Archivé — Document de discussion No 1 : Les multinationales comme agents du changement : Définition d'une nouvelle politique canadienne en matière d'investissement étranger direct

par Lorraine Eden, Université Carleton, novembre 1994


Résumé

Au cours des 20 dernières années, des pressions venant de deux directions ont transformé radicalement le contexte nord-américain des échanges commerciaux et des investissements. Au chapitre des structures du marché, le principal agent de transformation a été la libéralisation généralisée des échanges sous forme d'accords commerciaux régionaux, tels que l'Accord de libre-échange entre le Canada et les États-Unis de 1989 et l'Accord de libre-échange nord-américain de 1994. La libéralisation des investissements internationaux a également pris de l'ampleur, accentuant ainsi la mondialisation des marchés. Parallèlement, à cause des nouvelles technologies fondamentales et de la production flexible, les méthodes de production de masse ont été largement remplacées par des méthodes de production sur commande.

Ces forces ont modifié les façons de produire et de concurrencer des entreprises. Déjà, elles obligent les entreprises à faire d'importants ajustements structurels, puisque la concurrence qu'elles se livrent pour occuper leur part du marché est davantage d'ordre régional que national. Dans la plupart des secteurs, la concurrence mondiale est devenue la norme.

Comment les grandes entreprises canadiennes réagissent-elles à ces changements et quels faits devraient-elles présenter aux responsables de la politique en matière d'investissement étranger direct (IED)? Le présent document tente de répondre à ces questions.

Compte tenu de l'accroissement de l'intégration régionale et de l'adoption de méthodes de production sur commande, les entreprises multinationales (EM) sont de plus en plus des acteurs internationaux obligés de faire face au changement et, en même temps, elles sont des agents de changement. Il est donc temps pour le gouvernement d'adopter une nouvelle démarche à l'égard de la politique en matière d'IED — une démarche selon laquelle les EM font fonction de pont avec l'économie mondiale au chapitre des investissements, et de diffuseur de technologies au sein de l'économie canadienne.

Dans un bref historique, on retrace la façon dont le Canada traite l'investissement direct étranger depuis 1960, ainsi que la création de relations économiques en étoile avec les États-Unis. L'enquête souligne la profonde intégration des économies canadienne et américaine, et fait valoir que cette intégration s'accentuera encore davantage et prendra plusieurs formes, compte tenu des accords commerciaux régionaux qui ont été conclus.

Cette enquête porte sur les liens entre le commerce et l'investissement direct et les échanges intra-groupes des deux pays, et expose les effets de l'intégration régionale et du progrès technologique sur les EM au Canada, en faisant particulièrement ressortir l'incidence de ces facteurs sur les décisions relatives à l'utilisation et à l'emplacement des usines. Avec l'avènement d'accords commerciaux régionaux et l'accroissement de l'intégration économique, les facteurs économiques sous-jacents auront une plus grande influence sur les décisions relatives à l'organisation et à l'emplacement des EM. Puisque les multinationales s'intéressent à leur part du marché mondial, elles modifient la structure de leurs activités, de manière à accroître leur compétitivité sur le plan international. En règle générale, les multinationales décideront de l'emplacement de leurs usines et de leurs activités en tenant compte du marché nord-américain élargi. Les rationalisations horizontale et verticale s'intensifieront et favoriseront de plus nombreux eacute;changes intra-groupes. Cela signifie que le Canada devra se définir un rôle précis dans le cadre d'une stratégie régionale nord-américaine visant à attirer les investissements de l'étranger. Les filiales canadiennes devront s'employer à se définir un rôle pour elles-mêmes dans le cadre des activités mondiales des multinationales.

En conclusion, l'enquête propose une nouvelle politique pour le Canada en matière d'investissement direct étranger, c'est-à-dire une politique qui ne ferait pas de distinction entre l'investissement direct à l'étranger et l'investissement direct de l'étranger, mais qui chercherait à maximiser les gains que le Canada pourrait tirer des activités des multinationales, quelle que soit la direction qu'elles prennent. La politique repose sur le principe fondamental voulant que le Canada élabore une nouvelle politique nationale axée sur son intégration stratégique au sein de l'économie mondiale. L'objectif de cette nouvelle stratégie? Que le Canada devienne compétitif à long terme, en mettant l'accent sur la suppression des obstacles tarifaires et non tarifaires au commerce et à l'investissement, en s'engageant dans la voie de l'économie axée sur les connaissances, dont les principaux éléments sont l'innovation, la concurrence et le caractère durable, et en accordant une attention particulière à l'élaboration d'une politique nationale de l'éducation pour le 21e siècle.

Cette politique d'intégration stratégique pourrait être accompagnée d'autres mesures, notamment :

  • régler les questions essentielles : le déficit, la politique macro-économique, le fardeau de la réglementation et le chevauchement des services gouvernementaux;
  • délaisser l'affrontement et adopter la collaboration avec les multinationales au Canada;
  • se ménager un accès au marché américain;
  • réduire l'aide de l'État aux entreprises et adopter une stratégie de zone franche;
  • améliorer les meilleures technologies en attirant au Canada les multinationales ayant adopté les meilleures pratiques de gestion.

Dans le nouveau contexte de la mondialisation des marchés, l'État et les multinationales sont partenaires dans la course à l'obtention d'un avantage concurrentiel. Compte tenu de l'importance grandissante des multinationales et des échanges intra-groupes, les politiques canadiennes en matière de commerce et d'affaires étrangères devront, plus que jamais, mettre l'accent sur les multinationales et leurs investissements.

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