Balado Orignaux-Originaux: Épisode 1

d' Innovation, Sciences et Développement économique Canada

Ellen, Jason, Erik, et le plan tactile

Nous avons parlé à trois fonctionnaires qui ont utilisé l'impression 3D et l'empathie pour faire de leur bureau un endroit plus inclusif et accessible pour les personnes ayant une déficience visuelle.

Durée : 19 mins


Merci d’avoir écouté notre premier épisode de « Orignaux-Orignaux »! Nous espérons que vous avez apprécié cette histoire! Afin de continuer de produire de nouveaux épisodes, nous avons besoin de votre soutien. Faites-nous part de vos commentaires par courriel à l’adresse suivante : Orignaux-Originaux@Canada.ca

Cliquez ici pour entendre le balado : Soundcloud.

Ce balado est une production du Labo d’innovation. Vous trouverez plus d’information à propos du labo sur la page d’accueil

Transcription

[Musique d’intro (Remerciements : Michael Scholz)]

Jean-Philippe Veilleux: Je m’appelle Jean Philippe Veilleux.

Kayla : Et je m’appelle Kayla Schultz.

Jean-Philippe : Vous êtes à l’écoute de Orignaux Originaux.

Kayla : Cette émission relate le parcours et la vie de Canadiens innovateurs qui ont du succès.

[Musique d’intro s’estompe progressivement]

Audioclip : "Le défi vient de Jason Dunkerley du Canada. Et il y a le Brésil, le Canada, Dunkerley du Canada, il se rapproche et voit qu’il peut atteindre la ligne d’arrivée le premier. Le Canadien remporte la médaille d’or!"

Kayla : Ce que vous venez d’entendre, c’est la bande sonore de la victoire de Jason Dunkerley lorsqu’il a remporté la médaille d’or en 2011, à l’épreuve du 800 mètres des championnats du monde.

Jean-Philippe : Avant d’aborder ce sujet, permettez moi de vous dire la raison de notre présence ici.

Kayla : JP et moi sommes fonctionnaires à Innovation, Sciences et Développement économique Canada [(ISDE)] et nous travaillons ici, au Laboratoire de l’innovation du Ministère.

Jean-Philippe : Nous avons l’occasion de rencontrer toutes sortes de penseurs créatifs et innovateurs, et nous avons pensé qu’il serait formidable de partager leurs histoires avec vous.

Kayla : La première histoire que nous allons vous raconter a eu lieu ici même à ISDE.

Jean-Philippe : Elle concerne trois employés du gouvernement, Ellen, Jason et Eric. Mais voici d’abord Ellen.

Ellen : Je m’appelle Ellen Creighton et je travaille ici à Innovation, Sciences et Développement économique Canada. J’ai rencontré Jason à ISDE lors d’une cérémonie organisée pour son départ pour participer aux Jeux paralympiques de Rio. Il se peut qu’il ne se souvienne pas de m’avoir rencontrée ce jour là, mais je lui ai serré la main. Il y avait beaucoup de monde; j’étais donc un visage parmi tant d’autres. Après la cérémonie, j’ai voulu publier un message de soutien à Jason sur ma page Facebook. J’ai donc fait une recherche en ligne (Jason n’est pas au courant de cela) sur son expérience en tant qu’athlète et j’ai découvert un article qui m’a en quelque sorte indiqué le nombre de Jeux paralympiques et de compétitions mondiales auxquels il a participé et le nombre de médailles qu’il a remportées pour le Canada. Je pense que l’un des articles que j’ai consultés parlait de lui comme d’une machine à remporter les médailles pour le Canada.

Kayla : Ce que Jason ne sait peut être pas, c’est que nous avons pris le temps de faire une recherche sur lui et que nous avons constaté qu’il a non seulement remporté cinq médailles paralympiques, mais qu’il a également été quatre fois champion du monde d’athlétisme et qu’il a été six fois médaillé d’or aux Jeux parapanaméricains.

Jean-Philippe : Oui, mais ce n’est pas tout, je n’ai pas fini de dire à quel point Jason est impressionnant. Alors, Ellen nous a raconté une histoire qui se déroulait il y a quelques années, lorsque Jason a été frappé par une voiture...Il était sorti courir, mais il n’a pas abandonné l’entraînement, il a fait un retour même après cela et il a continué à remporter des médailles. Il est aussi bénévole au sein d’un comité afin d’aider les personnes handicapées à faire du sport. Et le plus extraordinaire, à mon avis, c’est qu’il a fait don d’un de ses reins à son épouse.

Ellen : Cette incroyable personne travaillait juste de l’autre côté du corridor, devant mon bureau. Je mentirais si je ne précisais pas à quel point j’étais intimidée par cette athlète de haut niveau qui avait montré une persistance aussi remarquable et un esprit aussi exceptionnel et généreux envers les personnes auxquelles il tient.

Jason : Mon nom est Jason Dunkerley et j’ai eu la chance, quand j’étais plus jeune, d’avoir des parents qui nous encourageaient, mes frères et moi, à être actifs et à essayer différents sports. Par exemple, pour jouer au soccer, nous attachions un sac d’épicerie en plastique autour du ballon pour l’entendre lorsqu’il se dirigeait vers nous. Souvent, les jeunes souffrant d’un handicap n’ont jamais l’occasion de pratiquer un sport parce que le sport qu’ils souhaitent pratiquer ne leur était pas accessible, ou encore parce que les gens craignent qu’ils ne se blessent. Mais moi, j’ai eu la chance, comme je l’ai dit, de grandir dans un environnement où ce n’était pas le cas et cela a en quelque sorte fait de moi un passionné de sport.

Kayla : Mais, revenons à notre histoire.

Ellen : À un moment, Jason était assis pas trop loin de moi, dans une rangée de cubicules, et il voulait venir me parler, mais il s’était plutôt rendu dans le bureau de mon collègue, ou près du bureau de mon collègue au lieu de mon bureau et j’ai dit quelque chose comme : « Oh, Jason! Je suis ici. » Il est donc venu à mon bureau et nous avons parlé, puis je lui ai offert de lui faire visiter les lieux et de lui expliquer tout ce qui se trouvait autour. Il a accepté et je lui ai demandé : « À quel moment? » Et il m’a répondu : « Maintenant ». Nous avons fait le tour, puis une idée a surgi quand il m’a dit : « Je ne savais pas que l’étage était aussi vaste », bien que nous n’ayons pas parcouru une si grande distance.

Kayla : Ça alors!

Ellen : Je me suis alors rendu compte qu’il serait très utile à Jason d’avoir une idée d’ensemble de notre étage, de l’endroit où se trouve le bureau de nos collègues et des membres de l’équipe, puis je me suis mise à réfléchir. C’est au moment où Jason s’est dit surpris par la superficie de notre étage que cela m’a donné l’idée de chercher ce que pourrions faire pour lui en donner un aperçu. Il devait y avoir un moyen…

Kayla : Et, essentiellement, c’est ainsi que tout a commencé.

Jean-Philippe : C’est vrai, mais si je peux me permettre, j’aimerais ajouter quelque chose. J’essaie vraiment de comprendre comment et dans quelle mesure Jason perçoit le monde, dans sa vie quotidienne, parce que c’est vraiment difficile pour quelqu’un comme moi, comme nous, qui ont l’habitude de nous en remettre à notre vue depuis, eh bien, toute notre vie.

Jason : En fait, quelqu’un m’a demandé ce matin si mon ouïe est plus développée que celle des autres personnes. Je ne crois pas qu’elle le soit, mais je fais en quelque sorte davantage usage de mes autres sens, dont je dépends. Alors oui, je perçois le monde par les sons, les émotions et les odeurs et j’utilise mes autres sens pour m’en faire une idée... C’est comme pour vous, j’associe les bonnes odeurs de cuisine, le café et le soleil. La vie est pleine d’endroits formidables. La plage est un lieu agréable, ça c’est sûr, parce que vous pouvez entendre le bruit de l’eau, de l’océan et le chant des oiseaux. Je dirais que tout endroit où l’on est en contact avec la nature est certainement formidable.

Kayla : JP et moi avons pensé que Jason utilisait probablement sa mémoire durant tout ce temps pour trouver son chemin dans le bureau.

Jason : En réalité, je me déplace dans le bureau en me limitant aux zones que je connais ou que je fréquente régulièrement, c’est pourquoi je n’avais pas la moindre idée de la taille de notre groupe ou de la superficie dont nous disposons.

Jean-Philippe : Alors, c’est maintenant que l’histoire devient vraiment captivante. En gros, Ellen pensait sans cesse à ce qu’elle avait entendu; elle a cherché des idées, fait des recherches et réfléchi encore un peu plus.

Ellen : Et puis je me suis dit, d’accord, puisqu’il ne peut pas voir un plan parce qu’il est en deux dimensions, pourquoi ne pas créer une solution en trois dimensions qui lui permettrait d’utiliser ses doigts et son sens du toucher, comme il le fait pour la lecture en braille, afin d’avoir un plan de notre étage.

Kayla : Ellen a demandé l’avis de ses collègues de l’unité responsable des installations et ils ont imprimé pour elle un grand plan de l’étage. Ellen a rapporté le plan chez elle pour l’examiner durant la fin de semaine, puis elle a pigé dans le matériel de bricolage de sa fille.

Ellen : Ainsi, graduellement ce jour-là, avec l’aide de ma fille de six ans, nous avons créé un plan. Je lui ai expliqué que le plan était pour permettre à un ami non voyant de voir d’une autre façon. Elle a compris, je pense, et nous avons vraiment eu beaucoup de plaisir à construire ensemble le plan.

Jean-Philippe : Elle s’est servie des différentes textures contenues dans le matériel de bricolage pour créer le plan de l’étage. Je vous laisse imaginer comment elle a utilisé les cure dents pour désigner les toilettes des hommes, les moules à muffins pour celles des femmes et des bâtonnets de bois pour la salle d’impression.

Kayla : En fait, le but était que les diverses zones de l’étage soient facilement identifiables par le toucher. C’était un plan tactile.

Jason : Quand elle m’a présenté le plan, elle m’a dit qu’elle y avait travaillé pendant sept ou huit heures durant la fin de semaine. Quand je pense au temps et au travail qu’elle a consacrés à peaufiner les détails, je suis estomaqué. Il m’a fallu un peu de temps juste pour apprendre ce que les différentes textures représentaient. Mais assez rapidement, le plan a pris tout son sens. Vous savez, j’ai compris très rapidement et cela m’a fait permis de mieux me familiariser avec le bureau.

Kayla : Mais l’histoire ne s’arrête pas là. En véritable innovatrice, Ellen n’était pas tout à fait satisfaite du plan tactile réalisé avec le matériel de bricolage de sa fille. Elle savait qu’elle pouvait faire quelque chose de bien mieux.

Ellen : Après avoir conçu la version papier du plan contenant les différentes textures,... Il était utilisable, mais le plan tactile ressemblait à un projet artisanal réalisé par un amateur. On n’y trouvait pas de lignes pures ni d’uniformité, et les bureaux n’étaient pas tous exactement de la même taille. Comme je suis de nature perfectionniste, je me suis demandé : « Comment puis je parfaire le plan? »

Jean-Philippe : En fait, c’est au Labo l’innovation d’ISDE qu’Ellen a eu son idée de génie.

Ellen : Quand Chrystia m’a montré les logos imprimés en 3D, je me suis exclamée : « Oh! J’ai une idée pour un travail d’impression en 3D! J’ai créé un plan comportant différentes textures et je me disais qu’il serait génial de pouvoir l’imprimer en 3D. Je pense que le plan serait plus utile pour l’utilisateur si tout était à l’échelle et parfait.

Kayla : Au lieu de cela, c’est ici que Chrystia Chudczak, directrice administrative du Laboratoire de l’innovation, intervient dans l’histoire. Elle a mis Ellen et Jason en contact avec Eric Sherwood, le directeur de la conception et de la fabrication au laboratoire de fabrication du Conseil national de recherches.

Jean-Philippe : Et il se trouve qu’Eric possède sa propre imprimante 3D. Donc, lorsqu’il a entendu parler de l’histoire d’Ellen et de Jason, il était emballé par l’idée et il a voulu les inviter à visiter le laboratoire de fabrication.

Erik : Je m’appelle Eric Sherwood et je suis directeur de la conception aux Services de conception et de fabrication du Conseil national de recherches. Nous concevons et fabriquons du matériel pour appuyer la recherche au CNRC. Nous possédons donc des bureaux de conception et des ateliers d’usinage. Quand j’ai entendu dire que quelqu’un avait besoin d’un plan tactile lisible au touché, j’ai pensé que c’était une application phénoménale de cette technologie, car je sais que chaque plan d’étage est réalisé au moyen d’un système de conception assistée par ordinateur (CAO). Il suffisait donc de transférer les données de ce plan d’étage 2D à un modèle 3D, puis d’imprimer le plan en 3D. Et d’un seul coup, toute personne qui doit lire un plan avec ses doigts a désormais accès à un plan tactile.

Jason : Ce que l’on sent lorsqu’on touche cet imprimé en 3D... il y a des sortes de lignes qui indiquent un corridor. Les lignes sont très rapprochées, peut être un quart de centimètre l’une de l’autre, peut être moins. Je suis sûr que c’est moins que cela. Il y a comme de petites, presque collines ou petites zones de...

Ellen : Cela a presque la forme d’une pyramide.

Jason : Oui, c’est exactement comme la forme d’une pyramide. C’est une pièce très solide, en plastique, j’imagine. Ce que je veux dire, c’est les lignes ne tomberont pas, elles sont là pour de bon, c’est certain.

Ellen : Imaginez si nous avions tous une application nous permettant d’entrer un plan d’étage 3D de notre immeuble et d’y appliquer une texture différente pour les principaux endroits fréquentés pour que l’application produise un motif permettant d’imprimer un plan tactile 3D à la maison..

Jason : Vous vous rendez compte que cela ouvre un monde de possibilités, même pour quelqu’un comme moi, d’avoir une idée concrète d’un plan ou d’un quartier. C’est vraiment passionnant et l’idée est très intéressante.

Jason : Je tiens à remercier Ellen d’avoir imaginé une telle solution, car partout où je m’en sers, c’est un outil qui m’est énormément utile, et cela en dit long sur la vision et la capacité de se mettre à la place de l’autre et d’agir.

Ellen : Cette idée pourrait également avoir d’autres applications plus universelles, et Jason a de nombreuses idées sur la manière dont cela peut être réalisé, sur les utilisations possibles et sur la manière dont cela pourrait aider les gens.

Jason : Je pense que nous sommes tous coupables parfois de ne pas donner suite à nos idées. Alors j’encourage les gens qui ont des idées à ne pas simplement les mettre de côté, mais plutôt à les explorer et à voir où elles mènent.

Jean-Philippe : Et c’est tout pour notre tout premier épisode de Orignaux Originaux.

Kayla : JP, penses-tu que nous devrions expliquer à notre public pourquoi nous devions utiliser le nom Orignaux Originaux ou en anglais, MooseWorks?

Jean-Philippe : Non, je ne sais pas, peut être devrions nous les laisser comprendre par eux mêmes.

Kayla : Nous ne pouvons pas leur demander de le deviner!

Jean-Philippe : Oh attends, j’ai une idée. Pourquoi on ne demanderait pas aux auditeurs, c’est à dire à vous, d’essayer de découvrir pourquoi on a choisi ce nom et ce qu’il signifie.

Kayla : Oh, une idée novatrice! Non, je pense que c’est une excellente idée et, en fait, vous pouvez consulter notre site Web pour nous envoyer vos réponses. Rendez-vous à l’adresse Canada.ca et recherchez Laboratoire d’innovation d’ISDE. Vous pourrez trouver notre adresse électronique dans la section des contacts. Il vous suffira d’inscrire la mention Orignaux Originaux dans l’objet de votre courriel, et nous nous engageons à mettre les meilleures réponses en ligne.

Jean-Philippe : En attendant, nous mettons tout en œuvre pour vous présenter d’autres splendides anecdotes sur l’innovation dont font preuve les Canadiens. Nous vous tiendrons aussi au courant de la suite de l’histoire concernant Ellen, Jason et Eric ainsi que de la manière dont ils comptent rendre la ville plus accessible.

Kayla : Euh, JP ils vont amener le projet à la ville?

Jean-Philippe : Va falloir attendre la prochaine fois!.

[Musique inspirante apparaît progressivement]

Kayla : Nous souhaitons également remercier tout particulièrement Michael Scholz, un artiste local d’Ottawa, d’avoir fourni sa musique originale. Enfin, nous tenons également à remercier l’équipe du laboratoire de leur soutien continu pendant l’élaboration de la présente baladodiffusion..

Jean-Philippe : Est-ce que l’émission est terminée, Kayla? Je pense que c’est terminé.

Mention de contribution à la production

Co-produit, animé et édité par :

Jean-Philippe Veilleux – Auteur en résidence, Labo d’Innovation, ISDE et
Kayla Schultz – Agente de communications, Labo d’Innovation, ISDE

Directrice exécutive :

Chrystia Chudczak – Directrice exécutive, Labo d’Innovation, ISDE

Invités :

Ellen Creighton - Sous-commissaire adjointe; Bureau de la concurrence Canada, ISDE
Erik Sherwood – Directeur de la conception; Services de conception et de fabrication, Conseil national de recherches
Jason Dunkerley – Analyste subalterne; Secteur de la gestion intégrée, ISDE

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