Table ronde visant à développer des grappes et des partenariats de calibre mondial

30 août 2016 — Toronto (ON)
Développer des grappes et des partenariats de calibre mondial
Présenté par Ilse Treunrnicht et Arvind Gupta

Domaine d'intérêt

Comprendre l'environnement, créer l'écosystème et placer le Canada sur la voie de la réussite mondiale : Comment le Canada peut-il s'adapter intelligemment à un environnement qui évolue rapidement, au sein duquel certaines technologies ont clairement atteint un point d'inflexion, d'autres commencent à percer les marchés commerciaux et d'autres encore s'amalgament depuis peu de façons nouvelles et inattendues? Comment le Canada peut-il exploiter les possibilités de croissance et atténuer les risques et quelle stratégie pourrait-il proposer aux décideurs en ce qui concerne les technologies déstabilisantes?

  • Quelles sont les technologies déstabilisantes ou novatrices les plus importantes au Canada et dans le monde? Dans quels secteurs le Canada bénéficie-t-il d'un avantage concurrentiel?
  • Qu'est-ce que le pays peut faire pour accélérer la conception d'idées et de technologies novatrices? Comment créer un système qui favorise tant l'attraction que la poussée de la demande en matière de nouvelles idées?
  • Comment pouvons-nous éliminer les obstacles structurels à la commercialisation des nouvelles idées?

Faits saillants

Le Canada devrait faire preuve d'audace et se montrer moins réticent à prendre des risques en appariant les possibilités avec les domaines d'activité et les personnes qui démontrent de la vigueur et du potentiel, ainsi qu'en se penchant sur les lacunes en matière de financement et le rôle que les gouvernements peuvent jouer en utilisant leurs leviers fiscaux et leur pouvoir d'achat de manière à favoriser l'innovation.

Le Canada compte plusieurs secteurs technologiques particulièrement forts, dans les domaines d'application suivants :

  • sciences de la vie — le pays bénéficie de forces considérables dans les domaines de la médecine de précision et de la génomique, ainsi que de capacités de calibre mondial en matière de cellules souches et de médecine régénérative.
  • technologies propres — d'importantes possibilités existent au chapitre de la numérisation de l'électricité, qui favoriserait une gestion plus efficace du réseau et la production décentralisée.
  • systèmes de données — les secteurs de l'intelligence artificielle, de l'apprentissage machine, de la visualisation et des simulations constituent des forces fondamentales pour le Canada, qui bénéficie de débouchés dans les domaines de la gestion et de la synthèse des données, ainsi que de découvertes découlant de l'analyse de ces données. Les domaines d'application touchent toutes les industries, y compris l'Internet des objets si crucial pour la fabrication de pointe.
  • le pays présente des atouts dans les domaines des nanomatériaux (qui ont des applications relatives aux capteurs et aux diagnostics et dont la mise à l'échelle est relativement facile), des matériaux quantiques et de l'ensemble des autres matériaux de pointe.

Résumé de la discussion

Touchant tous les domaines d'action, les technologies perturbatrices ont la capacité bien réelle d'ébranler l'industrie, le secteur public et les jeunes entreprises. L'analyse réalisée par McKinsey révèle que jusqu'à 40 p. 100 des travailleurs canadiens pourraient être touchés par les perturbations engendrées par les technologies novatrices.

Le Canada doit prendre des risques, cerner et appuyer les secteurs technologiques forts et prometteurs, tout en prenant acte de l'effet perturbateur associé à la convergence des compétences et des disciplines (p. ex. santé humaine et science informatique), ainsi que du pouvoir d'innovation des équipes interdisciplinaires. On convient généralement que le Canada présente d'importants points forts en matière de création de nouvelles idées (que ce soit dans le cadre de la recherche fondamentale ou par le truchement d'entreprises innovatrices), mais qu'il ne dispose pas des leviers de commercialisation nécessaires pour mettre ces idées en marché.

Il importerait de donner aux entreprises qui œuvrent dans le domaine des technologies perturbatrices les capacités et les outils nécessaires pour réussir, qu'il s'agisse de capitaux, d'exposition aux marchés d'exportation ou de talents. Les gouvernements doit établir les écosystèmes appropriés à ces technologies, y compris des plateformes de commercialisation qui permettraient de perfectionner ces dernières et de les mettre en application dans les entreprises. Les intervenants se sont interrogés sur la façon de procéder pour établir des stratégies sectorielles qui s'articuleraient autour des technologies d'importance capitale (p. ex. matériaux quantiques, médecine régénérative) et qui pourraient faire du Canada un chef de file à l'échelle mondiale.

Principales considérations et principaux défis à la mise en œuvre

Comment distinguer les secteurs qui offrent des possibilités exceptionnelles, telles que celles qui pourraient exister en médecine et au chapitre des technologies propres, des domaines où le Canada doit agir de manière défensive et doubler la mise afin de maintenir sa position dans la sphère de l'innovation (p. ex. technologies numériques)?

Comment dépasser l'économie axée sur les ressources traditionnelles en investissant dans des débouchés qui présentent une valeur ajoutée (p. ex. huiles de poisson ou biostimulants des cultures dans le secteur des technologies océanologiques) ou en sautant à pieds joints dans la sphère numérique?

Il faut cerner les plateformes qui peuvent être mises en application à grande échelle et utilisées dans toutes les industries et investir dans de telles plateformes.

Dans le cadre des discussions portant sur les technologies, il importe de faire la distinction entre les concepts (p. ex. médecine de précision), les technologies sous-jacentes elles-mêmes et leurs domaines d'application.

On pourrait envisager différents moyens pour résoudre les préoccupations associées au fait que le gouvernement est le premier client de ces technologies. Par exemple, il n'est pas nécessaire de considérer la préférence accordée aux produits canadiens comme une violation des règles de l'OMC; en effet, la première apparition d'un produit sur le marché peut être considérée comme un essai bêta.

Principales idées et principaux résultats

Tabler sur les avantages concurrentiels du Canada : Même s'il est l'un des trois principaux chefs de file à l'échelle mondiale dans le domaine des sciences des matériaux, le Canada pourrait faire mieux pour mettre ces sciences en application dans tous les secteurs où elles pourraient produire des avantages, notamment l'aéronautique, la construction, etc. Le réseau de soins de santé du Canada pourrait également constituer un avantage concurrentiel, car il peut conférer un certain pouvoir d'achat et favoriser la mise au point de nouvelles technologies médicales.  Il incombe d'établir une manière de transformer ces idées en produits commercialisés, autant qu'il peut s'agir d'un processus à long terme et les récepteurs de compagnie n'existent pas encore.

Innover partout : L'innovation ne se limite pas aux « nouveaux » secteurs d'activité. Les industries traditionnelles, telles que les ressources naturelles ou l'agriculture, offrent en effet au Canada un avantage concurrentiel sur la scène internationale et peuvent être extrêmement perturbatrices. Il conviendrait donc de miser sur l'innovation dans ces secteurs afin d'être en mesure de livrer concurrence à l'échelle mondiale.

Favoriser la prise de risques : L'aversion à l'égard des risques contribue à l'exode des cerveaux, à l'octroi de fonds publics à court terme seulement (y compris le financement restreint des essais cliniques), à la présentation de résultats mettant l'accent sur les paramètres faciles à mesurer comme les sommes dépensées, ainsi qu'à la prestation de soutien provenant de la BDC (qui est réputée conservatrice et réticente à l'égard des risques). Nous devons avoir à l'égard des risques financiers le même niveau d'aisance que nous affichons face aux risques techniques et scientifiques.

Avoir une vision à long terme : Réseaux de recherche ont besoin de financement durable, à long terme afin de permettre des activités durables, axées sur les résultats, plutôt que continu de planification pour le changement.

Envisager le recours aux instruments fiscaux : Le fait de dissocier les incitatifs fiscaux du seul secteur du jeu et du divertissement aurait pour effet d'attirer des talents de partout dans le monde au sein de l'industrie numérique, ce qui pourrait mener à des applications dans toutes les industries. Le gouvernement pourrait envisager d'offrir des crédits d'impôt qui diminuent graduellement plutôt que d'être brusquement interrompus, offrant ainsi un avantage fiscal pour la création et la croissance d'entreprises au Canada et proposant des allègements fiscaux aux petites et moyennes entreprises qui tentent de concrétiser de bonnes idées en les mettant en application ici au Canada. Ces allègements fiscaux devraient également être consentis à longue échéance (p. ex., les déductions pour amortissement ne peuvent s'appliquer qu'à deux cycles économiques, ce qui ne laisse pas suffisamment de temps pour mener des projets jusqu'au stade de la rentabilité).

Soutenir le talent : Si nous devions mettre sur pied une équipe olympique, il ne fait aucun doute que nous saurions quels sont nos trois meilleurs athlètes. Il nous faut donc identifier et soutenir nos plus grands talents (les personnes elles-mêmes, non les entreprises) et miser sur eux. Les personnes d'influence sont déjà en contact aux quatre coins du globe. Nous devons bâtir des équipes autour de ces personnes et éviter de poser des obstacles à leurs activités.

Se préparer aux perturbations : Si 40 p. 100 des emplois risquent d'être touchés par les perturbations découlant de l'intelligence artificielle, alors le gouvernement devrait investir dans ce domaine. L'intelligence artificielle a des applications dans tous les secteurs industriels. Nous disposons de la force et du talent, mais nous devrons en maximiser l'incidence en recourant à différents outils (y compris l'immigration).

Tenir compte des acteurs de premier plan : Les grappes peuvent donner naissance à des entreprises qui ont le potentiel de se hisser au sommet, mais nous devons également pouvoir compter sur de grandes entreprises « piliers » qui alimenteront l'innovation et la croissance. Cependant, les mesures incitatives à court terme qui visent à attirer de telles entreprises ne les encourageront pas nécessairement à réaliser des investissements à long terme au Canada.

Garder à l'esprit l'importance des ventes et de l'entrepreneuriat : Les entreprises doivent pouvoir compter sur des ressources plus chevronnées en matière d'expansion des affaires et de mise en marché. Elles doivent déterminer comment attirer des employés possédant de telles compétences et leur enseigner l'art de la persuasion et de la vente (étudier les exemples de l'Université du Nouveau-Brunswick et de l'Université Laurier). L'UNB et l'Université Laurier (faisant partie de l'Institut Lazaridis) se penchent actuellement sur ces questions. Le pays doit en outre commencer à enseigner à ses citoyens dès leur plus jeune âge — dès l'école primaire ou même avant — à réfléchir comme des entrepreneurs, c'est-à-dire favoriser la résolution de problèmes, la prise de risques, la vision globale et la débrouillardise.

Mettre l'accent sur la collaboration : Il faut créer des plateformes de collaboration qui réuniront des intervenants compétents en vue de relever des défis particuliers.

Privilégier les produits canadiens : Le gouvernement devrait déterminer comment il pourrait agir à titre de premier acheteur des technologies canadiennes (donnant ainsi un élan aux entreprises) ou mettre en place des mesures qui encourageraient les autres sociétés canadiennes à s'approvisionner auprès d'entreprises novatrices du Canada.

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