Archivé — Document de travail No 4 : L'impact économique des activités de fusion et d'acquisition sur les entreprises

par Gilles McDougall, Direction de l'analyse de la politique microéconomique, Industrie Canada, février 1995


Résumé

L'intérêt pour le phénomène des fusions et des acquisitions n'est pas nouveau. Mais cet intérêt s'est intensifié à la faveur d'une recrudescence des fusions et acquisitions durant les années 80. Plusieurs études ont alors été effectuées dans le but de déterminer les conséquences pour le pays des prises de contrôle faites par d'autres entreprises nationales ou par des intérêts étrangers. Dans le contexte actuel de la mondialisation des marchés, il ne faudrait pas s'étonner de constater que cet intérêt se maintienne.

La présente étude vise, en procédant sensiblement de la même manière que dans les autres études sur le sujet, à déterminer les avantages et les coûts des activités de fusion et acquisition. Elle s'inscrit dans le cadre d'une recherche globale entreprise à Industrie Canada pour évaluer le processus global d'ajustement micro-économique des entreprises.

L'évaluation de la performance des entreprises visées par une fusion ou une acquisition est un sujet qui a fait l'objet de recherches abondantes. L'intérêt des chercheurs autant que celui du public s'est souvent trouvé stimulé par la couverture qu'ont fait les médias de certaines acquisitions ou fusions importantes et parfois spectaculaires. On a alors tenté de mettre en lumière les motifs qui sous-tendent ces transactions d'entreprises. On a aussi cherché à déterminer les conséquences de ces transactions, en enévaluant les avantages et les coûts tant pour les pays des entreprises impliquées dans ces transactions que pour les entreprises elles-mêmes.

Les études qui tentent d'évaluer la rentabilité des entreprises ayant fait l'objet d'une fusion ou d'une acquisition peuvent être regroupées sous deux grandes approches. La première, l'approche financière, consiste à examiner l'évolution du prix des actions en bourse des entreprises ayant fait l'objet d'une acquisition ou d'une fusion en la comparant à un groupe-témoin d'entreprises. La performance des entreprises est jugée supérieure si le rendement relatif qu'obtiennent les actionnaires est supérieur après l'événement que constitue l'acquisition ou la fusion. Les résultats obtenus en appliquant cette approche, surtout aux États-Unis mais aussi au Canada, montrent que l'acquisition d'une entreprise a généralement des conséquences favorables pour ses actionnaires. En effet, les marchés boursiers semblent percevoir positivement les annonces de fusion ou d'acquisition d'entreprises.

L'approche de l'organisation industrielle consiste par ailleurs à examiner certaines variables de performance économique ou financière d'une entreprise ayant fait l'objet d'une acquisition, avant et après celle-ci. L'évolution de cette variable comparée à celle d'un groupe-témoin peut nous donner une indication de l'effet net de l'acquisition sur le taux de rentabilité.

Notre étude se situe dans le cadre général de cette deuxième approche. Aux fins de la recherche, nous allons supposer que chaque transaction donnant lieu à une fusion ou à une acquisition d'entreprise a pour motif ultime la maximisation des bénéfices. Les dirigeants qui participent à des activités de fusion ou d'acquisition doivent prendre les mesures nécessaires et adéquates pour accroître l'efficacité des opérations de leur entreprise. Ces mesures peuvent toutefois être aussi variées qu'indirectes et il importe de pouvoir juger de leur pertinence dans un contexte dynamique de maximisation des bénéfices.

On peut tirer de la présente étude quelques conclusions intéressantes :

  • Les entreprises ayant fait l'objet d'une prise de contrôle par des intérêts étrangers intensifient leurs activités d'investissement en capital physique ou en R-D.
  • Cependant, la rentabilité à court terme des entreprises n'est pas affectée positivement lors d'une prise de contrôle par des intérêts étrangers. En effet, le ratio des bénéfices aux ventes diminue fortement immédiatement après une prise de contrôle par des étrangers. Le ratio des bénéfices à l'avoir se comporte de la même manière.
  • Des dépenses élevées en R-D sont associés à de haut niveau de rentabilité. En d'autres termes, l'investissement dans la production et l'utilisation de nouvelles technologies semblent être rentables pour la firme exécutante.
  • Les entreprises entreprennent des dépenses d'investissement en tandem avec les dépenses en R-D. Une relation de complémentarité semblent donc exister entre les deux types d'investissement.
  • Il existe des économies d'échelle pouvant être réalisées dans le domaine des activités de R-D. Cela signifie qu'à mesure que la taille d'une firme augmente, le montant relatif nécessaire de dépenses en R-D diminue.
  • Le comportement des entreprises ayant fait l'objet d'une prise de contrôle par des intérêts étrangers semble être significativement différent de celui des entreprises acquises par des intérêts canadiens. Ces dernières semblent être caractérisées par une hausse de la rentabilité à court terme et, au mieux, une absence de variation des activités d'investissement en capital physique ou en R-D.
  • Ces observations révèlent un processus d'ajustement intéressant des entreprises à la suite d'une prise de contrôle par des intérêts étrangers. En effet, il semble qu'immédiatement après le changement de contrôle, les entreprises orientent leur perspective à plus long terme de façonà investir dans le capital physique ou technologique. Ce faisant, elles sont prêtes à accepter une baisse de la rentabilité à court terme.
  • Les résultats de cette recherche font ressortir, à notre avis, l'importance d'analyser les conséquences des fusions et acquisitions dans un contexte dynamique. En effet, la piètre rentabilité des entreprises-cibles dans les mois et les premières années qui suivent la prise de contrôle correspondrait à une période d'ajustement durant laquelle les deux cultures de travail différentes apprendraient à se connaître et à collaborer. En outre, l'entreprise qui a procédé à l'acquisition doit prendre le temps de reconnaître et d'utiliser de manière profitable les éléments d'actif de toute sorte qu'elle vient d'acquérir.
  • De plus en plus, les éléments d'actif que possèdent les entreprises sont de nature intangible. Les théories de l'internalisation et de la compétence technologique exposées dans ce document suggèrent que l'intention de s'approprier ces éléments d'actif intangibles peut constituer un motif important d'acquisition. Or, pour que les entreprises puissent profiter pleinement de ces éléments d'actif intangibles, elles ont besoin de temps et d'investissements, souvent complémentaires, en capital physique et en R-D. Les résultats que nous avons obtenus et que nous présentons dans cette recherche sont certainement cohérents avec l'interprétation que nous faisons de ces théories d'internalisation et du cadre dynamique d'ajustement qui en découle.
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