Archivé — Le Canada au 21e siècle : Document No 7 : Les conséquences du changement technologique pour les politiques de main-d'oeuvre

par Julian R. Betts, Université de la Californie à San Diego, dans le cadre d'un contrat avec Industrie Canada, 1998


Sommaire

L'auteur de cette ètude examine l'interaction entre les technologies nouvelles et le marché du travail. Son analyse porte principalement sur l'influence que les nouvelles technologies informatiques exercent sur les salaires, l'emploi et la demande de travailleurs spécialisés par rapport à la demande de travailleurs moins qualifiés.

Le premier chapitre renferme une analyse non technique de la théorie économique pertinente. Les prévisions que l'on peut tirer de cette théorie varient sensiblement selon le type de changement technologique considéré. Par exemple, l'adoption par une entreprise d'une technologie qui permet d'économiser de la main-d'oeuvre peut se traduire en bout de ligne par une augmentation de l'emploi et des salaires. D'autre part, des pertes d'emploi peuvent se produire dans d'autres entreprises qui négligent d'innover. L'emploi dans d'autres industries peut augmenter ou diminuer, étant donné que l'innovation dans un secteur industriel a pour effet de modifier la demande de travail, de matières premières et d'autres facteurs de production dans l'économie.

Dans le deuxième chapitre, l'auteur analyse l'incidence d'innovations informatiques récentes sur l'emploi, les salaires et la demande de travailleurs spécialisés par rapport à la demande de travailleurs non qualifiés. Selon plusieurs sources, le changement technologique n'aurait pas entraîné une baisse sensible de l'emploi au Canada. Il semblerait même que les entreprises innovatrices parviennent à payer de meilleurs salaires et à augmenter leur effectif par rapport aux entreprises non innovatrices dans la même industrie. Des études fondées sur des données pour les économies américaine et française ont mené à des résultats semblables. Il semble que les innovations technologiques dans le secteur de la microélectronique ont eu pour effet de hausser les compétences requises des travailleurs, ce qui a contribué à un élargissement important de l'écart salarial entre les travailleurs qui ont fréquenté l'université et ceux dont le niveau de scolarité est moins élevé aux États-Unis; on a pu observer un élargissement semblable mais moins prononcé de l'écart salarial entre ces deux catégories de travailleurs au Canada.

Le troisième chapitre est consacré à une analyse de la mesure dans laquelle les caractéristiques du marché du travail entravent le rythme de progrès technologique. Selon plusieurs enquêtes réalisées auprès d'entreprises canadiennes, l'absence d'une main-d'oeuvre suffisamment qualifiée ou scolarisée a contribué à ralentir le rythme auquel les entreprises ont adopté les innovations en microélectronique au cours des années 80.

Les quatrième et cinquième chapitres renferment une description des tendances probables de l'évolution technologique au cours des 15 prochaines années ainsi que des stratégies pour faire face aux changements qui s'annoncent. Les recherches permettent de penser qu'il est peu probable que le progrès technologique engendre un chômage massif, compte tenu du rythme d'adoption progressif des technologies microélectroniques. Mais l'évolution technologique continuera d'exercer une influence profonde sur le marché du travail. En particulier, le rythme d'obsolescence des qualifications des travailleurs continuera de s'accélérer et la demande de travailleurs spécialisés ne cessera probablement pas d'augmenter.

L'auteur propose plusieurs mesures stratégiques visant à faciliter l'adaptation au progrès technologique. Pour les jeunes, des mesures s'imposent afin d'améliorer la transition de l'école au marché du travail. Des normes d'enseignement élevées et uniformes à la grandeur du Canada contribueraient grandement à la bonne préparation des étudiants en vue de leur intégration à la population active. Parmi les mesures possibles figurent des dépenses accrues consacrées à la formation en informatique au niveau secondaire, une réforme de l'enseignement professionnel et une meilleure interface entre les collèges communautaires et les entreprises locales. Un rôle important pour le gouvernement fédéral en ce qui concerne la dernière mesure proposée consisterait à promouvoir l'élaboration de normes nationales pour un ensemble de programmes sanctionnés par des certificats.

L'auteur propose une gamme d'initiatives visant à réduire les effets néfastes du changement technologique sur les travailleurs plus âgés, y compris des cotisations d'assurance-chômage fondées sur l'expérience et un appui plus soutenu au système de collèges communautaires.

Une étroite collaboration entre le secteur privé, les gouvernements et les établissements d'enseignement constitue probablement la mesure la plus efficace pour faire face à l'évolution des besoins de compétences et pour remédier au chômage structurel. La clé du succès est que les établissements d'enseignement locaux soient constamment à l'écoute des réactions des entreprises locales pour s'assurer que les cours et les programmes soient adaptés aux besoins de la technologie. Ètant donné les indices qui laissent croire que l'industrie canadienne a adopté la microélectronique à un rythme un peu plus lent que les autres pays développés pendant les années 80 et qu'une pénurie de travailleurs qualifiés est souvent mentionnée par les entreprises canadiennes comme un obstacle à l'innovation, une collaboration tripartite permettrait non seulement de former de jeunes travailleurs et de recycler des travailleurs plus âgés dans les professions les plus en demande, mais elle pourrait aussi contribuer à accélérer le rythme d'innovation global et de croissance de la productivité dans l'économie canadienne.

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