Archivé — Document de travail No 14 : Performance de l'emploi dans l'économie du savoir

par Surendra Gera, Industrie Canada, et Philippe Massé, Développement des ressources humaines Canada, décembre 1996


Résumé

Les universitaires et les responsables des politiques s'entendent de plus en plus pour affirmer que la majorité des économies industrialisées s'orientent graduellement vers une économie du savoir. On perçoit le savoir, tant à titre d'intrant que d'extrant, comme une source essentielle de croissance à long terme et de création d'emplois. Des données empiriques récentes indiquent que l'économie canadienne est dynamique et de plus en plus « innovatrice », c'est-à-dire, fondée sur le savoir, à forte technicité et à niveau élevé de qualifications professionnelles. Notre étude a pour objet principal d'examiner si le changement structurel axé sur les industries du savoir a eu pour effet de générer non seulement un nombre plus élevé mais de meilleurs emplois.

Dans cette étude, nous examinons le rapport entre le changement structurel et la performance de l'emploi dans les industries canadiennes entre 1971 et 1991 en utilisant le modèle d'entrées-sorties de Statistique Canada. Bien que largement fondée sur des travaux antérieurs de l'OCDE (1992), notre étude fait appel à des données plus à jour, à une ventilation industrielle plus poussée (111 industries au lieu de 33) et elle analyse plus à fond les répercussions sur l'emploi de l'émergence de l'économie du savoir. Nous nous intéressons dans cette étude à trois questions liées aux politiques :

  1. La structure de l'emploi au Canada est-elle en voie de se déplacer vers des industries « innovatrices » (c'est-à-dire, des industries à forte intensité de savoir, à forte technicité, à caractère scientifique, à niveau élevé de qualifications professionnelles ou à salaires élevés) ?
  2. Quels sont les facteurs à l'origine de ces déplacements ? Quel a été le rôle respectif de la demande intérieure, des échanges internationaux, de la technologie et de la productivité ?
  3. Comment le marché du travail s'adapte-t-il aux nouvelles réalités de l'économie du savoir ?

Principales conclusions

À l'instar des autres économies de l'OCDE, le Canada a connu un affaiblissement graduel de la croissance globale de l'emploi pendant les dernières décennies et un déplacement relatif de l'emploi des secteurs traditionnels — industries primaires, secondaires et construction — vers le secteur des services.

  • La croissance annuelle de l'emploi dans le secteur des entreprises est passée de 3,1 pour cent dans les années 70 à environ 1,3 pour cent entre 1986 et 1991. Le secteur des services fut la seule source de croissance positive et soutenue de l'emploi. Par ailleurs, l'importance relative du secteur manufacturier a connu une contraction importante au cours des 20 dernières années.
  • Les performances les plus fortes en matière de croissance de l'emploi furent enregistrées par des industries à l'intérieur du secteur des services; en effet, ce sont les industries de l'immobilier et des services commerciaux, des services personnels et communautaires, de l'hébergement et de la restauration, ainsi que des finances et de l'assurance, où la progression de l'emploi a été la plus rapide. En dépit de la baisse de l'emploi dans le secteur de la fabrication, quatre industries manufacturières se classent parmi les 10 industries qui ont connu la croissance la plus rapide : ordinateurs et matériel de bureau, construction d'aéronefs, produits en caoutchouc et en matière plastique, et produits pharmaceutiques.
  • l'autre extrémité de l'échelle, les effets néfastes du changement structurel ont nécessité des ajustements pénibles dans les industries traditionnelles à fort coefficient de main-d'oeuvre comme les textiles, le vêtement, la chaussure et le cuir. Dans le secteur de la construction navale, environ un quart des emplois sont disparus.

Contrairement à la croyance populaire, le rythme du changement structurel ne s'est pas accéléré au Canada.

  • La cadence du changement structurel s'est peut-être accrue quelque peu au début des années 80, mais elle n'a pas augmenté et peut-être même a-t-elle diminué à la fin des années 80 et au début des années 90.

La croissance de l'emploi au Canada est de plus en plus liée à l'utilisation et à la production du savoir. On a pu observer cette transformation depuis le début des années 70.

  • La structure de l'emploi dans tous les secteurs se déplace vers les industries à haute densité de savoir et à fort contenu technologique. De plus, les débouchés dans des industries qui nécessitent des travailleurs plus spécialisés et mieux rémunérés représentent une proportion croissante de l'emploi.
  • Dans le secteur manufacturier, les industries à haute densité de savoir et à fort contenu technologique ont enregistré la croissance de l'emploi la plus rapide, tandis que les industries manufacturières à faible coefficient de savoir et de technologie ont perdu des emplois. Le secteur des services demeure la principale source d'expansion de l'emploi et les gains d'emploi proviennent tant des industries de service à coefficient élevé de connaissances que de celles à faible densité de savoir.

Bien que l'orientation du changement ait favorisé les industries à haute densité de savoir et à fort contenu technologique, ces industries ne représentent encore qu'une faible proportion de l'emploi au Canada.

  • La majorité des emplois se concentre encore dans le segment du système industriel qui se caractérise par des coefficients de savoir et des niveaux de technicité allant de faibles à moyens.
  • Il est possible que cette situation reflète en partie le fait que le secteur manufacturier canadien souffre d'un « retard en matière d'innovation » parce que le secteur de la haute technologie au Canada a crû à un rythme beaucoup plus lent que celui des autres principaux pays industrialisés au cours des 20 dernières années.

L'emploi dans les industries à haute densité de savoir est moins sensible aux replis conjoncturels que l'emploi dans les secteurs à coefficient de savoir faible et moyen.

L'augmentation de la demande intérieure et de la productivité de la main-d'oeuvre ont toujours été des déterminants importants de la croissance de l'emploi, mais le rôle des échanges internationaux et de la technologie a pris de l'importance pendant les années 80 et le début des années 90.

  • Les exportations sont devenues un élément dominant de la croissance de l'emploi, notamment dans les industries manufacturières à fort contenu de savoir et de technologie, et à rémunération élevée.
  • Par ailleurs, la pénétration des importations a exercé des effets néfastes sur la croissance de l'emploi dans les industries manufacturières à faible densité de savoir, à faible technicité, à faible salaire, à niveau peu élevé de qualifications professionnelles et à fort coefficient de main-d'oeuvre.
  • L'importance des échanges commerciaux et de la technologie s'est accrue dans le secteur canadien des services, en particulier dans les services à densité de savoir élevée ou moyenne comme les services commerciaux, les finances, l'assurance et l'immobilier.

Ces forces induites par la demande s'accompagnent d'un déplacement dans la structure de la demande de main-d'oeuvre en faveur de travailleurs qualifiés.

  • Des changements dans la composition professionnelle de l'emploi indiquent que la structure de la demande de main-d'oeuvre s'est déplacée en faveur des travailleurs spécialisés, tant dans le secteur manufacturier que dans celui des services. Ce phénomène semble se produire dans tous les secteurs industriels et il ne serait donc pas le résultat d'un déplacement de l'emploi vers des industries qui ont tendance à embaucher surtout des travailleurs qualifiés.
  • La demande accrue de travailleurs hautement spécialisés a eu pour effet de faire augmenter les rendements relatifs attribuables à l'éducation et à l'expérience (âge). De plus, des données empiriques sur les changements dans la composition de l'activité de la population active selon le niveau d'éducation et d'expérience indiquent que les travailleurs possédant des qualifications supérieures affichent des taux d'emploi plus élevés et des taux de chômage plus faibles.
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