Archivé — Document de travail No 2 : Les multinationales canadiennes : analyse de leurs activités et résultats

Par le personnel d'Industrie Canada, Direction de l'analyse de la politique micro-économique, notamment Someshwar Rao, Marc Legault et Ashfaq Ahmad, juillet 1994


Résumé

Une évolution rapide des technologies et de l'avantage comparatif des entreprises et des nations, ainsi qu'une concurrence intense entre les entreprises pour avoir accès aux marchés, au capital, à la main-d'oeuvre spécialisée et aux technologies ont à la fois favorisé et nécessité une internationalisation rapide des activités des entreprises transnationales. Ces sociétés ont donc adopté toute une gamme de stratégies complémentaires pour améliorer leur compétitivité et réduire l'incertitude et le risque qui entourent leurs investissements en capital physique et humain de même qu'en R-D. Ces stratégies comprennent des fusions et des acquisitions, des créations d'entreprises, des prises de participations minoritaires, des coentreprises et d'autres alliances stratégiques, le recours à la sous-traitance et la production sous licence, entre autres choses.

Le rôle des sociétés transnationales dans l'économie mondiale s'est accru considérablement depuis une dizaine d'années, et cette tendance devrait se poursuivre. Par exemple, le stock mondial d'investissement direct étranger a presque quadruplé pour passer de 519 milliards à 2 billions de dollars américains entre 1980 et 1992, enregistrant ainsi une croissance nettement plus rapide que celle de la production et des échanges mondiaux.

Les transnationales canadiennes ont elles aussi participé activement à la mondialisation. Dans les années 80, le montant cumulatif des investissements directs du Canada à l'étranger (IDCE) a augmenté beaucoup plus rapidement que le stock mondial d'investissement direct étranger, passant de 27 à 99 milliards de dollars canadiens entre 1980 et 1992. Par conséquent, la part du stock des IDCE est passée de 8,7 à 14,4 pour cent du PIB canadien pendant cette période.

L'effet des investissements directs de l'étranger (IDE) sur l'économie canadienne a été étudié à fond. Par contre, les conséquences possibles des IDCE pour le Canada n'ont guère retenu l'attention. Cette étude vise de façon générale à analyser l'évolution récente des IDCE, à examiner la tenue des entreprises canadiennes à vocation internationale et à évaluer l'impact de leurs activités sur l'économie canadienne.

Nos principales constatations sont les suivantes :

  • Dans les années 80, les multinationales canadiennes ont participé activement au phénomène de mondialisation. De 1980 à 1992, le stock des IDCE a augmenté plus rapidement que l'ensemble des investissements directs dans le monde et que le PIB canadien, pour atteindre 99 milliards de dollars canadiens en 1992. Le renforcement de la vocation internationale des entreprises canadiennes s'est manifesté dans tous les grands secteurs de l'économie.
  • Le rapport entre les investissements directs du Canada à l'étranger et de l'étranger au Canada est devenu beaucoup plus équilibré depuis 25 ans, passant de 0,23 en 1970 à 0,72 en 1992. Cette tendance s'est manifestée également dans tous les grands secteurs de l'économie.
  • La part de l'Europe et de la région Asie Pacifique dans les IDCE s'est sensiblement accrue depuis 1985, principalement aux dépens des États-Unis. Ces derniers restent toutefois la principale destination des IDCE.
  • Le secteur des richesses naturelles et les industries manufacturières axées sur les ressources représentent encore plus de 40 pour cent des IDCE. Cependant, les 30 dernière années se sont caractérisées par une hausse spectaculaire de l'importance relative des services financiers et des industries axées sur la technologie (comme les produits chimiques, les services et le matériel de communication et les machines non électriques).
  • Au cours des 15 dernières années, la sensibilité relativement forte des IDCE à l'activité économique à l'étranger, à une rentabilité supérieure et à un rythme plus rapide d'accroissement du stock de capital aux États-Unis et au Royaume-Uni (par comparaison avec le Canada), de même qu'un renforcement de la vocation internationale des entreprises canadiennes, sont autant de facteurs qui ont contribué à la croissance rapide des IDCE.
  • De même, un certain nombre de facteurs d'attraction, comme un taux élevé de croissance de la demande réelle globale en Europe et dans la région Asie Pacifique, l'amélioration sensible de la rentabilité relative au Royaume-Uni, les possibilités et les craintes suscitées par la création d'un marché européen unique en 1992, ainsi que la réduction du déséquilibre entre l'épargne et l'investissement aux États-Unis, semblent avoir contribué au recul relatif des États-Unis à titre de destination des IDCE au cours des dernières années. Les États-Unis demeurent cependant le principal pays d'accueil des IDCE. De plus, la conclusion de l'Accord de libre-échange nord-américain (ALENA) pourrait entraîner à l'avenir un renforcement des liens entre le Canada et les États-Unis par l'intermédiaire des investissements.
  • La part croissante des services financiers ainsi que des industries axées sur la technologie et l'information dans le PIB mondial, tout particulièrement dans les pays industrialisés, explique en partie l'importance grandissante de ces industries dans les IDCE.
  • Les activités des multinationales canadiennes à l'étranger sont fortement concentrées. Les 159 plus grandes multinationales canadiennes, analysées dans cette étude, représentent environ 50 pour cent de l'ensemble des actifs que détiennent à l'étranger les entreprises ayant le Canada pour pays d'origine. De plus, les 20 plus grandes sociétés interviennent pour environ 80 pour cent des actifs à l'étranger de ces 159 entreprises canadiennes.
  • La répartition sectorielle et géographique des actifs et des ventes des plus grandes entreprises canadiennes à l'étranger est analogue à la ventilation des IDCE et des actifs étrangers de l'ensemble des entreprises canadiennes.
  • En moyenne, les plus grandes entreprises ont une vocation internationale plus affirmée (comme en témoigne la proportion supérieure de leurs actifs et de leurs ventes à l'étranger par rapport à l'ensemble de leur actif et de leur chiffre d'affaires) dans l'industrie manufacturière (tout particulièrement l'impression et l'édition, les textiles et les activités manufacturières axées sur la technologie) et dans l'industrie minière.
  • A priori, il n'y a aucun rapport ou il existe un rapport positif entre les tendances des IDCE et celles des investissements axés sur le marché intérieur. Notre analyse économétrique portant sur les déterminants de la formation de capital intérieur au Canada et dans des pays choisis du G-7 étaie cette conclusion.
  • Les revenus de placement générés par l'augmentation rapide des IDCE ont contribué à la progression du revenu réel et à l'amélioration de la balance des comptes courants du Canada au cours des années 80.
  • Le renforcement de la vocation internationale des entreprises canadiennes pourrait contribuer de manière appréciable à l'amélioration future de la performance du Canada en matière de commerce extérieur, en raison de la complémentarité des exportations et des IDCE. De plus, ces derniers favorisent l'augmentation des ventes à l'étranger. En fait, les ventes à l'étranger ont vu leur importance relative s'accroître considérablement par rapport aux exportations au cours des quelque 15 dernières années.
  • Selon notre analyse, le rôle important et croissant que jouent les multinationales canadiennes aux États-Unis s'explique en grande partie par la productivité supérieure de leurs filiales américaines comparativement à celle des filiales d'autres sociétés étrangères. Les filiales de multinationales canadiennes sont plus performantes que celles des autres entreprises étrangères aux États-Unis.
  • En moyenne, les entreprises canadiennes à vocation internationale ont enregistré une croissance, une productivité et des bénéfices supérieurs à ceux des entreprises axées sur le marché intérieur.
  • Entre 1986 et 1991, l'emploi s'est accru à un rythme nettement moins rapide dans les entreprises à vocation internationale que dans celles qui étaient axées sur le marché intérieur. Cela est peut-être dû en bonne partie au fait que les entreprises à vocation internationale ont procédé davantage à des restructurations et à des rationalisations, à cause d'une forte concurrence mondiale sur le plan des coûts, de la qualité, de la diversité des produits et du service. À long terme, cependant, l'amélioration de la compétitivité des entreprises à vocation internationale pourrait leur permettre d'enregistrer une croissance plus forte de l'emploi. De toute façon, une augmentation des investissements directs à l'étranger ne devrait pas avoir d'effet net, en longue période, sur le niveau de l'emploi. Il reste que la composition de la production et de l'emploi risque de subir l'influence des activités des entreprises à vocation internationale à l'étranger.
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