ensemble et forment une vraie collectivité. »

Mme Davis souligne que lorsque les enfants se perçoivent comme faisant partie d'une collectivité qui comprend leurs enseignants et leurs parents, ils changent leur façon de prendre les décisions qui marqueront toute leur vie. « L'un des programmes intéressants qu'il m'a été donné d'étudier faisait participer les parents dans un programme de sensibilisation aux drogues et à l'alcool. Les élèves restaient plus longtemps à l'école et avaient de meilleures notes, ce à quoi l'on pouvait s'attendre. Ce qui a été plus surprenant, c'est que ces enfants ont aussi remis à plus tard leurs premières expériences sexuelles. »

Il s'agit là d'un résultat plutôt surprenant mais qu'il vaut la peine d'imiter. Les activités sexuelles précoces sont un indice précis que les enfants auront de la difficulté autant à l'école que sur le marché du travail. « Les élèves qui réussissent deviennent des citoyens productifs quand ils n'abordent les choses - les relations, l'alcool, la sexualité, les emplois - qu'au moment où ils y sont prêts et pas avant », signale Mme Davis. Quel bon exemple pour illustrer de quelle façon les espoirs des parents pour leurs enfants et les objectifs pédagogiques des enseignants peuvent aller de pair!




Paul Barrett croit que la magie qui opère lorsque les parents et les enseignants collaborent, ou qu'un orchestre bien accordé joue en parfaite harmonie, doit s'appuyer sur du solide.

La participation organisée des parents commence par une réunion, suggère M. Barrett, pour élire un noyau de représentants - un président, un vice-président et un trésorier. Il suggère qu'on utilise cette approche même si seulement une poignée de personnes se portent volontaires au début. « Il est beaucoup plus difficile de commencer quelque chose dans une école où il n'existe aucun mécanisme pour regrouper les parents. Ce que je suggère dans ce cas, c'est de commencer avec un noyau de personnes et de voir ce qu'ils arrivent à faire. »

« Pour faciliter la tâche des parents, offrez-leur d'organiser une activité agréable et servez-leur à manger », ajoute Mme Davis en riant. Il existe à son école un organisme appelé le Groupe couper et coller. Ses membres s'occupent de tâches comme le laminage ou la reproduction afin que les enseignants puissent se concentrer sur l'enseignement. Mais ils ne font pas que travailler. « Ils considèrent leurs soirées à l'école comme des sorties sociales. Ils amènent leurs enfants et discutent avec des amis. » Il est important de rendre hommage aux parents qui consacrent temps et efforts, malgré leur horaire chargé, au bénévolat à l'école. Chaque année, Jack Hulland Elementary organise un thé des bénévoles pour leur manifester son appréciation et remettre un certificat à chacun.

Finalement, l'enseignant doit apprendre à faire confiance aux gens et à leurs capacités. « Au début, j'avais tendance à tout faire moi-même parce que, de cette manière, je pouvais être certain que les choses seraient faites, avoue M. Barrett. Il a fallu beaucoup de temps pour que je change. »