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Épisode 4 : Comment donner un souffle nouveau à la protection de la propriété intellectuelle dans l’écosystème de l’intelligence artificielle au Canada?

De : Office de la propriété intellectuelle du Canada

Maya Urbanowicz (MU): Vous écoutez « Voix de la PI canadienne », un balado où nous discutons de propriété intellectuelle avec des professionnels et des intervenants du Canada et d'ailleurs. Vous êtes entrepreneur, artiste, inventeur ou simplement curieux? Vous allez découvrir des problèmes concrets – et des solutions concrètes – ayant trait au fonctionnement des marques de commerce, des brevets, du droit d'auteur, des dessins industriels et des secrets commerciaux dans la vie de tous les jours. Je m'appelle Maya Urbanowicz et je suis votre animatrice d'aujourd'hui.

Les points de vue et les opinions exprimés dans les balados sur ce site web sont ceux des baladodiffuseurs et ne reflètent pas nécessairement la politique ou la position officielle de l'OPIC.

Le Canada compte 5 supergrappes technologiques. Celles-ci sont des entités à but non lucratif qui investissent des fonds fédéraux dans des projets technologiques collaboratifs au Canada, avec une contribution équivalente des entreprises participant dans ces projets. Une des supergrappes est Scale AI, basée à Montréal, qui finance des projets à travers le Canada qui appliquent l'intelligence artificielle pour résoudre des problèmes dans les chaînes d'approvisionnement. L'intelligence artificielle, ou l'IA, fait référence aux systèmes informatiques qui ont été formés pour faire des prédictions à partir de données. Pour Scale AI, peut‑être que ça veut dire aider à prédire l'entretien de flotte de camions pour diminuer les impacts environnementaux, ou décider la meilleure façon de décharger un conteneur pour offrir l'accès le plus rapide aux fournitures urgentes liées à la COVID-19.

Ça paraît vraiment génial, mais tous deux, l'écosystème de l'intelligence artificielle et celui des technologies de mise à l'échelle ont leurs propres défis. Selon l'invité d'aujourd'hui, le défi au Canada pour bâtir un écosystème d'intelligence artificielle va au-delà du développement d'intelligence artificielle de pointe, et inclut de s'assurer d'aider les innovateurs canadiens afin qu'ils prennent les mesures nécessaires pour exploiter leur innovation.

Mon invité aujourd'hui est Todd Bailey, vice-président de la propriété intellectuelle à Scale AI.

Todd est avocat, agent de brevets et stratège de la PI. Depuis 25 ans, il aide les start-up, les PME et les multinationales à protéger et à commercialiser leur propriété intellectuelle, et un des problèmes il dit qu'on doit résoudre est comment outiller les innovateurs canadiens afin qu'ils puissent reconnaître et mettre en priorité leur PI et vraiment l'exploiter au sein de leur entreprise.

Todd, c'est un grand plaisir de vous avoir dans notre balado, bienvenue!

Todd Bailey (TB): Bonjour, merci.

Maya Urbanowicz : Pouvez-vous me parler un peu de vous et du type de travail que vous faites à Scale AI?

TB : Oui, tout d'abord, Maya, merci pour l'invitation aujourd'hui. Et merci à l'OPIC aussi, pour me donner l'occasion de partager mes points de vue. Moi, j'adore travailler avec les gens pour les aider à protéger leurs idées. Dans ma carrière, j'ai eu l'occasion de travailler avec beaucoup d'ingénieurs, scientifiques, programmeurs et gens d'affaires très intelligents et très passionnés. Et ces expériences m'ont donné un certain point de vue sur la propriété intellectuelle, c'est-à-dire ce qui marche bien et ce qu'il faut améliorer.

À côté de Scale AI, nous investissons dans des projets d'IA dans la chaîne d'approvisionnement, et aussi dans des programmes de formation et d'accélération. L'objectif est de favoriser la croissance de l'écosystème IA au Canada.

Mais pour moi, personnellement, je me concentre aussi d'améliorer la façon dont les gens protègent leur propriété intellectuelle dans cet écosystème-là. Parce que, en général, je crois que l'information à ce sujet devrait être plus facile à comprendre et plus facile à la mise en application. Donc, j'aide les PME, les universités et les entreprises à réaliser la valeur d'investir du temps et de l'énergie dans la gestion de leur propriété intellectuelle.

MU : Ah, c'est beaucoup de rôles différents que vous essayez de concilier. Ici à l'OPIC, nous parlons souvent de propriété intellectuelle et je crois que c'est ce qui vient en tête pour la majorité des gens, ce sont des brevets, des choses tangibles, quelque chose qu'on peut toucher. Mais aujourd'hui, on parle d'intelligence artificielle. C'est quoi l'intelligence artificielle?

TB : Honnêtement, le terme « intelligence artificielle » est un peu d'exagération. Nous n'avons pas encore les machines pensantes par exemple. L'IA, il s'agit de modèles informatiques qui utilisent des données pour faire des prédictions, effectivement.

Un type populaire s'appelle l'apprentissage automatique. Et avec elle, on fournit des données – beaucoup de données – et effectivement les algorithmes déterminent la meilleure façon de faire des prédictions.

Et l'IA est partout maintenant. Les assistants vocaux, comme Siri et Alexa, utilisent l'IA. Et les voitures autonomes, « machine vision », les applications mobiles, il y a beaucoup de technologies qui utilisent l'IA. 

MU : Oui, c'est vrai et c'est en train de devenir de plus en plus courant aussi. Alors vous travaillez avec des utilisations ultramodernes de l'intelligence artificielle du futur. En même temps vous essayez de simplifier quelque chose qui est très important pour les gens et les entreprises qui veulent avoir du succès. Et j'ai lu votre blogue « La PI sans jargon ». Là vous expliquez des concepts de la PI, vous défaites des mythes de PI et vous éduquez les lecteurs sur la terminologie liée à la PI. J'adore le travail que vous faites là afin de simplifier, vraiment transmettre le message qu'il est vraiment important de protéger sa PI. Pourquoi avez-vous décidé de créer ce blogue?

TB : Il existe un problème dans la culture des start-up au Canada que je veux aider à régler.

Les PME canadiennes ne protègent pas leur propriété intellectuelle aussi bien que dans d'autres pays.

Mais, en même temps, il y a beaucoup d'évidence que la propriété intellectuelle peut améliorer leur succès. Alors, pourquoi n'y a-t-il pas plus de start-up qui protègent leur propriété intellectuelle? 

Ça c'est le problème. Et la cause du problème, à mon avis, vient de 2 sources : une lacune en matière de connaissances et une lacune émotionnelle.

Mais la lacune en matière de connaissances n'est pas causée par un manque d'information. 

Il y a beaucoup d'information partout. Mais, ce qui manque, c'est un lien entre les idées abstraites et la réalité.

« En quoi ça s'applique à moi? »

« Est-ce que ça s'applique à moi? »

Parce que le monde a changé. Les gens ne font plus confiance à l'information, et ils questionnent les motifs derrière l'information. Et c'est là que la lacune émotionnelle se présente. Parce qu'il est difficile de changer les comportements. Par exemple, beaucoup de personnes font des résolutions du jour de l'An qui ne survivent pas le mois de janvier. Et pour moi, même la première semaine de janvier souvent. Pour faire un changement, vous devez croire fermement que le changement est nécessaire.

Et avec la propriété intellectuelle, vous devez comprendre pourquoi vous avez besoin de la propriété intellectuelle, avant qu'elle puisse vous aider. Donc, avec le blogue, je commence à aborder ces questions.  

MU : J'aimerais maintenant parler d'une des sections de votre blogue où vous défaites les mythes. C'est écrit, et je lis : « Mythe : La PI est un concept démodé. Aujourd'hui, la réussite repose sur la capacité d'une entreprise à défendre son « moat » (avantage concurrentiel).

Fait : Les mots à la mode changent, mais les pratiques commerciales efficaces demeurent. La protection de votre PI numérique est plus nécessaire que jamais auparavant. Vos idées, vos informations et vos données ne sont d'une grande valeur que dans la mesure où vous êtes capable de les protéger de vos concurrents. »

Vous parlez beaucoup de comment protéger la PI. Vous faites mention des lacunes qui empêchent les gens de penser à la protection et comprendre l'importance. Alors qu'on parle de PI et des projets que vous financez, quelles sont les leçons ou les préoccupations clés dont vous discutez avec les ingénieurs et programmeurs de la supergrappe?

TB : Avec la propriété intellectuelle, il y a beaucoup d'information difficile à comprendre, et aussi d'opinions contradictoires partout.

Alors j'essaie d'être simple et clair : si vous avez une entreprise d'innovation, mais vous ne protégez pas votre propriété intellectuelle, éventuellement votre chance tournera. Parce que, si vous avez du succès, vous allez attirer des concurrents, peut-être avec plus d'argent que vous, ou qui peuvent courir plus vite. Alors, je demande aux gens : que ferez-vous lorsqu'un concurrent arrivera avec un nom similaire et qui fait des choses similaires? Que ferez-vous lorsqu'un concurrent vous poursuivra avec son brevet?

Que ferez-vous?

Tout le monde va avoir de mauvais jours. Et, nous avons tous besoin d'outils pour survivre à ces mauvais jours. Mais, sans protection de la propriété intellectuelle, vous avez moins d'outils à votre disposition. C'est aussi simple que ça. Éventuellement, vous aurez de mauvais jours vous aussi. Que ferez-vous?

Mais, il n'y a pas une deuxième chance pour protéger votre propriété intellectuelle.

Vous devez le faire maintenant. Comme j'aime bien dire : une propriété intellectuelle retardée est habituellement une propriété intellectuelle refusée.

MU : Je suis d'accord et c'est aussi quelque chose dont je sais que nos gens voient aussi. Vous obtenez vraiment seulement une seule chance. Et d'après votre expérience, donnez-nous quelques points importants à retenir sur la PI que vous pouvez partager avec les créateurs et inventeurs.

TB : Oui, effectivement, j'ai 3 messages :

Tout d'abord, la propriété intellectuelle est un outil d'affaires, pas un outil légal. 

Et ce n'est pas compliqué. Si vous éliminez le jargon, les concepts sont simples et logiques.

Oui, c'est vrai, quelquefois des avocats sont impliqués, mais la protection de la propriété intellectuelle, c'est pour votre entreprise.

Et personne ne connaît votre entreprise aussi bien que vous. Pour bénéficier de votre propriété intellectuelle, vous devez être la personne responsable de prendre des décisions qui s'appliquent à votre situation. Ce n'est pas la responsabilité des avocats ou des autres. C'est à vous.

Le deuxième message, c'est que vous pouvez contrôler les coûts de protéger votre propriété intellectuelle. Vous pouvez gérer votre budget selon vos besoins. Mais, en même temps, ne considérez pas ces frais juste comme des coûts, comme tous les autres. 

Ils sont des investissements pour améliorer votre avenir.

Le troisième message est que tout le monde a besoin d'un plan de propriété intellectuelle.

On s'appelle ça aussi une stratégie de propriété intellectuelle.  

J'aime le mot « plan », parce qu'il indique que des actions sont requises.

Les start-up préparent toutes sortes de plans : des plans d'affaires, des plans de recrutement, etc.

Parce qu'un plan aide à planifier d'avance, à être proactif.

Par exemple, on n'écrit pas un plan de recrutement après avoir fait les embauches.  

Donc, on doit penser de la même façon pour la propriété intellectuelle.

Parce que les investisseurs d'aujourd'hui s'attendent à ce que les entreprises innovatrices aient un plan de propriété intellectuelle.

Ils s'attendent à ça!

Mais, il y a un moment, j'ai mentionné une lacune en matière de connaissances.

C'est une chose de savoir qu'il vous faut un plan de propriété intellectuelle. 

Mais c'est très différent de créer un plan bien adapté à votre entreprise.   

Donc, c'est un grand défi pour les entrepreneurs d'appliquer ces idées abstraites à leur entreprise.

MU : Oui et parlons des défis pour un moment. Parce que vous dites que la PI n'est pas compliquée, ne doit pas être chère, mais elle nécessite de la planification. Alors en terme de relancement de la protection de la PI dans l'écosystème de l'intelligence artificielle au Canada, que pensez-vous est ce grand défi, cette chose qu'on ne voit pas?

Todd Bailey : Une chose qui n'est pas assez visible est un paradoxe qui existe entre l'intelligence artificielle et la propriété intellectuelle. Et ce paradoxe entraîne certaines difficultés pour la protection de la propriété intellectuelle.

L'IA existe, comme une science, depuis 70 ans, très longtemps, et les premiers brevets sur les méthodes d'IA sont aussi très vieux maintenant. 

Mais quand même, dans quelques quartiers de l'écosystème, il y a l'idée que l'IA ne peut pas être brevetée.

Mais, tout à fait, on peut breveter ça. Selon l'Organisation Mondiale de la Propriété Intellectuelle, ou OMPI, au monde il y a environ 300 000 inventions d'IA qui sont déjà brevetées, ou qui sont en instance de brevet. C'est énorme.

Alors, pourquoi est-ce que l'idée que l'IA ne puisse pas être brevetée persiste-t-elle? C'est un problème difficile à résoudre.

Mais, en même temps, il y a plus de gens que jamais qui attaquent ce problème. Donc, j'ai beaucoup d'espoir pour l'avenir.

MU : Todd, ce fut un grand plaisir et je suis très contente que vous aussi êtes en train d'éduquer les gens sur comment la PI fonctionne et pourquoi elle est importante. Merci énormément d'avoir pris le temps de me parler.

TB : Merci de vous aussi.

MU : Merci.

Vous avez écouté « Voix de la PI canadienne », un balado où nous explorons la propriété intellectuelle. Dans cet épisode, vous avez rencontré Todd Bailey, un avocat, agent de brevets et stratège de PI. Todd a expliqué certains des mythes et défis dont il fait face dans son rôle de vice-président de la propriété intellectuelle au sein de la grappe canadienne Scale AI. Todd s'est donné pour mission de relancer la protection de la PI dans l'écosystème de l'intelligence artificielle au Canada. Pour lire son blogue « La PI sans jargon », visitez scaleai.ca/fr/blog.

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