Rapport des Tables de stratégies économiques du Canada : Secteur Agroalimentaire

De : Innovation, Sciences et Développement économique Canada

Le secteur agroalimentaire canadien se compose d'un large éventail d'activités industrielles, qu'il s'agisse d'agriculture de première ligne ou de l'aquaculture, de la transformation des aliments, des produits de la mer ou des boissons. Nos producteurs, nos transformateurs et nos partenaires de la chaîne de valeur sont des gens passionnés qui ont permis de conférer au Canada une réputation mondiale en tant que fournisseur de produits sûrs et de grande qualité. La population mondiale doit atteindre le chiffre de 10 milliards en 2050, ce qui générera de vastes possibilités d'approvisionner la demande mondiale de protéines. Le Canada pourra tirer profit de ces débouchés, mais la tâche ne sera pas facile. Le secteur est en butte à d'intenses contraintes de la concurrence sur les marchés mondiaux et national, ce qui signifie que nous avons besoin de mettre à contribution l'excellence canadienne en innovation, et nous doter d'un régime réglementaire et d'infrastructures favorables qui nous aideront à nous classer comme un fournisseur de prédilection sur les marchés à grande valeur.

Vision

D'ici 2025, le Canada sera l'un des cinq chefs de file mondiaux dans le secteur agroalimentaire, et sera reconnu comme le fournisseur de produits alimentaires de grande qualité le plus fiable et le plus concurrentiel qui soit, en plus d'être un innovateur en matière de produits à valeur ajoutée offerts aux consommateurs du monde entier. Nous disposerons d'une chaîne d'approvisionnement numérisée et axée sur la technologie qui nous démarquera en tant que principal fournisseur mondial de protéines.

Le Canada doit saisir les possibilités de valorisation des produits agricoles, y compris les possibilités de transformation au pays, les utilisations finales novatrices pour ses produits agroalimentaires, la fabrication de coproduits et la transformation des déchets en sources de revenus

Murad Al-Katib, Président, Table de stratégies économiques
sur le secteur agroalimentaire

Objectifs

140 milliards de dollars de ventes nationales d'ici 2025, soit une augmentation par rapport à 110 milliards dollars en 2017

85 milliards de dollars d'exportations d'ici 2025, soit une augmentation par rapport à 64,6 milliards de dollars en 2017

En février 2017, le Conseil consultatif en matière de croissance économique du ministre des Finances a désigné le secteur agroalimentaire comme étant énormément susceptible d'être un catalyseur de croissance économique pour tout le pays. Dans le budget 2017, le gouvernement a posé un défi au secteur, lui ayant fixé un objectif en matière d'exportations de 75 milliards de dollars à atteindre d'ici 2025.

Après avoir évalué les tendances mondiales et nationales et les possibilités de croissance, la Table sectorielle agroalimentaire a établi un objectif plus ambitieux de 85 milliards de dollars d'exportations agricoles, agroalimentaires et en poissons et fruits de mer d'ici 2025 (soit une augmentation de 32 % par rapport à la valeur des exportations de 2017, qui s'établissait à 64,6 milliards de dollars). En reconnaissant l'importance du marché canadien, nous avons décidé qu'il était tout aussi important de fixer un objectif pour les ventes nationales de produits agricoles et alimentaires, que nous avons établi à 140 milliards de dollars d'ici 2025 (soit une augmentation de 27 % par rapport à celles de 2017, qui se chiffraient à 110 milliards de dollars). Ces objectifs de croissance feront du Canada un chef de file mondial sur les marchés à valeur ajoutée et permettront de récupérer les débouchés nationaux que nous possédions auparavant. L'atteinte de ces objectifs exigera de notre part des gestes audacieux en matière de réglementation, d'infrastructure et de préparation du marché, le tout soutenu par l'innovation et une main-d'œuvre qualifiée et compétente pour le futur.

Figure 1: Exportations en agriculture, agroalimentaire et des produits de la mer, 2005-2025

Exportations en agriculture, agroalimentaire et des produits de la mer, 2005-2025
Description de la figure 1

Ce graphique linéaire montre les exportations historiques et projetées (en dollars) en agriculture, en agroalimentaire et des produits de la mer. L’axe vertical est celui des montants en « milliards de dollars » et va de 0 à 90. L'axe horizontal est celui des années, qui s’échelonnent de 2005 à 2025.

Il y a deux lignes sur le graphique.

La ligne verte en trait continu montre la croissance historique des exportations en agriculture, en agroalimentaire et des produits de la mer, qui sont passées de près de 30 milliards de dollars en 2005 à 64,6 milliards en 2017.

De l’extrémité de cette ligne verte part une ligne jaune pointillée qui représente l’objectif de croissance du secteur, basé un taux de croissance annuel de 3,5 %. Elle passe de 64,6 milliards de dollars en 2017 à 85 milliards en 2025 et se relie à une icône en forme de cible dans le coin supérieur droit du graphique.

Figure 2: Ventes nationales en agriculture et en transformation alimentaire, 2005-2025

Ventes nationales en agriculture et en transformation alimentaire, 2005-2025
Description de la figure 2

Ce graphique linéaire montre les ventes nationales historiques et projetées (en dollars) en agriculture et en transformation alimentaire. L’axe vertical est celui des montants en « milliards de dollars » et va de 0 à 140. L'axe horizontal est celui des années, qui s’échelonnent de 2005 à 2025.

Il y a deux lignes sur le graphique.

La ligne verte en trait continu montre la croissance historique des ventes nationales en agriculture et en transformation alimentaire, qui sont passées de près de 80 milliards de dollars en 2005 à 110 milliards en 2017.

De l’extrémité de cette ligne verte part une ligne jaune pointillée qui représente l’objectif de croissance du secteur, basé un taux de croissance annuel de 3,1 %. Elle passe de 110 milliards de dollars en 2017 à 140 milliards en 2025 et se relie à une icône en forme de cible dans le coin supérieur droit du graphique.

Obstacles à surmonter

Plusieurs obstacles de taille nous empêchent d'atteindre nos objectifs. Il nous faut surmonter les difficultés qui suivent pour pouvoir réaliser nos ambitions :

Potentiel à réaliser

Pour que le secteur canadien de l'agroalimentaire connaisse le succès, il faut :

Mesures proposées

Selon la recherche, les pratiques exemplaires observées partout dans le monde et les commentaires formulés aux rencontres des tables sectorielles, nous proposons les cinq domaines d'intervention clés que voici où renforcer le secteur agroalimentaire canadien :

Figure 3: Les cinq domaines d'intervention clés que voici où renforcer le secteur agroalimentaire canadien

les cinq domaines d'intervention clés que voici où renforcer le secteur agroalimentaire canadien
Description de la figure 3

Ce graphique montre cinq hexagones présentés côte à côte sur une seule ligne horizontale. À l'intérieur de chaque hexagone se trouve une icône représentant l'une des six propositions de la Table stratégique destinées à renforcer le secteur agroalimentaire canadien. Un résumé de chacune des propositions figure au-dessus ou au-dessous des hexagones.

Un cadre réglementaire souple qui fait la promotion de la compétitivité du secteur agroalimentaire et évolue en parallèle avec le commerce.

Édifier un réseau de transport et une infrastructure de TI à la fine pointe de la technologie.

Développement et diversification des marchés agroalimentaires du Canada.

Investir dans l'innovation et stimuler la compétitivité par l'automatisation et la numérisation accrues.

Encourager la formation d'une main-d'œuvre diversifiée qui offre les bonnes compétences pour aider le secteur à réaliser son plein potentiel.

La compétitivité du secteur agroalimentaire canadien est contrecarrée par le dilemme dit « de la tonne de plumes », où des centaines de dispositions réglementaires, initialement bien fondées et qui ne portaient aucunement ombrage en sont venues à miner dorénavant notre rendement, notre productivité et notre croissance.

Proposition

Un cadre réglementaire souple qui fait la promotion de la compétitivité du secteur agroalimentaire et évolue en parallèle avec le commerce

L'importance de cet enjeu

Le cadre réglementaire canadien offre aux Canadiens et à nos partenaires commerciaux une assurance de qualité et de sécurité reconnue partout dans le monde. Certes, les balises réglementaires sont un aspect incontournable des activités de production, de transformation et de vente des produits alimentaires et elles sont essentielles à la protection des consommateurs, des producteurs et d'autres acteurs de la chaîne de valeur. Malheureusement, le régime réglementaire canadien nuit de plus en plus à la capacité de l'industrie et exerce des contraintes sur les pratiques et les produits qui innovent, les approbations tardent à venir et la coordination entre les ministères et les ordres de gouvernement fait défaut. Fait encore plus important, il n'y a aucun organisme central chargé d'examiner les incidences cumulatives de la réglementation issue de plusieurs ministères sur la compétitivité du secteur.

Et pour rendre la situation encore plus difficile, la modification de la réglementation au Canada, même celle dont les organismes disent qu'elle est redondante, fait intervenir généralement un processus technique long et fastidieux qui mobilise énormément de ressources. Le cadre réglementaire du Canada doit évoluer au même rythme que celui du commerce.

Figure 4: Classement à l'indice de compétitivité mondiale (poids de la réglementation gouvernementale) des pays de l'OCDE

Classement à l'indice de compétitivité mondiale (poids de la réglementation gouvernementale) des pays de l'OCDE
Description de la figure 4

Ce graphique à barres montre le classement à l’indice de compétitivité mondiale des pays de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) en ce qui a trait au poids de la réglementation gouvernementale.

L’axe vertical indique la « note » et va de 0 à 7. (Plus la note est élevée, moins les entreprises ont de la difficulté à se conformer aux exigences gouvernementales.) Sur l’axe horizontal sont énumérés les noms des 36 pays de l’OCDE. Ils sont présentés selon leur rang au classement, la Suisse figurant au 1er rang à gauche, et l’Italie au 36e rang à droite.

La note de chaque pays est indiquée par une barre verticale verte, à l'exception du Canada, qui est représenté par une barre rouge. Plus la note est élevée, plus la barre est haute. Le Canada se classe au 14e rang parmi les pays de l’OCDE.

Le Canada doit livrer une vive concurrence à d'autres pays, dont bon nombre disposent d'un cadre réglementaire plus souple. Si nous voulons réaliser notre vision et atteindre nos objectifs de croissance, il est impératif que nous nous dotions d'un régime réglementaire qui fonctionne en harmonie avec les stratégies de croissance de l'industrie et soutient le caractère concurrentiel du secteur.

Ce que nous recommandons

Le gouvernement du Canada a lancé une réforme réglementaire qui comprend un examen ciblé des exigences réglementaires, visant tout particulièrement les secteurs de l'agroalimentaire et de l'aquaculture. Nous encourageons le gouvernement à profiter de cet examen pour soutenir la compétitivité de l'industrie.

Nous souhaitons notamment :

Transformer fondamentalement les formalités réglementaires pour stimuler la compétitivité du secteur agroalimentaire canadien en réformant le mandat des organismes de réglementation, de façon à y inclure les critères de base que sont l'innovation, la croissance et la compétitivité de l'ensemble du secteur

Étude de cas : tablette de chocolat Kit Kat de Nestlé et farine de blé enrichi

En vertu de la politique canadienne de santé publique, il faut enrichir tous les types de farine à l'aide de l'acide folique et de fer. Par ailleurs, certains de nos principaux partenaires commerciaux (l'UE et l'Australie, notamment) ne l'exigent pas.

Le respect obligatoire de cette disposition réglementaire est problématique pour les activités commerciales de Nestlé Canada dès lors que la société veut s'approvisionner auprès de ses chaînes mondiales d'approvisionnement et se procurer des ingrédients ou lancer au Canada un nouveau produit populaire sur un marché étranger.

Selon le principe voulant que les produits qui contiennent de petites quantités de farine de blé, comme le biscuit au chocolat Kit Kat, ne sont pas un apport important au régime alimentaire d'acide folique et de fer pour les Canadiens, Nestlé Canada souhaiterait être exonéré de cette obligation.

Sans aucun doute, la santé et la sécurité des Canadiens revêtent une grande importance. En outre, notre système de sécurité des aliments jouit d'une réputation mondiale, il fait partie intégrante de notre marque nationale et nous aide à percer les marchés. Par ailleurs, d'aucuns croient souvent qu'une réglementation plus exhaustive débouchera forcément sur de meilleurs résultats en matière de santé et de sécurité. À vrai dire, nous avons besoin d'une réglementation plus intelligente qui garantira que les risques réels font l'objet de mesures d'atténuation qui entraînent des coûts économiques minimes. Il faudrait donc moderniser le mandat des organismes de réglementation du Canada de manière à refléter cette dynamique, ce qui comprend également l'effet cumulatif de la réglementation sur la compétitivité, qui reposerait sur les principes de la confiance des investisseurs, des résultats et de la prise en considération de toute la gamme d'outils réglementaires et non réglementaires à la disposition de ces organismes. Au cours de nos rencontres aux tables sectorielles, les participants ont été unanimes à dire que les principaux ingrédients du succès de cette initiative comprenaient la nécessité pour les organismes de réglementation de travailler de manière plus efficace et de réaliser des consultations plus tôt et à intervalles plus fréquents pour bien prendre en compte de toutes les contraintes en matière de compétitivité avec lesquelles les entités réglementées doivent composer, tout comme, de manière plus générale, l'ensemble du secteur.

Établir un comité permanent indépendant qui regrouperait des experts de l'industrie et qui aurait comme mandat de conseiller les organismes de réglementation

Ce comité aurait un rôle de définition des contraintes, qui ferait en sorte de circonscrire l'efficacité et de bonifier les possibilités de participation de l'industrie. Il travaillerait aussi de concert avec les organismes de réglementation et examinerait avec eux l'ensemble de la réglementation, des directives techniques et des politiques connexes pour s'assurer que ces dispositions sont nécessaires, pertinentes et efficaces et permettent d'atteindre les objectifs voulus de la manière la plus économique qui soit.

Le comité pourrait de plus circonscrire les incidences indirectes et trouver des moyens de les atténuer ou de les éliminer aussi rapidement que possible et rechercher parallèlement des occasions de rendre les activités réglementaires plus efficaces, au moyen de mesures comme d'autres modalités de prestation des services, des stratégies de respect de la conformité qui reconnaissent l'apport de l'évaluation d'un partenaire commercial important relativement à la sécurité d'un produit, ainsi que l'agrément par un tiers.

Agir immédiatement pour régler certaines difficultés associées à la réglementation et qui nuisent à la compétitivité du secteur agroalimentaire

Une réglementation trop normative et axée sur les formalités empêche les entreprises d'adopter des produits et des systèmes de production innovateurs, de réagir à l'évolution des débouchés de marché et d'accéder aux dernières technologies qu'utilisent nos concurrents. Les organismes de réglementation doivent travailler de pair avec l'industrie, tout comme le comité recommandé ci-dessus, et cibler les occasions d'atteindre nos objectifs fermes de santé et de sécurité au meilleur coût possible, sans que cela ne nuise à l'économie.

Projets pilotes

Il est possible d'utiliser des projets pilotes et des « bacs à sable » réglementaire pour mettre à l'essai l'efficacité de nouvelles technologies, de techniques de production et de systèmes de conformité dans un environnement sûr, tout en illustrant leur efficacité à améliorer la compétitivité du secteur dans des conditions réelles. La table sectorielle recommande le lancement immédiat des projets pilotes que voici :

Les barrières réglementaires courantes

En plus du lancement de projets pilotes, nous recommandons au gouvernement d'agir immédiatement pour s'attaquer aux points de congestion continus dans la mise en application réglementaire qui met à mal la compétitivité du secteur. De nombreuses dispositions réglementaires ont été rédigées dans le contexte de conjonctures de marché autres et avant l'avènement des technologies modernes. À défaut de s'attaquer à ces contraintes qui subsistent, la compétitivité sectorielle s'en ressentira. La table sectorielle a relevé les domaines que voici où il faut agir dans les plus brefs délais :

Cette table sectorielle a dressé une liste de règlements interprovinciaux (voir la section sur l'expansion et la diversification des marchés).

Tracking success

D'ici 2025, le Canada se classera parmi les 10 premiers pays de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) en ce qui concerne la souplesse de la réglementation (pour l'année 2017-2018, le Forum économique mondial classe le Canada au 14 erang parmi les 36 pays de l'OCDE en ce qui a trait à son indice de compétitivité mondiale).

Proposition

Le réseau d'infrastructure canadien sous pression

En 2013-2014, l'inefficacité dans les transports a causé d'énormes retards de livraisons dans les expéditions des grains récoltés au Canada. Ce manque de capacité a entraîné des pertes aux producteurs de tout le Canada évaluées à environ 6,5 milliards de dollars entre 2013 et 2015.Notes de bas de page 1

Au printemps 2018, une résurgence de problèmes dans la chaîne d'approvisionnement en grain a fait en sorte qu'une quantité de grain d'une valeur d'environ 500 millions de dollars a été laissée en dépôt, dans attente de son expédition sur les marchés, encore une fois en raison de l'inefficacité dans les transports, et une partie de cette valeur a été perdue du fait d'occasions de mise en marché perdues, des coûts d'entreposage et des pénalités.

Édifier un réseau des transports et une infrastructure de TI à la fine pointe de la technologie

L'importance de cet enjeu

En appui aux objectifs de croissance de 85 milliards de dollars en matière d'exportations et de 140 milliards de dollars dans les ventes nationales d'ici 2025, le Canada a besoin de se doter d'une infrastructure de transports et de communications résiliente et de grande qualité.

Un réseau de transport axé sur le commerce et qui fonctionne bien est essentiel pour préserver la réputation du Canada comme fournisseur fiable de produits de grande qualité tant auprès des Canadiens que des consommateurs de toutes les régions du monde, et dans la perspective de performance économique à long terme. Les nouveaux traités commerciaux régionaux dans le monde et la croissance démographique en Asie pourraient changer radicalement la nature, la destination et notre mode d'expédition de nos produits à l'avenir. Et pourtant, l'infrastructure canadienne peine déjà à livrer nos produits sur le marché dans les délais de façon constante et il s'ensuit que la planification d'une infrastructure dans le long terme est souvent en butte à des considérations politiques de courte vue. Si nous devons stimuler les ventes nationales et nos exportations, il nous faut faire de l'expansion de notre infrastructure de transport une priorité stratégique nationale.

Les régions rurales au Canada souffrent de façon disproportionnée du manque d'accès au service à large bande. L'absence de service à large bande dans les régions rurales explique en très grande part pourquoi des technologies agricoles précises et d'autres outils numériques n'ont pas fait l'objet d'une adoption aussi large ou de manière aussi exhaustive qu'elles auraient pu l'être et devraient l'être. Même si ces technologies agricoles de précision offrent d'importants avantages en matière de productivité pour l'agriculture primaire, le service à large bande universelle offre dans les faits des possibilités à toutes les entreprises qui œuvrent dans l'ensemble du secteur, y compris les transports, les services consultatifs, la transformation des aliments et des boissons et l'aquaculture. Parmi les avantages futurs de l'expansion du service à large bande dans les régions mal servies, mentionnons la possibilité d'informatiser à plus grande échelle l'industrie avec les technologies de quatrième génération (robotique, Internet des objets (IdO), apprentissage machine, etc.), l'optimisation de la chaîne d'approvisionnement par l'analyse des mégadonnées, des rendements accrus par une application plus précise des intrants agricoles, et l'expansion des débouchés du commerce électronique pour l'ensemble des entreprises.

Les infrastructures jouent un rôle trop important dans l'avenir économique du pays pour être assujetties à des tractations politiques au cours des campagnes électorales tous les quatre ans.

Ce que nous recommandons

Fournir une approche stratégique en matière de planification et de financement des infrastructures, assortie d'un plan d'infrastructure national continu sur 50 ans, qu'élaboreront de concert le gouvernement et l'industrie, et qui comprendra la définition d'objectifs prioritaires pour les projets d'infrastructure visant à désengorger les points de congestion critiques.

Ce plan jouerait un rôle essentiel dans les décisions de planification et de financement dans la durée, en plus d'offrir aux investisseurs et aux utilisateurs de l'industrie une plus grande certitude et une stabilité accrue, en ce qui concerne les priorités en matière d'infrastructure. Le plan d'infrastructure national comprendrait une liste de suivi des besoins d'infrastructure de grande priorité à court, moyen et long terme (pour les 50 prochaines années) et des dépenses privées et publiques anticipées dans les infrastructures. Le plan serait soutenu par des stratégies de portail intermodal qui tiendraient compte des besoins régionaux (corridors commerciaux du Pacifique, de l'Atlantique, de l'Arctique et des États-Unis).

Un comité permanent composé de représentants du gouvernement et de l'industrie élaborera le plan national, ce comité devant relever des ministres fédéral-provinciaux-territoriaux (FPT) des Transports. Le comité siégerait à intervalles périodiques pour aborder des questions d'infrastructure de transport et faire le point en permanence sur le plan d'infrastructure national proposé.

Adopter des systèmes d'infrastructure offrant une capacité numérique et coordonner les données sur le rendement des infrastructures et de la chaîne d'approvisionnement connexe au moyen d'une nouvelle plateforme nationale des transports et de la logistique.

Pour garantir l'avènement d'un système de transport tourné vers l'avenir, il sera primordial d'investir dans les nouvelles technologies qui soutiendront des systèmes d'infrastructure offrant une capacité numérique et qui fonctionneront à partir de données. Les données de ce type de système seraient mises en correspondance avec les données existantes de la plateforme nationale des transports et de la logistique, qui alimenterait ensuite le Plan d'infrastructure national. La plateforme servirait à la collecte, à l'intégration, à l'intégration et à la diffusion de données :

La collecte accrue de données sur les actifs d'infrastructure positionnera de manière plus avantageuse le secteur des transports pour évaluer les modes d'utilisation et les besoins futurs en matière d'infrastructure, y compris les modalités d'intégration des technologies intelligentes et de l'automatisation.

Phase I (2023)

  • Couverture à 95 %
  • Vitesses de téléchargement en aval de 50 Mbps
  • et de 10 Mbps en amont

Phase II (2025)

  • Couverture complète
  • vitesses de téléchargement en aval de 100 Mbps
  • et en amont de 50 Mbps

Susciter des résultats probants rapidement du Plan d'infrastructure national et agir sans tarder pour remédier aux principaux points de congestion, en prenant en compte des solutions de financement innovatrices pour les projets importants.

Plusieurs programmes de financement des infrastructures ont été annoncés, mais il subsiste toujours un certain nombre de points de congestion critiques qu'a relevés l'industrie (voir la carte sur la page suivante). La table sectorielle de l'agroalimentaire demande que dans l'élaboration du Plan d'infrastructure national, il soit très tôt pris en compte des projets qui se traduiront par des débouchés économiques immédiats et marqueront l'engagement du comité permanent des représentants du gouvernement et de l'industrie responsable du Plan envers le soutien au secteur pour l'aider à atteindre ses objectifs de croissance. Les résultats probants rapides pourraient comprendre les éléments que voici :

De plus, pour mettre à contribution le financement public et privé, il y aurait lieu d'explorer la possibilité d'utiliser des mécanismes de financement comme la Banque de l'infrastructure du Canada. Les investisseurs institutionnels et les gestionnaires de fonds de pension pourraient être susceptibles d'attirer et de mettre à profit des investissements privés dans l'infrastructure des transports.

En 2017, le Canada se classait au 30e rang des 36 pays de l'OCDE pour l'abonnement à un service de large bande

Permettre la pleine participation au virage numérique par une couverture à large bande complète offerte dans toutes les régions du Canada d'ici 2025 – assortie de données illimitées et de vitesses de téléchargement en aval de 100 Mbps/et de téléchargement en amont de 50 Mbps.

Nous recommandons au gouvernement qu'il affecte un financement soutenu au panier de technologies pertinentes, de manière à garantir une couverture à large bande complète. Le branchement des régions rurales et isolées les plus difficiles à joindre exigera la mise en place d'un éventail de technologies. Nous soutenons fermement l'engagement formulé dans le budget de 2018 à l'égard des communications par satellites à orbite basse terrestre (LEO), en soi une excellente occasion d'offrir un service Internet fiable aux régions rurales du Canada et de donner suite à la demande de la Table des industries numériques pour que le Canada devienne un chef de file dans l'élaboration et l'adoption de cette technologie. Les satellites LEO sont une option économique pour élargir à faible temps d'attente le service à large bande par satellite dans les régions faiblement peuplées où la fibre optique n'est peut-être pas une solution envisageable. Le partenariat et le financement de sources diverses seront essentiels pour atteindre ces objectifs, tout particulièrement en ce qui concerne la phase II.

Mesurer le succès

Figure 5: Exemples de points de congestion et de vulnérabilités dans les transports

Exemples de points de congestion et de vulnérabilités dans les transports
Description de la figure 5

Ouest canadien

  1. Canyon du Fraser (vulnérabilités du réseau ferroviaire)
    • L'accès par train à la vallée du bas Fraser est exposé aux intempéries, ce qui peut nuire de manière appréciable aux exportations et aux importations de marchandises par le port de Vancouver.
    • Un tronçon de 10 kilomètres de voie ferrée entre Ashcroft et Basque est exposé à l'instabilité du sol, car on y dénombre plus de 20 glissements de terrain, dont six sont encore très actifs. Certains de ces glissements surviennent à une vitesse de plus de 100 millimètres par année.
  2. Vallée du bas Fraser (vulnérabilités de la voie ferrée, de la route et des voies navigables)
    • Des activités ferroviaires complexes (correspondances, coproduction) à Vancouver, et des volumes de fret importants d'une grande variété de marchandises rendent difficile l'accès au terminal des rives nord et sud du port de Vancouver et ajoutent un élément de complexité aux chaînes d'approvisionnement.
    • La fluidité du réseau est par ailleurs encore plus réduite par la nécessité d'élever le pont ferroviaire à bascule Second Narrows à intervalles réguliers pour les navires de passage, qui ont droit de priorité sur les convois ferroviaires.
    • Le pont ferroviaire de New Westminster a 100 ans et il s'agit d'un pont tournant à simple voie qui est le principal lien qui relie la rive Nord du port de Vancouver..
    • La congestion routière accrue, la disponibilité et le coût des terrains industriels, le factage et son incidence sur la stabilité de la main-d'œuvre et le manque de soutien aux activités portuaires sont autant de contraintes qui s'exercent sur l'ensemble de ce portail d'entrée.
  3. Camionnage, congestion routière et les Rocheuses
    • Les contraintes sur la capacité routière sont les plus fortes dans les régions de Vancouver, de Calgary et d'Edmonton et les environs, ainsi que sur la route Transcanadienne à travers les Rocheuses.
    • Environ la moitié des conteneurs d'exportation et d'importation qui transitent par les installations portuaires de Vancouver sont des conteneurs transportés par camions.
    • Le coût du factage intermodal par camion a augmenté au cours des dernières années. La congestion dans la vallée du bas Fraser a des incidences sur la productivité du système de déchargement sur les quais qui sous-tend l'exploitation de cette porte d'entrée, ce qui par voie de conséquence a un effet direct sur les coûts de factage.
    • Les convois ferroviaires traversent un territoire où les voies ont une très forte pente et qui est sujet à des avalanches fréquentes dans les Rocheuses.

Canada central

  1. Corridor Québec-Windsor et passages frontaliers
    • La production de biens qui sollicite beaucoup les services de transport se concentre dans ce corridor.
    • La congestion de la circulation très dense est causée par un fort volume de gens qui se déplacent soir et matin sur les artères des régions métropolitaines de Toronto et de Montréal.
    • En règle générale, les camionneurs qui souhaitent respecter leurs délais de livraison doivent prévoir 50 % de temps de déplacement de plus pour traverser Toronto.
    • À moyen terme, la circulation transfrontalière ne devrait pas nécessiter de capacité supplémentaire pour les passages transfrontaliers, car la circulation transfrontalière a enregistré un net recul depuis la période de pointe en 2001.
  2. Voie maritime et capacité portuaire en Ontario
    • Les écluses et les canaux de la Voie maritime du Saint-Laurent ne fonctionnent qu'à 50 % de leur capacité.
    • En ce qui concerne le fret chargé, le port de Hamilton est le plus important de l'Ontario. Il a été estimé que les marchandises qui y transitent se traduiraient par des activités économiques d'une valeur de 6 milliards de dollars. Initialement, ce port recevait principalement du minerai de fer destiné à l'industrie sidérurgique, mais il reçoit maintenant une gamme de marchandises variée, dont notamment une nette augmentation de marchandises agricoles.
    • Le port de Thunder Bay est le terminal de l'Ouest canadien de la Voie maritime du Saint-Laurent. Il sert principalement de point d'accès aux marchés européens pour les producteurs de grains de l'Ouest du Canada et il peut jouer un rôle de première importance en période de congestion du port sur la côte Ouest.
  3. Liens du premier et du dernier kilomètre : une contrainte de taille pour l'expédition et la réception de marchandises en période de congestion dans une grande région métropolitaine
    • Pour la livraison locale des marchandises, l'industrie dépend fortement des terminaux intermodaux et des centres de distribution dans la région de Peel à l'ouest de Toronto et des environs de Longueuil au sud de Montréal.
    • Pour se rendre à ces endroits, il y a une intense circulation de camions, qui doivent composer avec de graves problèmes de livraison par le réseau de petites rues congestionnées dans ces grands centres urbains.
  4. Capacité du port – Terminaux intermodaux de conteneurs au port de Montréal
    • À l'heure actuelle, il y a des problèmes de congestion du camionnage et dans le port..
    • À compter de 2015, l'aménagement du secteur Viau et la conversion d'un entrepôt en terminal de conteneurs portera la capacité total du terminal Viau à 600 000 unités équivalents à vingt pieds (EVP) au début des années 2020. D'autres projets d'expansion aux terminaux Cast et Racine ajouteront 250 000 EVP supplémentaires au cours des cinq prochaines années.
    • Le volume de conteneurs ferroviaires à la gare Taschereau du CN et à la gare Lachine du CP dans la région de Montréal a augmenté de 10 % en 2017 par rapport en 2016, et de 9 % par rapport à la moyenne au cours des trois dernières années, pour ce qui est du nombre de conteneurs en transit.

Canada atlantique

  1. Isthme de Chignecto – Vulnérabilité
    • Une bande de terre étroite de 23 kilomètres qui relie la Nouvelle Écosse au Nouveau-Brunswick et au reste du pays. Cette basse terre est exposée à la montée du niveau de la mer environnante et aux crues pluviales, car la route Transcanadienne, la voie ferrée principale du CN et les lignes de transport d'électricité interprovinciales longent toutes les approches de la digue sud qui protège l'isthme contre les eaux de la baie de Fundy. Ce corridor sert au transport de quelque 50 million$ de marchandises par jour, le volume de circulation moyen quotidien atteignant plus de 14 000 véhicules, dont 2 400 camions (2015).
  2. Élargissement à quatre voies de la route 185/autoroute 85
    • La route 185 au Québec est la seule portion de la route Transcanadienne entre Halifax et Windsor qui n'a pas fait l'objet d'un élargissement à quatre voies. Depuis 2002, le ministère des Transports du Québec travaille à l'élargissement à quatre voies de cette route. La phase I (21 kilomètres) a été réalisée en 2011; la phase II (33 kilomètres) a pris fin en 2015; un financement fédéral a été annoncé en 2015 pour la phase III (40 kilomètres). Les travaux d'élargissement devraient prendre fin en 2025.

Proposition

Développer et diversifier les marchés agroalimentaires du Canada

L'importance de cet enjeu

Le maintien et l'expansion de la compétitivité sur les marchés nationaux et internationaux sont essentiels pour la croissance du secteur. Pour atteindre nos objectifs de croissance, nous devons élaborer de stratégies limpides et bien inspirées pour savoir où aller exercer nos activités et comment remporter la mise sur des marchés géographiques importants et pour divers produits.

Optimiser notre potentiel de croissance

Pour atteindre nos objectifs de croissance, tous les secteurs doivent réaliser leur plein potentiel. Et pourtant, ce n'est pas toujours le cas. Un cas d'espèce illustre bien cette situation : soit le secteur canadien de l'aquaculture, qui aurait la possibilité de pratiquement doubler sa production et la faire passer de 200 565 tonnes en 2016 à 381 900 tonnes en 2028 pour satisfaire à la demande croissanteNotes de bas de page 2.

Avant d'atteindre cet objectif de croissance, il y a toutefois des obstacles :

  • Au gouvernement fédéral, il n'y a pas d'efforts soutenus et ciblés de développement économique dans ce secteur;
  • Les exigences de permis ne favorisent pas l'adoption de stratégies de croissance à long terme;
  • Les entreprises canadiennes n'ont pas un accès aussi rapide aux produits de santé animale, comparativement à leurs compétiteurs d'autres pays.

Le travail auprès du public et des collectivités autochtones est essentiel à l'établissement de la confiance et l'entérinement de la croissance durable du secteur.

Plus de la moitié de la production agricole et des produits de la mer du Canada est exportée. Il s'ensuit que la compétitivité du secteur dépend du maintien et de l'amélioration de l'accès aux marchés internationaux importants. Notre rendement optimal sur chaque marché exigera une stratégie ciblée, plutôt qu'une approche généraliste.

Pour livrer concurrence à l'échelle mondiale, le secteur canadien doit avoir les coudées franches. Le Canada fait partie de divers organismes internationaux de normalisation (OIN) et joue un rôle important dans l'élaboration de normes, d'orientations et de recommandations à l'échelle mondiale qui sont essentielles à la facilitation des échanges commerciaux. L'intégrité et l'équité constantes des règles internationales qui régissent le commerce mondial sont des outils qui nous permettent d'atteindre nos objectifs de croissance.

Par ailleurs, les entreprises canadiennes produisent une grande quantité des nombreux genres d'aliments qu'apprécient les consommateurs canadiens et 110 milliards de dollars de produits alimentaires ont été vendus au Canada en 2017. Le marché national s'est développé à un rythme plus rapide que la part qu'y occupent les entreprises canadiennes, ce qui s'est traduit par autant d'occasions ratées. Ainsi, l'an dernier, les importations ont accaparé près de 30 % du marché des aliments transformés, alors qu'elles étaient de 22 % dix années auparavant. Puisque les importations prennent la place des produits canadiens de grande qualité sur les étagères du supermarché au pays, le secteur canadien de l'agriculture et de l'agroalimentaire doit se retrousser les manches et redoubler d'efforts.

Du reste, même si des obstacles se dressent sur les marchés étrangers, il y a aussi des contraintes au pays. Les entreprises canadiennes font souvent valoir qu'il est plus facile de faire des affaires à l'étranger qu'au Canada. Les gouvernements du Canada et des provinces ont de nombreuses règles et réglementations qui ont des conséquences initialement non voulues, notamment de causer du tort à la libre circulation des biens au Canada, de susciter des coûts additionnels, de rendre les règles du jeu inéquitables et d'empêcher les entreprises de croître au Canada. Tandis que le Canada s'efforce de livrer concurrence à de puissants acteurs du marché agroalimentaire issus de pays à la population plus nombreuse, aux coûts de production plus bas, et aux saisons de culture plus longues, nous ne pouvons tout simplement pas nous permettre de diviser le pays en territoires distincts qui nuisent à la croissance de nos entreprises et à la libre circulation des biens et services.

Même si la table sectorielle de l'agroalimentaire reconnaît foncièrement la nécessité de livrer concurrence en misant sur les prix, nous devons également nous efforcer de nous démarquer et de différencier notre offre, de mettre de l'avant ce qui nous rend uniques. De plus en plus, les Canadiens décident d'acheter et de soutenir des produits fabriqués au Canada. Pour que les producteurs accèdent à ce marché important et soient en mesure de vanter l'avantage d'acheter canadien, les consommateurs doivent pouvoir identifier facilement les aliments canadiens. À l'étranger, les consommateurs recherchent également des produits alimentaires de grande qualité, alliant sécurité et innovation. En ce sens, le Canada devrait chercher à devenir un fournisseur de choix selon tous ces critères.

Enfin, si le Canada entend livrer concurrence à ses compétiteurs internationaux, il aura besoin d'entreprises qui ont la capacité d'aller affronter les géants sur les marchés mondiaux. Il faut adopter une stratégie ambitieuse qui garantira que nos entreprises les plus prometteuses à cet égard disposent du soutien voulu pour croître et devenir des entreprises de premier rang de calibre mondial.

Ce que nous recommandons

Formuler une approche stratégique et coordonnée pour pénétrer des marchés importants par l'élaboration de stratégies de mise en marché prioritaires au Canada et sur les principaux marchés d'exportation

Nous recommandons la mise sur pied d'un Conseil consultatif sur le marché agroalimentaire composé de chefs d'entreprise qui travaillerait de concert avec les gouvernements FPT. Ce conseil aurait pour mandat d'élaborer et de mettre en place des stratégies qui indiqueraient où exercer nos activités et comment réussir à pénétrer des marchés importants, en particulier au Canada, en Amérique du Nord, en Europe et en Asie. Les stratégies se fonderaient sur une étude de marché et les futures possibilités de croissance et la capacité de la chaîne d'approvisionnement au Canada.

Faire la promotion d'un commerce ouvert et régi par des règles communes en faisant preuve d'un solide leadership international

Les normes internationales comme celles élaborées par le Codex Alimentarius sont un volet important d'un système de commerce international fondé sur des règles. Le gouvernement du Canada devrait affecter d'autres ressources aux OIN pour l'élaboration de normes internationales fondées sur la science, ainsi qu'aux organismes et aux ministères canadiens, de manière à leur permettre de bonifier leur participation aux travaux des OIN. Le gouvernement devrait continuer de s'efforcer de régler les barrières non tarifaires par la négociation de certains dossiers dans des domaines qui comprennent les obstacles techniques au commerce, ainsi que les mesures sanitaires et phytosanitaires en vertu d'accords commerciaux bilatéraux et multilatéraux. Ces règles rigoureuses devraient reposer sur des engagements bien établis et en vigueur sous l'égide de l'Organisation mondiale du commerce.

Le gouvernement et l'industrie doivent continuer de collaborer et de cibler les mesures qui peuvent causer un grave tort aux exportations alimentaires du Canada, en particulier les mesures susceptibles d'aller à l'encontre de nos obligations commerciales. Il faudrait aborder ces mesures par tous les canaux disponibles, y compris en vertu d'un processus officiel de règlement des différends, le cas échéant.

Éliminer les barrières commerciales existant au Canada par la modification de l'Accord de libre-échange canadien et la libéralisation des échanges visant les produits alimentaires entre les provinces et les territoires d'ici 2020

En vertu de l'Accord de libreéchange canadien (ALEC) entré en vigueur le 1er juillet 2017, les gouvernements FPT sont tenus de réduire et d'éliminer les obstacles qui nuisent à la libre circulation des biens, des services, des investissements et des personnes au Canada. Une Table de conciliation et de coopération en matière de réglementation (TCCR) composée de hauts fonctionnaires gouvernementaux a été créée pour superviser le travail sur l'élimination des obstacles et l'élaboration de mesures réglementaires communes concernant les problèmes émergents.

L'élimination des obstacles au commerce interprovincial aide les entreprises canadiennes à accaparer une plus grande part du marché national, qui est en soi un important marché. L'élimination des obstacles à la croissance à l'intérieur de nos frontières permettra également à un plus grand nombre d'entreprises d'accroître leur production, de passer au niveau supérieur et de prendre plus solidement pied sur les marchés internationaux.

À titre de première mesure, les gouvernements FPT devraient porter leur attention chaque année sur l'élimination des trois ou quatre principaux obstacles au commerce interprovincial. Nous souhaiterions mettre l'accent sur les domaines prioritaires ci-dessous où il y aurait lieu d'agir sans tarder.

Le Canada a de la difficulté à livrer concurrence dans les grandes ligues

Comparativement aux plus petites entreprises, les grandes entreprises (plus de 500 employés) investissent généralement davantage en R-D, dans l'adoption de technologies et les exportations.

  • Parmi nos 11 499 établissements de transformation des aliments et des boissons, 94,4 % sont de petites exploitations comptant moins de 99 employés
  • À peine 0,4 % des entreprises agroalimentaires canadiennes sont des grandes entreprises.
  • Seulement quatre entreprises canadiennes de produits de la mer figurent parmi les 150 entreprises en peloton de tête au niveau mondial, pour ce qui est du chiffre d'affaires et aucune de celles-ci ne se classe parmi les dix premièresNotes de bas de page 3.

Les entreprises canadiennes doivent avoir accès aux mêmes règles du jeu pour livrer concurrence. Le gouvernement déroule le tapis rouge pour attirer les investissements de sociétés étrangères, mais les entreprises canadiennes qui créent autant d'emplois et de la croissance économique n'ont pas droit au même genre de soutien.

Rehausser le profil des produits agroalimentaires canadiens et faire la promotion d'une marque réputée et coordonnée

À l'heure actuelle, les projets FPT de développement des marchés ne sont pas uniformes et ne soutiennent pas la promotion d'une marque canadienne unifiée. Le Canada doit se doter d'une marque promue de façon uniforme et qui conférera aux produits alimentaires canadiens un atout concurrentiel indéniable, en plus de rendre les produits canadiens plus « visibles » auprès des consommateurs canadiens et de l'étranger. Les gouvernements FPT devraient collaborer avec le Conseil consultatif sur les marches agroalimentaires et établir une approche concertée qui renforcera la place qu'occupe le Canada sur les principaux marchés. Cela doit comprendre le renforcement de la présence en ligne du secteur sur les marchés en croissance et une solide présence sur le terrain pour optimiser l'influence du secteur sur les consommateurs, chez les grossistes, les distributeurs et les promoteurs de tendances alimentaires et de modes de vie.

Par ailleurs, les désignations « Produit du Canada » et « Fabriqué au Canada » sont perçues comme trop restrictives pour être d'une quelconque utilité. Il s'ensuit que les entreprises utilisent généralement une appellation provinciale au lieu d'adopter une approche nationale. Pour aider les consommateurs à identifier plus rapidement un produit canadien partout au pays, il y aurait lieu de revoir les exigences de l'appellation Produit du Canada et Fabriqué au Canada, en collaboration avec l'industrie et les provinces.

Créer une approche stratégique « À nous le podium » pour aider les entreprises agroalimentaires canadiennes les plus prometteuses et les plus innovatrices, afin de les aider à devenir des chefs de file au niveau mondial

Les entreprises agroalimentaires canadiennes ne sont pas exonérées des difficultés inhérentes à la croissance audelà des frontières canadiennes, pour passer aux ligues majeures et devenir des chefs de file au niveau mondial. Nous devons soutenir les entreprises agroalimentaires prometteuses et faire en sorte qu'elles deviennent des acteurs de premier plan à l'échelle mondiale et des entreprises clés à l'échelle mondiale qui aideront le secteur tout entier à croître. Nous devons cependant adopter une nouvelle approche qui nous permettra de combler cette « lacune de croissance ». Nous soutenons à ce titre l'initiative « À nous le podium » comme moyen de cibler les efforts sur des entreprises très prometteuses qui affichent une feuille de route éloquente et des perspectives de succès qui ne se démentent pas.

Mesurer le succès

D'ici 2025, le Canada aura 85 milliards de dollars d'exportations et 140 milliards de dollars en ventes nationales.

L'innovation est beaucoup plus qu'une simple possibilité : c'est une démarche délibérée que nous intégrons dans toutes les facettes des activités d'une entreprise.

Proposition

Investir dans l'innovation et renforcer la compétitivité par l'automatisation et la numérisation accrues

Figure 6: L'investissement dans les machines et le matériel pour la production d'aliments par rapport au pourcentage du chiffre d'affaires est sur le déclin, et il est passé de 2,3 % en 1998 à 1,2 % en 2016.

L'investissement dans les machines et le matériel pour la production d'aliments par rapport au pourcentage du chiffre d'affaires est sur le déclin, et il est passé de 2,3 % en 1998 à 1,2 % en 2016.
Description de la figure 6

Ce graphique linéaire montre l’investissement du secteur de la fabrication de produits alimentaires dans les machines et le matériel pour la production d’aliments par rapport au pourcentage du chiffre d’affaires. L’axe vertical est celui des pourcentages, qui vont de 0,0 % à 2,5 %. L’axe horizontal est celui des années, qui vont de 1992 à 2016.

Il y a deux lignes sur le graphique.

Une ligne verte en trait continu permet de suivre la fluctuation d’une année à l’autre de l’investissement, qui part de 2,1 % en 1992 pour atteindre un sommet de 2,3 % en 1998, pour ensuite redescendre et remonter à plusieurs reprises pour atteindre 1,2 % en 2016.

Une ligne grise pointillée indique la tendance générale à la baisse de l’investissement, formant une ligne droite qui va de 2,1 % en 1992 à 1,2 % en 2016.

L'importance de cet enjeu

Pour atteindre ses objectifs de croissance, le Canada doit accroître les investissements et l'adoption de technologies. Depuis 2008, les dépenses du secteur agroalimentaire canadien en R-D, exprimées en pourcentage du chiffre d'affaires, a reculé de 24 % et sont à la traîne derrière d'autres pays (les É.-U. et la France consacrent chacun 0,6 % de leurs ventes aux dépenses en R-D, alors que le Canada n'y consacre que 0,2 %). De même, les investissements dans les machines et le matériel enregistrent un recul continu depuis plusieurs années. De plus, les É.-U. ont récemment adopté une mesure fiscale de déduction des coûts d'immobilisations qui permet aux entreprises de déduire le coût des actifs amortissables en un an, plutôt que de l'amortir sur plusieurs années, ce qui a refroidi d'autant l'intérêt des chefs d'entreprises canadiennes et internationales à réaliser leurs prochains investissements nord-américains au Canada.

Les investissements canadiens relativement faibles dans l'innovation de la transformation alimentaire sont fragmentés et répartis entre plusieurs universités, centres de technologie alimentaire, centres de recherche et centres d'incubation qui collaborent ensemble au plan local et disposent d'une capacité limitée (en matière de personnel ou d'infrastructure) pour la mise au point de technologies perfectionnées destinées à l'industrie, la commercialisation de nouveaux produits à une échelle importante ou le soutien aux entreprises de toute taille pour qu'elles accèdent aux marchés nationaux et internationaux.

Les entreprises agroalimentaires adoptent des technologies numériques qui occasionnent la collecte de grandes quantités de données. Ces données sont recueillies puis stockées dans différents formats et sur des plateformes variées. Cette absence de compatibilité empêche l'utilisation de plateformes de données ouvertes et partagées qui offrent de l'information importante et facilitent l'émergence d'autres innovations.

Mesurer le succès

Encourager les investissements et l'adoption de technologies par des projets d'importances, y compris la déduction accélérée des coûts d'immobilisations pour les machines, le matériel et les outils d'automatisation numérique.

Nous recommandons au gouvernement du Canada qu'il introduise une déduction pour amortissements accélérée (DPAA) dans le but de soutenir l'adoption accélérée de machines, de matériel et d'outils d'automatisation numérique. Ce type de mesure fiscale permettrait aux entreprises de récupérer plus rapidement les coûts d'investissement, améliorerait les flux de trésorerie et les taux de rendement sur l'investissement, en plus d'abaisser les risques d'investissement.

Nous proposons d'offrir cette DPAA sur une période de longue durée de manière à stimuler la compétitivité de notre fiscalité et de conférer aux entreprises un certain degré de certitude aux fins de la planification, surtout dans le contexte de projets de plus grande complexité et envergure qui nécessitent un investissement échelonné sur plusieurs années. Pour optimiser les retombées dans l'industrie, la DPAA devrait par ailleurs permettre au bout d'une année la radiation dans le bilan des actifs de machines et de matériel.

Combler la demande des consommateurs qui évolue à l'égard de produits qui innovent et favoriser l'expansion, les projets pilotes et l'adoption d'innovations dans l'industrie par la création d'un centre d'innovation agroalimentaire canadien.

Nous proposons la création d'un centre d'innovation agroalimentaire réseauté qui permettrait de relier les centres d'innovation agroalimentaires existants et aiderait les entreprises de toute taille à mettre à l'essai de nouveaux produits et de nouvelles techniques de production, puis d'utiliser à meilleur escient la technologie et la recherche appliquée. Ce faisant, les entreprises pourraient croître, développer de nouveaux produits et processus et les vendre à d'autres consommateurs. Un tel centre soutiendrait la recherche appliquée et offrirait des plateformes de technologie perfectionnée, des installations expérimentales, les services de conseillers pour l'industrie et des activités visant l'adoption de solutions pratiques et de technologies, ainsi que l'expansion de débouchés commerciaux.

Ce centre offrirait des locaux et de l'espace virtuel aux entreprises de toute taille et travaillerait de concert avec des commanditaires importants du secteur privé, des établissements d'enseignement supérieur pourvus d'installations en R-D dans le secteur agroalimentaire bien établies, et tous les ordres de gouvernement. Il mettrait à contribution les pratiques exemplaires d'organisations non gouvernementales de premier plan à l'échelle internationale, comme l'Institut allemand des technologies alimentaires, le Centre d'innovation alimentaire de l'Australie de l'université Monash, l'éco-système Food Valley des Pays-Bas et le centre mondial d'innovation en production d'aliments Unilever dont la création a récemment fait l'objet d'une annonce à l'université et au centre de recherche de Wageningen.

Les domaines privilégiés peuvent comprendre la mise au point de produits et de processus innovateurs en alimentation, des activités d'accélération de la robotique, des outils de réalité amplifiée, l'intelligence artificielle (IA), la chaîne de blocs, et le partage de connaissances dans un environnement à faible risque pour la démonstration du bien-fondé d'une conception et l'adoption de techniques pour contrer les risques.

L'industrie collaborerait avec les organismes de réglementation pour comprendre la mesure dans laquelle il serait possible d'utiliser ces technologies pour utiliser les données de manière rationnelle et accélérer la conformité à la réglementation, de sorte que les entrepreneurs puissent tirer profit de nouveaux systèmes de production et de nouveaux débouchés lorsqu'ils apparaissent. Ainsi, un projet pilote de chaîne de blocs pourrait porter sur la mise au point d'un système de traçabilité d'une gamme complète de produits et rendre plus efficace la conformité à la réglementation dans toute la chaîne d'approvisionnement, « de la ferme à l'assiette ».

Élaborer des normes de données ouvertes pour favoriser le partage et l'utilisation des données

Nous recommandons que le Conseil canadien des normes (CCN), en collaboration avec l'industrie et des partenaires internationaux, élabore des lignes directrices sur les définitions de données partagées et des normes connexes pour le Canada. Ainsi, les acteurs du secteur privé pourront partager leurs données, communiquer des occasions d'affaires à plus faible prix et gérer leurs ressources de manière plus efficace tout en renforçant la sécurité des aliments et en réduisant les incidences environnementales.

Le Centre canadien d'innovation agroalimentaire (proposé ci-dessus) pourrait offrir la possibilité aux partenaires d'élaborer des normes de données ouvertes qui traiteraient des risques et des préoccupations en matière de sécurité, de protection de la vie privée et de la propriété intellectuelle. Leur travail commun pourrait par ailleurs garantir que les nouvelles normes canadiennes en matière de données sont harmonisées avec les normes internationales.

Les définitions et les normes devraient s'inspirer des principes établis en vertu de L'abc des données ouvertes et des stratégies d'innovation en matière de données connexes. Elles pourraient faciliter l'établissement d'un système d'exploitation ouvert ou de plusieurs systèmes d'exploitation ouverts et interconnectés qui permettraient aux producteurs agricoles, aux transformateurs alimentaires, aux distributeurs, aux vendeurs de logiciels, aux fabricants de matériel et aux entreprises d'analyse de données de partager et d'analyser des données.

Mesurer le succès

Proposition

Encourager la formation d'une main-d'œuvre diversifiée qui possède les bonnes compétences aidera le secteur à réaliser son plein potentiel

Le secteur agroalimentaire est prêt à prendre le virage de l'économie du savoir, mais il est aux prises avec une pénurie de talents:

  • Pour chaque nouveau diplômé du Collège d'agriculture de l'Université de Guelph en Ontario, il y a actuellement quatre emplois offerts

L'importance de cet enjeu

Le secteur agricole primaire, les entreprises de transformation des aliments et les fournisseurs d'intrants et de services connexes emploient environ 3,5 % de Canadiens, et pourtant ce secteur continue de faire état de graves pénuries à tous les niveaux de compétences. La racine du problème est complexe, mais les principales raisons invoquées par l'industrie pour expliquer la situation comprennent le manque de talents spécialisés, aussi bien dans le STEM que dans d'autres professions qui nécessitent de solides qualifications (par exemple, techniciens en mécanique), la méconnaissance des possibilités de carrière dans le secteur agroalimentaire pour des professions généralistes (électriciens, plombiers, etc.), et les perceptions à l'égard du travail dans le secteur. Les domaines de l'agriculture primaire et la transformation alimentaire, des boissons et des produits de la mer sont aussi aux prises avec une sous-capacité chronique à attirer des journaliers, ce qui a incité ces entreprises à recourir aux travailleurs étrangers temporaires. Même s'il demeure l'un des principaux utilisateurs du programme de travailleurs étrangers temporaires, du fait du manque de personnel, le secteur agroalimentaire ne fonctionne toujours pas à plein rendement.

Tandis que nous planifions les effectifs dont aura besoin le secteur agroalimentaire d'ici 2025, ce serait là l'occasion d'accroître la participation des groupes sous-représentés, comme les jeunes, les femmes et les Autochtones. Le recensement de l'agriculture de 2016 a relevé que 81 % des exploitants agricoles avaient plus de 35 ans et que seulement 3,0 % des entreprises autochtones œuvraient dans le secteur agricole, même si un nombre disproportionné d'Autochtones vivent dans des régions rurales étroitement associées à l'agriculture. Ces groupes sous-représentés apportent des expériences et des idées nouvelles au travail et ils sont de fait des ressources inexploitées par le secteur.

Ce que nous recommandons

Préparer les travailleurs de demain et soutenir à cette fin la capacité du secteur à former, à attirer et à conserver ses ressources humaines

Le gouvernement du Canada devrait créer un centre des compétences et de collaboration des talents qui aurait la capacité d'élaborer une feuille de route pour les compétences et les talents de demain, ce qui mettrait à contribution les organismes actuels et la collaboration avec des établissements d'enseignement, l'industrie et des groupes de travailleurs.

Nous recommandons de confier le mandat que voici à ce centre de collaboration :

Le mentorat comme voie d'entrée dans le secteur

En vertu du Cattlemen's Young Leaders (CLY) Program, les participants sont jumelés à un mentor pendant une période de neuf mois. Par la participation à des activités de l'industrie, des rencontres avec le mentor et la participation au programme Beef Advocacy Canada, les participants du CYL apprennent à connaître l'industrie, les regroupements de producteurs nationaux et provinciaux, ainsi qu'à acquérir le sens des affaires exigé pour réussir dans le secteur. À la suite de leur participation au programme de la Canadian Cattlemen's Association, les jeunes gens entament leur carrière en pouvant compter sur un réseau de contacts élargi.

La pénurie de travailleurs empêche aussi le secteur agroalimentaire de fonctionner à plein rendement :

  • Le CCRHA estime que même avec le concours de 45 600 travailleurs étrangers temporaires, il y a toujours 26 400 postes qui n'ont pas été pourvus dans le secteur canadien de l'agriculture primaire en 2014, ce qui a entraîné des coûts pour le secteur de 1,5 milliard de dollars en perte de revenus, soit 2,7 % du chiffre d'affairesNotes de bas de page 4.
  • Pendant le quatrième trimestre de 2017, plus de 85 % des postes de boucher et de découpeur de viande à pourvoir dans l'industrie déclarés à Statistique Canada sont demeurés vacants pendant plus de 90 joursNotes de bas de page 5.

Pour remédier aux pénuries immédiates de travailleurs dans le secteur actuellement, il faut moderniser les programmes d'immigration et de travailleurs étrangers temporaires du Canada, de manière à pouvoir disposer d'un accès aux travailleurs du monde entier à tous les niveaux de compétence.

Le Canada doit avoir accès aux travailleurs du monde entier pour pourvoir des emplois qui ne peuvent être occupés par des Canadiens. Malgré la présence de près de 64 000 travailleurs étrangers temporaires dont les emplois ont été approuvés en 2017, le secteur doit toujours composer avec de très graves pénuries de travailleurs, et l'accès fiable aux travailleurs est toujours une source de frustration pour l'industrie.

Pour régler ces problèmes, il faut apporter sans tarder des modifications aux programmes actuels. En ce sens, la Table sectorielle apporte son soutien à la résolution des problèmes que voici, soulevés par les tables rondes sur la chaîne de valeur :

En outre, il faudra de nouveaux éléments du programme qui permettront au secteur agroalimentaire canadien de connaître la capacité des effectifs mondiaux. Ainsi, un modèle « d'employeur de confiance » devrait faire l'objet d'un projet pilote pour rationaliser la sélection d'employeurs qui ont fait preuve d'intégrité et ont d'excellents états de service en matière de confiance. Les pénuries de travailleurs peuvent également être mieux comblées par l'adoption de pratiques exemplaires et de normes de services en vertu de la Stratégie en matière de compétences mondiales, comme le traitement accéléré des demandes de visa pour les travailleurs très qualifiés.

La prochaine génération de travailleurs devra savoir qu'elle pourra occuper un poste technologique emballant sans avoir à travailler dans le domaine des TI.

Débouchés pour les autochtones

Les collectivités autochtones ont une chance unique de tirer profit du développement durable de l'aquaculture et d'y contribuer, en raison de leurs ressources aquatiques, de leurs droits et de leur accès privilégié aux sites d'aménagement d'exploitations aquacoles. Misant sur le succès de l'Initiative d'aquaculture autochtone au Canada, un nombre croissant de collectivités et d'entrepreneurs autochtones manifestent un intérêt à l'égard d'autres projets d'aquaculture. Par contre, le financement limité offert aux projets d'aquaculture autochtone demeure une difficulté.

Pour établir les besoins permanents en travailleurs permanents pendant toute l'année, il y a plusieurs programmes fédéraux offerts pour des travailleurs très spécialisés qui souhaitent obtenir la résidence permanente. Il y a moins de possibilités pour les travailleurs ayant de faibles compétences ou des compétences moyennes. Nous recommandons la mise en place d'un projet pilote national de traitement des demandes d'immigration pour le secteur de la production et du traitement alimentaire qui offrirait une feuille de route améliorée vers le statut de résident permanent à l'intention des travailleurs engagés pendant toute l'année et pour tous les niveaux de compétence exigés dans le secteur. Ce projet pilote pourrait s'inspirer des leçons tirées du projet pilote d'immigration au Canada atlantique, qui offre la résidence permanente aux travailleurs étrangers à temps plein, grâce à des programmes pour travailleurs très spécialisés, à spécialisation intermédiaire et d'études internationales de cycle supérieur.

Garantir la croissance inclusive du secteur par des actions concrètes pour soutenir la participation accrue des groupes sous-représentés

Nous reconnaissons la nécessité d'un effort soutenu pour combler le manqué de diversité dans le secteur et c'est pourquoi la Table sectorielle prie l'industrie de fixer des objectifs de représentation qui soient un reflet plus juste de la population active canadienne. Pour faciliter la création d'une filière de talents diversifiée, l'industrie doit soutenir les jeunes, les femmes, les Autochtones et les nouveaux arrivants et les aider à acquérir les compétences exigées pour participer pleinement et de façon utile à la société canadienne, s'assurer de mieux les informer et de leur communiquer les possibilités d'apprendre à diriger, et favoriser une culture qui accueille une plus grande diversité.

Dans un premier temps, l'industrie devrait rechercher des occasions de mentorat pour encourager et soutenir une plus grande participation des groupes sous-représentés dans le secteur agricole pour qu'ils contribuent à la compétitivité du secteur.

Le secteur de l'aquaculture présente de solides perspectives de croissance et les collectivités autochtones ont une chance unique de contribuer à son développement durable et d'explorer de nouveaux débouchés. Misant sur le succès de l'Initiative d'aquaculture autochtone au Canada, qui a soutenu le travail des équipes de développement des entreprises d'aquaculture auprès des acteurs régionaux et offert des services de soutien à la planification des entreprises d'aquaculture autochtone, la Table sectorielle demande au secteur agroalimentaire de travailler de concert avec les partenaires autochtones et d'élaborer avec eux de nouvelles approches qui produiront des résultats favorables, en harmonie avec les besoins et les aspirations des collectivités autochtones.

Mesurer le succès

Conclusion

Le marché mondial de l'agroalimentaire de 2025 sera très compétitif et aura assurément son lot de nouveaux défis. En sa qualité d'un des premiers exportateurs nets de produits agroalimentaires, le Canada a la chance unique et un devoir de fixer des objectifs audacieux et d'atteindre de nouveaux sommets d'innovation. Le Canada possède ce qu'il faut en termes d'entrepreneuriat et le sens des affaires pour accaparer une part importante du marché agroalimentaire mondial et d'augmenter ses ventes nationales également, pour atteindre ses objectifs de plusieurs milliards de dollars de chiffre d'affaires d'ici 2025. Ce dont nous avons besoin, ce sont les bonnes conditions pour faire en sorte que cette feuille de route devienne réalité–en commençant sans tarder par les réformes réglementaires devenues urgentes et la mise à niveau de notre infrastructure, le tout soutenu par les stratégies envisagées en matière de diversification des marchés, l'adoption de technologies et l'acquisition des compétences, des talents et de la capacité en travailleurs pour soutenir la compétitivité du secteur.

Les entreprises du secteur sont disposées et prêtes à faire leur part. Le gouvernement doit entériner notre vision, se servir des politiques publiques et des investissements et nous aider à agir rapidement et à saisir les occasions qui montreront aux Canadiens et au monde entier ce dont nous sommes capables. Pour nous assurer d'atteindre les objectifs de croissance de 85 milliards de dollars en exportations et de 140 milliards de dollars de chiffre d'affaires au pays d'ici 2025, il faudra rien de moins qu'un engagement soutenu et indéfectible de l'industrie et du gouvernement.

Principaux indicateurs de rendement clés du secteur agroalimentaire pour 2025
Objectif proposé Contexte Justification
D'ici 2025, le Canada se classera parmi les 10 premiers pays de l'OCDE en ce qui concerne la souplesse de la réglementation. Le Forum économique mondial a classé le Canada au 14e rang des 36 pays de l'OCDE en 2017-18, en ce qui concerne le fardeau de la réglementation gouvernementale en lien avec l'indice de compétitivité mondiale.
  • Une réglementation excessive nuit à la compétitivité des entreprises canadiennes et à leur capacité de croître au Canada, tout particulièrement si elles doivent livrer concurrence à des entreprises dans des pays où la réglementation est plus souple.
D'ici 2025, le Canada se classera parmi les dix premiers pays de l'OCDE dans la catégorie des infrastructures sur l'indice de performance de la logistique de la Banque mondiale. La Banque mondiale a classé le Canada au 17e rang des des 36 pays de l'OCDE en 2018, dans la catégorie des infrastructures sur l'indice de performance de la logistique.
  • Un système de transport robuste, assorti de l'infrastructure connexe exigée en prévision de la croissance actuelle et future sont essentiels pour que le Canada soit en mesure de fabriquer ses produits et les vendre aux consommateurs du pays et du monde. Les retards dans le transport peuvent entraîner des coûts importants et porter atteinte à la réputation du Canada en tant que fournisseur de confiance.
D'ici 2025, le Canada offrira une couverture à large bande complète avec des vitesses de téléchargement en aval de 100 Mbps et de téléchargement en amont de 50 Mbps. Seulement 74 % environ du territoire agricole canadien a accès au service à large bande (défini comme une vitesse de téléchargement en aval d'au moins 5 Mbps et de téléchargement en amont de 1 Mbps).
  • L'absence d'Internet à haute vitesse dans les régions rurales est un obstacle important à l'adoption des technologies numériques pour les producteurs primaires, ainsi que pour d'autres fournisseurs de services et entreprises présents dans la chaîne de valeur agroalimentaire
D'ici 2025, le Canada aura 85 milliards de dollars d'exportations et 140 milliards de dollars en ventes nationales. Ceci représenterait une augmentation de 32 % par rapport à la valeur des exportations de 2017, qui s'établissait à 64,6 G$ et une augmentation de 27 % par rapport à la valeur des ventes nationales de 2017, qui s'établissait à 110 G$.
  • Ces objectifs de croissance feront du Canada un chef de file mondial sur les marchés à valeur ajoutée et permettront de récupérer les débouchés nationaux que nous possédions auparavant.
D'ici 2025, le Canada accroîtra de 50 % ses dépenses d'immobilisations dans la transformation alimentaire, pour chaque dollar de vente du secteur. Les immobilisations dans le secteur de la transformation alimentaire [machines et équipement], exprimées en pourcentage des ventes, ont chuté de presque la moitié, et sont passées de 2,3 % en 1998, à 1,2 % en 2016.
  • L'industrie doit augmenter ses immobilisations pour stimuler la productivité et augmenter sa base de production par une automatisation accrue.
D'ici 2025, le Canada doublera ses dépenses de recherche et développement du secteur privé dans la transformation alimentaire. Les dépenses canadiennes de R-D en transformation alimentaire sont sur le déclin, elles ont chuté de 24 % en 2017, par rapport à 2008. Le Canada est à la traîne derrière des concurrents mondiaux en matière d'investissement dans la R-D : le Canada dépense moins de 0,2 % de ses ventes du secteur en R-D, alors qu'aux États-Unis et aux Pays-Bas ce chiffre se situe à 0,6 % [données de 2014].
  • Pour la suite des choses, il est primordial d'instaurer une culture d'innovation renforcée dans l'industrie canadienne de la transformation alimentaire et faire en sorte que soit reconnue l'importance de l'investissement en R-D pour la croissance et la compétitivité du secteur.
D'ici 2025, le Canada réduira à 4 % le nombre d'emplois disponibles dans l'agriculture primaire; et ramènera cette même année à 2,2 % les emplois disponibles dans la production alimentaire, soit le pourcentage du secteur manufacturier dans l'ensemble de l'économie, pour cette même année. Le taux moyen d'emplois disponibles en agriculture primaire était de 5 % en 2017

Le taux moyen d'emplois disponibles dans le secteur de la production alimentaire était de 3,4 % en 2017.
  • La pénurie de travailleurs peut se mesurer en regard du nombre d'emplois disponibles. Ce manque de travailleurs entraîne des pertes économiques importantes dans certains sous-secteurs agroalimentaires, car les usines ne peuvent fonctionner à plein rendement, malgré un approvisionnement important en intrants et une forte demande de produits. Le règlement des problèmes de pénurie de main-d'œuvre fera en sorte que le secteur sera en mesure de fonctionner à plein rendement et pourra tirer profit des occasions importantes d'accroitre son activité économique.
D'ici 2025, le Canada augmentera de 50 % la présence des femmes à la direction d'entreprises de transformation alimentaire. Le taux de participation des femmes dans la direction d'entreprises de transformation alimentaire était de 36 % en 2017
  • Une croissance robuste et inclusive doit faire en sorte que tous et toutes peuvent participer. Encourager la présence des femmes dans le secteur garantit également la variété des points de vue, ce qui aidera le secteur à élaborer des stratégies qui innovent et à prendre contact avec divers marchés.
Date de modification :