Archivé — Document hors-série No 4 : Écarts hommes/femmes dans les programmes universitaires

par Sid Gilbert, Université de Guelph et Alan Pomfret, King's College, Université Western Ontario, en vertu d'un contrat passé avec Industrie Canada, mars  1995


Résumé

Les écarts que l'on observe entre hommes et femmes dans les taux de renouvellement des bourses du Canada au passage de la première à la deuxième année soulèvent d'importantes questions au sujet du recrutement et du taux de persévérance dans les disciplines des sciences naturelles et du génie.

Objectifs

Le projet de recherche visait principalement les objectifs suivants :

  • déterminer pourquoi les femmes choisissent plus souvent les lettres, les sciences humaines et les sciences appliquées de préférence aux sciences naturelles, au génie et aux disciplines connexes;
  • examiner les relations existant entre les facteurs psychologiques ou motivationnels et le rendement dans la persévérance mise par les femmes à poursuivre leurs études en sciences naturelles et en génie;
  • faire ressortir les répercussions des résultats de l'étude sur le Programme Bourses Canada (PBC).

Conception de la recherche

Dans le cadre de ce projet de recherche, nous avons associé des données secondaires provenant d'une importante étude longitudinale en cours sur les progrès des étudiants et les pertes d'effectifs étudiants avec de nouvelles données quantitatives détaillées, recueillies expressément pour mesurer les facteurs influant sur le recrutement et la persévérance des femmes dans les disciplines universitaires du PBC.

Principales conclusions

Il y a des écarts hommes/femmes fondamentaux dans les valeurs, les encouragements et la perception de soi et des sciences, autant de facteurs dont l'influence se fait sentir sur le recrutement dans les disciplines scientifiques, sur les expériences et le rendement dans ces disciplines et, en fin de compte, sur la décision de poursuivre le programme d'études ou de l'abandonner.

Aussi bien dans les programmes de sciences que dans les autres, les femmes font preuve, plus que les hommes, d'une orientation vers les valeurs d'humanité et d'altruisme privilégiant les relations personnelles, le maintien de liens avec les autres, l'intérêt porté à elles-mêmes et aux autres et le travail dans un cadre de coopération.

Les femmes qui ont choisi des programmes de sciences, surtout celles qui démontrent un rendement supérieur, déclarent avoir été fortement influencées par les encouragements de leurs professeurs, les bonnes notes qu'elles ont eues à l'école secondaire et qu'elles s'attendaient aussi d'obtenir à l'université, ainsi que le désir d'être autonome.

Bien que le recrutement dans les disciplines scientifiques vise aussi bien les hommes que les femmes, les uns et les autres ne répondent pas au même appel. Beaucoup de femmes choisissent les sciences parce qu'elles pensent pouvoir vivre leurs études scientifiques selon des valeurs d'humanité et d'altruisme. Ainsi, les étudiantes en sciences affichant le rendement le plus élevé aiment, bien plus que leurs homologues masculins, travailler et étudier dans un cadre de coopération et trouver l'harmonie dans leur milieu de travail ou d'étude.

Le rendement a nettement tendance à baisser entre l'école secondaire et les premiers semestres à l'université, surtout chez les étudiantes en sciences. Toutefois, l'écart entre les deux sexes s'amenuise aux cours des derniers semestres.

En sciences, le taux de persévérance des femmes est très semblable à celui des hommes, mais cette observation ne révèle pas tout. Premièrement, les notes d'entrée à l'université influent bien plus sur la persévérance des étudiantes en sciences que sur celle des étudiants. Deuxièmement, les étudiantes sorties de l'école secondaire avec une moyenne de « A » ont tendance à passer à des disciplines non visées par le PBC. Troisièmement, le fait que des étudiantes ayant démontré un rendement supérieur abandonnent les disciplines scientifiques est lié non seulement à leur rendement universitaire, mais aussi à leurs valeurs et attentes à l'égard de l'enseignement des sciences, ainsi qu'à leur plan de carrière.

Beaucoup d'étudiantes de calibre supérieur ont du mal à s'adapter aux orientations non cognitives et sociales et aux valeurs des programmes de sciences. Ce qui est préoccupant ici, c'est que des femmes intellectuellement douées risquent, plus que leurs homologues masculins, d'abandonner les sciences en partie sous la pression d'un mauvais ajustement entre leurs valeurs et attentes et les pratiques, réalités et valeurs du milieu universitaire. Il est également possible que cette inadéquation entraîne une baisse de rendement chez les femmes au début de leurs études.

Il ne fait aucun doute que les femmes préfèrent des milieux de travail ou d'étude chaleureux, favorables et bienveillants, où il est possible de s'entraider. Les sciences ne sont normalement pas perçues ainsi, et en particulier l'enseignement des sciences. Il y a pourtant une part de travail en commun et de collaboration ainsi qu'une dimension affective dans la manière dont on pratique les sciences. Ce qu'il faut, c'est améliorer l'enseignement et les programmes d'études des sciences.

Il semble que beaucoup de femmes choisissent les sciences, non pour y faire carrière, mais comme préalable à une carrière dans un autre domaine. Il se peut que les sciences soient le moyen d'aboutir à une fin plus que le but ou l'ambition de toute une vie. Les femmes semblent vouloir se diriger vers des carrières plus pratiques, tournées vers les applications, et s'orienter davantage vers des professions qui leur permettent d'aider, de guérir et de soigner.

Les écarts hommes/femmes font intervenir bien davantage que des questions financières. Si les femmes qui choisissent une discipline scientifique savaient ce qui les attend, si elles savaient comment réussir la transition entre l'école secondaire et l'université et si elles avaient accès à plus d'aide la première année, les résultats seraient meilleurs. De même, si le milieu universitaire des sciences naturelles et du génie était plus accueillant, ces disciplines retiendraient un plus grand nombre de femmes douées.

Incidences sur le plan des politiques

Les recommandations qui suivent visent à améliorer le recrutement dans les programmes de sciences naturelles et de génie, notamment parmi les étudiantes douées.

  1. Mener des campagnes de sensibilisation publique pour améliorer l'image des sciences telles qu'elles se pratiquent. L'information concernant les sciences et les programmes de sciences devrait être ciblée surtout sur les professeurs et les élèves des écoles secondaires et sur les parents. Elle devra être réaliste et traiter des débouchés, des défis et des difficultés des carrières scientifiques. Dans la mesure du possible, il faudrait insister sur les liens légitimes qui existent entre les valeurs d'humanité et d'altruisme et les sciences telles qu'on les pratique véritablement.
  2. Il faudrait que les boursières du Canada aillent, moyennant rémunération, parler de leurs expériences et de leurs projets aux élèves des écoles secondaires intéressées par les sciences. Ce mentorat pourrait être coordonné dans le cadre de l'actuel projet pilote du bureau des conférenciers et au moyen du répertoire des boursiers/boursières du Canada.

Les recommandations suivantes visent à améliorer le taux de persévérance des boursières.

  1. On devrait mettre en place des services de soutien social pour aider les boursières à franchir cette étape transitoire importante entre la première et la deuxième année.
  2. À titre d'exemple du genre de soutien social nécessaire, mentionnons les clubs de mentorat; il faudrait chercher à étendre cette initiative de manière à doter toutes les universités d'un tel club.
  3. Des fonds devraient être affectés à la création d'un poste d'agent de programme dont la mission serait de parcourir les universités pour y rencontrer des groupes de boursiers et boursières et les faire parler de leurs expériences, progrès et difficultés. Le cas échéant, on pourrait prévoir des consultations individuelles.
  4. Un bulletin du Programme Bourses Canada devrait être publié pour informer les boursiers et boursières sur des questions d'actualité, y compris les questions hommes/femmes; il renfermerait une liste des personnes à consulter sur les divers campus en cas de problème. Les membres des clubs de mentorat pourraient être des candidats tout indiqués à cet égard. On y publierait des articles commandés spécialement ou des résumés de travaux de recherche ou encore des lettres exposant les vicissitudes de la spécialisation en sciences naturelles et en génie.
  5. On devrait fournir de la documentation aux boursiers et boursières et, si possible, à toutes les femmes qui choisissent des disciplines scientifiques, afin de les informer sur certaines des difficultés qu'ils risquent de rencontrer et de leur offrir des suggestions quant à la façon d'y faire face. Ces renseignements devraient être tirés des expériences faites par des étudiants et étudiantes achevant leur programme d'études.
  6. Les établissements acceptant les boursiers et boursières du Canada devrait être invités à interviewer les boursières en cas de non renouvellement. Ces entrevues seraient facultatives et pourraient permettre de recueillir d'importantes données sur les raisons pour lesquelles les boursières ont du mal à maintenir leur rendement scolaire.
  7. Un modeste fonds pilote devrait être constitué pour améliorer l'enseignement des sciences. On obtiendrait des résultats positifs en appliquant de nouvelles méthodes d'enseignement en classe et en laboratoire qui privilégient les structures et les expériences ayant une dimension personnelle, utile, concrète, pratique, coopérative et créative. Il faudrait évaluer les projets et tenir les professeurs informés des succès et des échecs.
  8. Il faudrait effectuer d'autres travaux de recherche sur les rapports existant entre les caractéristiques de l'enseignement des sciences et les expériences et résultats des étudiants et étudiantes.
  9. Il faudrait envisager d'élaborer des critères de renouvellement moins rigoureux.
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