Archivé — Document de discussion No 12 : Le boom économique irlandais : les faits, les causes et les leçons

par Pierre Fortin, Université du Québec à Montréal et Institut canadien de recherches avancées, mai 2002


Résumé

Au cours de la dernière décennie, le produit intérieur réel de l'Irlande par habitant a doublé, tandis que le taux de chômage national a diminué de 16 pour cent à moins de 5 pour cent. Cela a contribué à faire de la République irlandaise l'un des dix pays les plus riches du monde. Ce miracle économique est le résultat simultané du boom de la productivité à long terme remontant aux années 50 et 60 et d'une expansion soudaine et rapide de la production et de l'emploi à court terme qui a permis à l'Irlande de rattraper, depuis 1993, tout le terrain perdu en matière d'emploi durant les vingt années précédentes.

Il s'avère que, depuis des décennies, l'Irlande a réussi à soutenir de manière remarquable la croissance de la productivité à long terme grâce à son ouverture au libre-échange et à l'investissement international, à des politiques industrielles et fiscales favorables aux entreprises, ainsi qu'à la gratuité de l'enseignement secondaire et au faible coût des études supérieures.

La poussée de la demande globale à court terme observée depuis 1993 a été alimentée par la solide reprise économique en Europe et aux États-Unis, l'amélioration continue de la compétitivité internationale de l'Irlande sur le plan des coûts, la rationalisation des finances publiques, ainsi que des taux d'intérêt (après inflation) peu élevés. La réaction de l'offre à cette expansion de la demande a notamment englobé une forte augmentation du taux de participation des femmes à la population active, un important courant d'immigration et de migration de retour, ainsi qu'un afflux massif d'investissement étranger direct, notamment en provenance des multinationales américaines. Conjuguées, ces tendances des marchés du travail et du capital ont soutenu le boom économique sans engendrer d'effets inflationnistes jusqu'à la fin de 1999. La réponse prolongée et non inflationniste de l'économie irlandaise doit aussi beaucoup à la discipline budgétaire du gouvernement, à la modération des règlements salariaux axés sur la recherche d'un consensus, ainsi qu'à la participation du pays au marché européen unifié et à l'Union monétaire européenne.

Les politiques propices à une hausse de la productivité à long terme adoptées par l'Irlande peuvent être imitées ou reprises en large partie par d'autres pays, dont le Canada. Les politiques visant à promouvoir un taux d'emploi élevé doivent tenir compte du cadre institutionnel régissant la détermination des salaires et du régime monétaire qui sont propres à un pays. De façon générale, un pays pourra atteindre son taux de chômage soutenable le plus bas en évitant un resserrement prématuré de sa politique monétaire et en adoptant des politiques fiscales, de dépenses et de réglementation favorables à l'offre, qui contribuent à maintenir les coûts unitaires de main-d'oeuvre à un bas niveau et à promouvoir des taux élevés d'épargne et d'investissement.

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