Archivé — Document de travail No 32 : Le paradoxe canado-américain de la croissance de la productivité

par Serge Coulombe, Université d'Ottawa, mars 2000


Résumé

Les mesures de la productivité dans le secteur des entreprises, qui englobe environ 75 pour cent de l'économie, fournissent des indications importantes sur l'évolution du niveau de vie.

Les données sur la croissance de la productivité multifactorielle (PMF) et de la productivité du travail produites par les organismes officiels de statistique au Canada (Statistique Canada) et aux États-Unis (Bureau of Labor Statistics, ou BLS) envoient des signaux contradictoires sur l'évolution comparative des niveaux de vie des deux pays. Depuis le début des années 80, la mesure de la PMF dans le secteur des entreprises publiée par Statistique Canada montre que l'économie canadienne a connu une meilleure performance que l'économie américaine, tandis que les données sur la productivité du travail indiquent le contraire. C'est ce que l'on appelle le paradoxe canado-américain de la productivité.

Dans cette étude, nous examinons le paradoxe de la productivité en analysant les données canadiennes et américaines sur la productivité dans le secteur des entreprises depuis 1961. Le principal résultat qui ressort de l'analyse est que les estimations de la PMF produites par Statistique Canada en mars 1999 ne sont pas cohérentes dans le temps ni comparables aux estimations pour les États-Unis.

Notre analyse révèle trois problèmes importants soulevés par la méthodologie qu'emploie Statistique Canada pour estimer la croissance de la PMF. Premièrement, l'indice de composition de la main-d'oeuvre de Statistique Canada est biaisé. L'organisme semble surestimer de façon significative la contribution de l'évolution de la composition de la main-d'oeuvre durant les années 60 par rapport aux années 80 et 90. Ainsi, la croissance de la PMF dans les années 60 est sous-estimée en comparaison de celle des années 80 et 90.

Deuxièmement, la notion de capital utilisée par Statistique Canada semble trop étroite aux fins de la mesure de la croissance de la PMF. En excluant la terre et les stocks de produits, qui ont tendance à croître plus lentement que les autres composantes du stock de capital, Statistique Canada surestimerait la contribution de l'accumulation du capital à la croissance de la production.

Troisièmement, Statistique Canada semble sous-estimer systématiquement le taux de croissance transitoire et le niveau du stock de capital au Canada. Cette sous-estimation serait imputable à la méthodologie employée par l'organisme pour tenir compte de la dépréciation. La distorsion engendrée par la sous-estimation de la croissance du stock de capital (troisième problème) fait plus que compenser celle causée par la définition étroite du stock de capital (deuxième problème). Statistique Canada surestime donc la croissance de la PMF d'environ 0,25 point de pourcentage par an.

En conclusion, nous suggérons que Statistique Canada revoie en profondeur la méthodologie employée pour estimer le stock de capital et pour mesurer les changements dans la composition de la main-d'oeuvre. L'étude propose des modifications à la méthodologie en vue de résoudre ces problèmes.

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