Archivé — Le Canada au 21e siècle : Document No 10 : La réaction des entreprises — L'innovation à l'ère de l'information

par Randall Morck, Université de l'Alberta, et Bernard Yeung, Université du Michigan, dans le cadre d'un contrat avec Industrie Canada, 1998


Sommaire

Dans les cours de prévision, les étudiants au baccalauréat en économique apprennent habituellement à tracer des tendances pour les variables qui les intéressent et ils utilisent ensuite les données statistiques en les extrapolant dans l'avenir. Cette procédure a l'avantage de n'exiger pratiquement aucun travail de compréhension des choses que l'on cherche ainsi à prédire. Elle mène également à des erreurs spectaculaires. Nous croyons que la clé qui permet de faire des prévisions informées au sujet de l'avenir réside dans la compréhension de certains éléments fondamentaux de l'économique. Nous croyons qu'une théorie économique appelée l'école autrichienne, récemment réhabilitée en partie après presqu'un siècle sous la forme de la théorie de la croissance endogène, est la clé permettant de comprendre la situation dans laquelle nous nous trouvons actuellement.

Il est intéressant de prédire que le monde est à l'aube d'une ère entièrement nouvelle, mais habituellement, le monde ne coopère pas. Dans dix ans, les entreprises et les emplois ne seront probablement pas très différents de ce qu'ils sont aujourd'hui. Cependant, il y a quelques changements qui auront probablement un impact. Nous croyons que les plus importants sont l'accélération du rythme de l'innovation, la mondialisation et l'évolution démographique de la population canadienne. Ces trois changements ne sont pas sans liens.

L'immigration est probablement la seule façon de prévenir le désastre démographique qui attend le Canada à mesure que sa population vieillit. Cela nous amène à faire ce que nous considérons comme des prédictions relativement sûres à un horizon de dix ans pour le Canada : la population canadienne sera plus diversifiée que celle des autres pays occidentaux avancés et cette diversité lui conférera un avantage concurrentiel de taille pour forger des liens économiques avec les nouveaux pays riches d'Asie et d'ailleurs.

Par conséquent, la mondialisation pourrait être une très bonne chose pour le Canada. Nous sommes peut-être mieux placés pour profiter du déplacement du centre de gravité économique mondial hors de la zone Nord-Atlantique. La politique actuelle du Canada, qui vise à promouvoir le libre-échange à l'échelle mondiale, est donc sensée. Mais l'accélération du rythme de l'innovation est une raison encore plus convaincante pour que le Canada préconise le libre-échange.

Les innovations ont des propriétés économiques particulières. Lorsqu'une entreprise dépense des fonds en R-D pour mettre au point un procédé ou un produit nouveau, elle touche un rendement plus élevé si l'innovation peut être commercialisée à grande échelle. Nous croyons qu'il deviendra de plus en plus évident que la concurrence réelle dans une économie mondiale de libre marché sera la concurrence sur le plan de l'innovation. Pour devenir des innovateurs concurrentiels, les entreprises canadiennes doivent pouvoir réaliser des rendements élevés sur leurs innovations. Et cela exige qu'elles aient accès au marché le plus étendu possible — le marché mondial.

À notre avis, le gouvernement a un rôle essentiel à jouer pour promouvoir le dynamisme économique du Canada au cours de la prochaine décennie, mais ce rôle est passablement différent de celui qu'il a assumé au cours de la plus grande partie du 20e siècle. L'état est en voie de devenir une entreprise concurrentielle. Les gouvernements qui ne réussiront pas à offrir une infrastructure publique — matérielle et immatérielle — de haute qualité à des taux d'imposition concurrentiels perdront du capital, de la main-d'oeuvre spécialisée et, par conséquent, des connaissances, au profit d'autres économies. Un élément critique de cette infrastructure est, selon nous, un système juridique bien adapté, fiable et équitable qui protège les droits de propriété réelle et intellectuelle. Un aspect essentiel du système juridique est une législation en matière de régie d'entreprise qui favorise l'investissement en renforçant la confiance des investisseurs à l'égard des sociétés. L'éducation, l'ordre public et les filets de sécurité sociale sont d'autres éléments fondamentaux de cette infrastructure. Par contre, quelle que soit la valeur de la cause défendue, les subventions aux entreprises ne le sont pas.

Nous concluons par une brève description de la tâche qui attend les entreprises dans l'avenir et par une prévision qui, selon nous, a toutes les chances de se réaliser si les autres ne se concrétisent pas.

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