Archivé — Document de travail No 15 : L'économie du savoir et l'évolution de la production industrielle

par Surendra Gera, Industrie Canada, et Kurt Mang, ministère des Finances, janvier 1997


Résumé

Dans cette étude, les auteurs analysent la structure industrielle du Canada au cours de la période allant de 1971 à 1991 en utilisant le modèle d'entrées-sorties de Statistique Canada. Bien que largement fondée sur des travaux antérieurs de l'Organisation de coopération et de développement économiques (1992), l'étude repose sur des données plus à jour, sur une ventilation plus poussée d'industries (111 industries au lieu de 33) et les auteurs examinent plus à fond le rôle que jouent les industries de la « nouvelle économie », c'est-à-dire, les industries où l'innovation, alimentée par l'utilisation du savoir, de la technologie et des qualifications professionnelles, est la source essentielle de la croissance.

L'étude a pour objet d'examiner la nature et la portée des changements observés dans la structure industrielle du Canada en se penchant sur les quatre questions suivantes liées à l'élaboration des politiques :

  • Quelle a été la portée du changement structurel dans l'économie canadienne ? Quelles sont les industries qui ont pris de l'expansion et quelles sont celles qui ont tiré de l'arrière ?
  • Le rythme du changement structurel s'est-il accéléré ?
  • L'économie canadienne est-elle en voie de devenir plus innovatrice ? Son utilisation du savoir, de la technologie et des qualifications professionnelles s'intensifie-t-elle ?
  • Quels sont les facteurs clés à l'origine du changement structurel : la demande finale intérieure, les exportations, les importations ou le progrès technique (mesuré à partir des changements observés au niveau des coefficients d'entrées-sorties) ?

L'analyse a permis de dégager les conclusions suivantes :

La présence du changement structurel est observable tant à l'échelle globale qu'à une échelle industrielle désagrégée.

Les secteurs traditionnels – ressources primaires, fabrication et construction - perdent beaucoup de leur importance dans l'économie par rapport au secteur des services.

Les « moteurs de la croissance » de l'économie canadienne – ordinateurs et matériel de bureau, matériel de communications et semiconducteurs, immobilier et services commerciaux, services personnels, sociaux et communautaires, produits pharmaceutiques, électricité, gaz et eau, et finances et assurance - se sont maintenus en tête du peloton pendant toute la période 1971-1991. On observe une stabilité étonnante parmi les chefs de file de la croissance durant ces années.

Contrairement à une perception largement répandue, le rythme de changement dans l'économie ne semble pas s'être accéléré.

La structure industrielle du Canada s'oriente de plus en plus vers les industries du savoir et à haute technicité, pour lesquelles l'avantage concurrentiel réside dans l'innovation et les idées créatrices – les fondements mêmes de la « nouvelle économie ».

L'évolution de la structure industrielle s'est accompagnée de hausses du niveau de concentration en savoir. L'économie suit un mouvement ascendant dans l'échelle de concentration en savoir. De plus, cette mutation a été perceptible depuis le début des années 70.

Les industries à fort contenu de savoir ont dominé le classement en terme de croissance pendant la période la plus récente (1986-1991), sept des dix industries les plus performantes étant du groupe des industries à densité élevée de savoir.

En dépit de cette performance supérieure, le secteur des entreprises canadiennes comprend encore en majorité des industries à contenu de savoir moyen et faible.

Dans les secteurs de la fabrication, des services et des ressources, la performance des industries à fort contenu de savoir a surpassé, en moyenne, celles dont le niveau de savoir requis était plus modeste.

Le secteur manufacturier canadien est en voie de devenir plus innovateur en intensifiant son utilisation des technologies de pointe et de travailleurs plus spécialisés.

Le changement structurel dans le secteur manufacturier s'est accompagné de modifications en matière de densité technologique de la production, de qualifications requises des travailleurs et de niveaux de salaires.

Entre 1971 et 1991, les industries manufacturières à haute technicité – celles dont la proportion des dépenses en recherche et développement (R-D) est élevée – ont enregistré des taux de croissance supérieurs à ceux de la moyenne sectorielle. Pendant la même période, l'importance relative des industries à faible technicité a diminué.

L'importance relative des industries manufacturières qui utilisent une main-d'oeuvre plus qualifiée s'est accrue, à plus long terme, par rapport à celle des industries qui emploient des travailleurs moins spécialisés.

Entre 1970 et 1991, les industries manufacturières qui payaient des salaires plus élevés furent aussi celles dont la croissance a été plus rapide.

Le secteur des services est aussi en voie de devenir plus innovateur.

Le secteur des services a suivi une évolution à peu près semblable à celle du secteur manufacturier : les industries à haute densité de savoir ont enregistré une croissance supérieure à celle de l'ensemble du secteur des services et de l'ensemble du secteur des entreprises. Il en fut de même des services à contenu moyen de savoir.

La demande intérieure était auparavant l'élément dominant qui influait sur la croissance des industries, mais le rôle des échanges commerciaux est devenu beaucoup plus important. Les industries à forte concentration de savoir dans le secteur des biens échangeables semblent être celles qui ont le plus profité de la performance des exportations; les industries à faible densité de savoir ont vu leur recul relatif s'accélérer à cause de la concurrence des importations.

Les exportations sont devenues un élément de changement de plus en plus important dans les industries manufacturières à haute technicité. Une hausse des importations a contribué à la perte de parts de production dans les industries à faible technicité. La même conclusion s'applique aux industries qui emploient du personnel peu spécialisé.

À l'intérieur du secteur manufacturier, les industries à hauts salaires sont généralement tournées vers les marchés d'exportation. L'évolution des profils commerciaux, du moins pendant les années 80, n'a pas eu d'incidence négative sur ces industries. Mais la concurrence provenant des importations a généralement eu des effets négatifs nets sur les industries à rémunération faible et moyenne.

Pour ce qui est du secteur des services, le marché intérieur demeure encore la force dominante. Il en est ainsi parce que les services ne font pas l'objet d'échanges commerciaux dans la même mesure que les produits. Néanmoins, l'importance du commerce des services est à la hausse.

Dans le cas tant des services traditionnels que de ceux à forte densité de savoir, le rôle du progrès technique est devenu plus important.

La présence du changement structurel est manifeste aussi dans le secteur des ressources naturelles.

Le secteur des ressources naturelles semble suivre une tendance générale à la baisse, mais un examen plus poussé des données à l'échelle industrielle révèle que plusieurs industries comprises dans ce secteur ont une performance supérieure à la moyenne – notamment, la pêche et le piégeage, une industrie à faible contenu de savoir, et des industries à contenu moyen de savoir comme l'extraction de minerais métalliques et non métalliques ainsi que les combustibles minéraux.

Parmi les industries de ressources les plus performantes, ce sont des éléments liés au commerce qui expliquent leur performance supérieure à la moyenne; la plupart de ces industries ont enregistré une forte croissance en dépit d'une incidence faible ou même négative de la demande intérieure.

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