Bâtir des partenariats de femmes dans l’économie des soins : l’appui aux femmes d’affaires en sciences, technologies, ingénierie et mathématiques (STIM)

Discours

Notes d'allocution

Mme Mona Nemer
Conseillère scientifique en chef du Canada

Bâtir des partenariats de femmes dans l’économie des soins : l’appui aux femmes d’affaires en sciences, technologies, ingénierie et mathématiques (STIM)
Ambassade du Canada
Tokyo (Japon)
Le 2 avril 2019

Le discours prononcé fait foi


Bonjour à tous. Je vous remercie de m’avoir invitée pour cette journée extraordinaire. Je suis heureuse d’être ici avec vous.

Le thème de « la société bienveillante » est très opportun pour de nombreuses raisons, l’une des principales étant que nos sociétés vieillissent. Je reviens d’une réunion de la Japanese Circulation Society, où 20 000 chercheurs, cliniciens et travailleurs de la santé du monde entier ont discuté des progrès les plus récents en santé cardiovasculaire. Grâce à la recherche et à l’innovation, nous avons fait passer plusieurs maladies d’aiguës à chroniques. Ce sont des progrès considérables, mais nous avons encore grand besoin de thérapies, d’instruments médicaux et de soins de santé en général. C’est donc un secteur important pour les entreprises et pour les sociétés.

Ce matin, jusqu’à présent, nous avons entendu les commentaires intéressants et inspirants d’Ailish [Campbell] et de l’honorable ministre [Seiko] Noda, et il y a certainement un thème récurrent qui revient dans ces discussions, à savoir qu’un meilleur soutien à l’avancement des femmes mène à de meilleures sociétés en général.

La question sur laquelle il faudrait se pencher davantage est que la mise en place de sociétés diversifiées et novatrices suppose la promotion des femmes dans tout l’écosystème d’innovation et la prise de mesures pour encourager la collaboration et le réseautage.

C’est ce dont j’aimerais vous parler ce matin, en particulier les trois points principaux qui suivent :

  1. Appuyer les femmes d’affaires en sciences, technologies, ingénierie et mathématiques (STIM) suppose un soutien aux femmes à toutes les étapes du circuit d’innovation, de la recherche fondamentale à la commercialisation.
  2. Promouvoir l’avancement des femmes signifie s’attaquer aux obstacles systémiques à l’échelle organisationnelle et appuyer le perfectionnement professionnel individuel.
  3. Donner aux femmes les moyens d’être des innovatrices dépend de la pollinisation croisée des idées, de la collaboration et de la création de communautés parmi les secteurs et les disciplines.

Permettez-moi de commencer en demandant aux gens d’affaires dans la salle : jusqu’à quel point votre entreprise dépend-elle de la science et de l’innovation?

La réponse dépend de la nature de votre entreprise, bien sûr, mais je crois que nous sommes tous d’accord que maintenant, plus que jamais, la science est reconnue comme la force motrice de notre progrès social et économique.

Les gouvernements du monde entier sont en train de reconnaître l’importance de la science sur le plan des politiques. Les entreprises reconnaissent l’importance d’une recherche de qualité lorsqu’il s’agit de créer de nouvelles technologies. Mais combien de fois y a-t-il de femmes qui obtiennent des postes de direction dans des organisations, tant scientifiques que du domaine des affaires? Même si toutes les études démontrent qu’il y a un lien entre la diversité et le succès des organisations.

Si nous voulons appuyer les femmes en affaires, surtout dans les disciplines des STIM, nous devons adopter une approche à l’échelle du système et évaluer où les femmes ont besoin de soutien aux différentes étapes du circuit menant de la recherche à l’innovation.

Parce que l’innovation commence par la recherche.

Autrement dit, en préconisant la participation et l’avancement des femmes dans les disciplines des STIM, nous créons des occasions pour des femmes à titre d’entrepreneures et à titre de dirigeantes d’établissements ou d’entreprises, et nous appuyons leur succès en nous assurant qu’elles ont accès à une main-d’œuvre diversifiée.

Il ne suffit pas de s’attaquer aux problèmes dans le monde des affaires. Nous devons penser de manière plus globale à la mise en place de milieux propices au développement des capacités des femmes sur le plan de la créativité, de l’innovation et de l’entrepreneuriat.

Cela veut dire débuter au niveau de la recherche fondamentale où naissent les idées, où les hypothèses sont mises à l’essai, et où les futurs scientifiques et innovateurs sont formés.

Nous savons que même à ce stade précoce, les femmes sont déjà défavorisées.

Elles sont sous-représentées dans bon nombre de disciplines des STIM, mais pas tant que cela dans les sciences de la santé.

Les femmes reçoivent moins souvent du financement, et elles reçoivent des montants inférieurs, tel que le signalait récemment The Lancet.

Souvent, les candidatures de femmes sont oubliées au moment des promotions ou de l’attribution d’une permanence. Cela signifie qu’elles sont nettement sous-représentées dans des postes de direction.

Ces enjeux sont complexes et, même si nous avons commencé à nous attaquer à quelques-uns d’entre eux, les progrès sont lents.

Donc, comment les organisations créent-elles du changement? Une façon d’y arriver est de donner de la formation afin de sensibiliser le personnel tant aux préjugés inconscients qu’aux différences comportementales entre les hommes et les femmes.

Nous devons cesser de supposer que ce sont les femmes qui ont besoin de changer. Le mentorat, l’accompagnement et les conférences axées sur le leadership des femmes sont tous très importants, mais un changement significatif et durable ne pourra se produire qu’au moment où nous aurons l’adhésion des dirigeants de l’organisation, c’est-à-dire des hommes. Ce changement de culture nécessite des approches tant descendante qu’ascendante, c’est-à-dire de la base de la pyramide hiérarchique à son sommet, et inversement.

Plusieurs organisations ne tiennent pas compte du fait que les cycles de carrière des hommes et des femmes sont souvent différents.

Leurs carrières sont souvent non linéaires. C’est un fait qu’il faut reconnaître et sur lequel il faut se pencher.

Donc, comment pouvons-nous repenser les indicateurs par lesquels nous mesurons le succès?

Pour commencer, les pratiques d’embauche doivent réévaluer la pondération accordée à la trajectoire de leadership comme un indicateur de préparation et d’aptitude à l’emploi.

Il faudrait tenir compte des réalisations, et NON des postes déjà occupés.

Si l’on exige des femmes d’avoir déjà été présidente d’un département, puis doyenne d’une faculté ou vice-rectrice d’une université avant d’être envisagées pour la présidence d’un établissement, jamais nous ne réussirons à diversifier la direction de nos établissements.

C’est un fait qu’il convient de rappeler aux conseils d’administration et aux comités d’embauche.

Tant dans le secteur privé que dans le milieu universitaire, nous constatons que les gestionnaires ont tendance à identifier les leaders les plus prometteurs pendant que les candidats sont dans la trentaine. Pourtant, cette politique a souvent l’effet d’éliminer complètement les femmes du circuit de talent parce que bon nombre d’entre elles ont des enfants vers cet âge. Dans la quarantaine, au moment où plusieurs d’entre elles se concentrent à nouveau sur leur carrière, il est souvent trop tard.

Au Canada, le gouvernement vient de s’engager à élargir la couverture du congé parental payé de six mois à douze mois pour les étudiants et étudiantes et les boursiers postdoctoraux qui reçoivent du financement fédéral. C’est un pas dans la bonne direction, mais il reste encore beaucoup à faire.

Dans une étudeFootnote 1 qui a récemment été publiée dans PNAS (Proceedings of the National Academy of Sciences), on a comparé les trajectoires professionnelles en STIM et on a constaté que presque la moitié des femmes ne reviennent pas dans un emploi à temps plein en STIM après avoir eu leur premier enfant. Cette statistique incroyable fournit des données concluantes montrant que nous devons aussi aider les femmes qui retournent au travail.

Nous avons tendance à voir les femmes comme étant une minorité dans plusieurs secteurs, et cela est vrai. Mais dans la plupart des sociétés, y compris le Japon et le Canada, les femmes constituent plus de la moitié de la population. De fait, elles sont majoritaires. Imaginez la créativité, les innovations et les découvertes que nous laissons de côté si les femmes en âge de travailler ne sont pas membres à part entière de la population active.

Nos deux pays s’engagent à intensifier et à améliorer la participation des femmes au marché du travail et je crois que nous avons de vraies occasions de promouvoir l’entrepreneuriat féminin, notamment dans les secteurs de l’économie des soins de santé.

Les sciences de la santé sont l’une des disciplines des STIM où les femmes sont relativement bien représentées. Il y a dans ce domaine beaucoup de place pour la croissance des femmes entrepreneures.

C’est pourquoi il est d’autant plus important pour les entreprises dirigées par des femmes d’être présentes dans le secteur de la santé, surtout dans le cas des services liés à la santé des femmes.

Mais cela veut aussi dire que nous devons nous assurer que ces entreprises ont accès à des capitaux.

Au Canada, seulement 13 % des entreprises appartenant à des femmes sont liés aux STIM, et elles déclarent qu’elles ont beaucoup plus de difficulté à attirer des investissements que celles des hommes.

Pourquoi? Peut-être est-ce lié au fait que seulement 14 % des associés dans les sociétés de capital de risque canadiennes sont des femmes. Nous pouvons faire mieux dans ce domaine aussi.

Au Canada, notre gouvernement a récemment (octobre 2018) annoncé un financement important (2 milliards de dollars canadiens) qui sera consacré à l’entrepreneuriat féminin. Cela fait partie d’une stratégie qui cherche à doubler le nombre d’entreprises appartenant à des femmes d’ici 2025. Cela aidera les femmes à accéder à du financement, des personnes talentueuses, des réseaux et de l’expertise. Cette stratégie visant à favoriser l’égalité des sexes au Canada pourrait augmenter considérablement notre PIB (150 milliards de dollars canadiens) au cours des sept prochaines années.

Le fait est que les femmes constituent un potentiel énorme pour n’importe quelle économie. Et d’après ma propre expérience, je peux vous dire qu’il y a des occasions formidables pour l’entrepreneuriat féminin dans le secteur de la santé, surtout dans les technologies qui favorisent un vieillissement en santé.

C’est grâce à des communautés fortes et solidaires que nous pouvons promouvoir de la meilleure façon les femmes dirigeantes bien établies et celles en voie de se démarquer.

Donc, je vous encourage tous à avoir des rêves ambitieux et à travailler en collaboration.

Aux représentants de l’industrie et des gouvernements qui sont présents aujourd’hui, je vous encourage à investir massivement dans les femmes, pas seulement au moyen de financement, mais aussi en déployant des efforts pour créer des milieux de travail plus équitables.

L’équité des sexes dans le domaine des sciences n’est pas simplement une affaire de droits de la personne, elle est aussi primordiale pour le développement social et elle est vitale pour produire les meilleures recherches.

Et les meilleures recherches sont le point de départ des solutions les plus novatrices aux défis mondiaux.

Je vous remercie de votre attention. Je suis impatiente de poursuivre les discussions avec vous durant la journée et à l’avenir.


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