ARCHIVÉE — Pratiques exemplaires 2008
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Canalisation de l'invitation à l'effort
Nous sommes, pour la plupart, portés à croire que l'escalade, la descente en rappel et le kayak de mer représentent suffisamment de défis pour l'élève moyen. Mais pour Ian Fogarty, qui enseigne la chimie et la physique à des élèves de niveau secondaire à l'école secondaire de Riverview, au Nouveau-Brunswick, ce n'est que le début. « Mes élèves ne m'aiment pas beaucoup », dit-il, « parce que je leur présente des défis ». Mais il y a une différence, insiste-t-il, entre rendre les études compliquées et en faire une occasion de se surpasser. La différence consiste à fournir la bonne stimulation qui assure la participation des élèves.
M. Fogarty dirige trois programmes qui incorporent l'invitation à l'effort dans son enseignement et l'apprentissage de ses élèves. Le premier, appelé à juste titre le Défi du cap, est une série d'activités en plein air; le deuxième propose des problèmes et énigmes en classe; le troisième part « d'idées bizarres » et s'appelle les Grands projets. Tous trois visent le même objectif, à savoir susciter l'effort.
En classe, M. Fogarty conçoit des « casse-tête et des mystères ». « Essayer de trouver un problème ou une énigme par enfant est difficile, mais tenter de trouver un problème assez difficile sans poser un trop grand défi, voilà tout l'art d'enseigner », affirme-t-il. « Nous faisons donc des choses très amusantes comme sauter d'un tremplin dans une piscine avec une caméra vidéo sous-marine afin de mesurer les forces », poursuit-il. Nous mesurons la vitesse du son en utilisant la technologie GPS (système mondial de localisation) et Probeware. Nous faisons des expériences sur la gravité, comme par exemple laisser tomber des chandelles et les filmer de façon à observer comment elles changent. Nous allons sur un terrain de jeu avec des élèves de l'élémentaire et faisons de la physique et de la chimie ». Les problèmes et les énigmes obligent les élèves à travailler en équipe. M. Fogarty croit en la thèse d'Harry Wong (auteur de The First Day of School: how to be an effective teacher [Le premier jour d'école : comment être un enseignant efficace]) selon laquelle l'apprentissage est une activité individuelle, mais pas nécessairement une activité solitaire. Ses élèves travaillent donc en équipe et en groupe, ce qui représente en soi une précieuse expérience d'apprentissage.
Le Défi du cap est un programme d'activités de plein air – escalade, descente en rappel, kayak de mer, parcours d'obstacles – qui visent à développer le caractère. « C'est un défi pour le corps, l'âme et l'esprit », affirme Ian Fogarty. Ses élèves disent qu'il « les a poussés en bas d'une falaise », mais il maintient que s'ils peuvent sauter d'une falaise de 180 pieds, ils peuvent certainement suivre un cours de physique.
Enfin, le programme des Grands projets donne aux élèves l'occasion de former leur caractère, de résoudre des problèmes et des énigmes et de mettre leurs capacités en valeur dans le cadre d'activités qui changent des foires scientifiques classiques. Ces projets se font sous la surveillance de l'enseignant qui joue le rôle de mentor. Les élèves choisissent un sujet qui les intéresse. Tous les élèves de sciences doivent réaliser un projet. Ils travaillent sur leur projet durant l'heure du déjeuner de midi, après l'école ou durant les fins de semaine; aucun temps en classe ne leur est consacré. La diversité des projets est extraordinaire et ils vont de la photographie des astres à la biotechnologie, en passant par l'observation des oiseaux, le cancer, la modélisation sur ordinateur, une tournée de présentations portant sur la chimie et une foule d'excursions scolaires.
Qu'a-t-on accompli avec toutes ces invitations à l'effort? Les élèves de M. Fogarty ont vu certaines de leurs observations scientifiques publiées dans des revues sérieuses. Un groupe d'élèves s'est classé troisième sur neuf cents dans un concours international sur la colonisation de l'espace et a gagné un voyage en Californie. Durant leur première année à l'université, certains anciens élèves ont travaillé grâce à des subventions du Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie du Canada (CRSNC). Durant le cours d'astronomie, des élèves ont capté l'image de l'impact d'un météore sur la lune en utilisant les télescopes de l'école. Cinq institutions internationales ont maintenant ces images en leur possession et les constatations ont été présentées lors de l'assemblée générale annuelle de la Société royale d'astronomie du Canada. Un ou deux doctorant(e)s sortent de la classe de M. Fogarty chaque année, et au moins quatre de ses anciens élèves mènent actuellement des recherches de premier cycle.
Mais plus important encore, les élèves de M. Fogarty ont appris à se lancer des défis et ont perfectionné les compétences dont ils auront besoin pour se tirer d'affaire dans à peu près toutes les situations qu'ils pourront rencontrer dans la vie.
L'invitation à l'effort semble payer.