Archivé — Document de discussion No 13 : Les services dans la nouvelle économie : problématiques

par Brian R. Copeland, Université de la Colombie-Britannique, octobre 2003


Introduction

La mondialisation et la croissance de l'économie axée sur les connaissances constituent sans doute les deux principales forces à l'œuvre dans l'économie de nos jours. Elles engendrent des changements dans l'économie et dans la nature même du travail que nous ne comprenons pas encore à fond. Bien que les effets de ces changements soient profonds dans l'ensemble de l'économie, il est particulièrement urgent de comprendre dans quelle mesure cela touche le secteur des services.

L'objet du présent document est de susciter des discussions sur les priorités de recherche relativement à l'interaction entre la mondialisation, la nouvelle économie et les facteurs économiques du secteur des services. Il est important que les débats sur la politique et que la formulation de la politique soient axés sur une bonne compréhension des questions et des forces économiques sous-jacents qui sont à l'œuvre. Bien que les travaux de recherche dans ce domaine augmentent, il nous reste encore beaucoup à apprendre.

Le secteur des services englobe un large éventail assez varié d'activités d'ordre économique, notamment les services bancaires, les services de conciergerie, l'éducation, les loisirs, le transport, la santé, pour ne nommer que ceux-là. Le secteur des services constitue l'employeur principal dans les pays aux économies développées. Toute analyse des effets de la mondialisation et des nouvelles technologies de l'information sur l'économie doit, par conséquent, comprendre sans contredit le secteur des services.

L'importance d'examiner le secteur des services dépasse de loin la simple question de sa taille. Le programme stratégique mondial en matière de commerce se recentre en fonction des services. Nous devons donc nous assurer de bien comprendre les facteurs économiques du secteur avant de nous lancer dans des accords commerciaux dans ce domaine. Par ailleurs, l'analyse économique de nombreux volets du secteur des services avait parfois tendance à être à la remorque de celle du secteur des biens à cause des problèmes difficiles des données et des mesures qui présentent de gros défis aux chercheurs. Par conséquent, on a besoin de la recherche mettant l'accent sur le secteur des services, en partie à cause de l'importance centrale qu'il revêt pour l'économie, du programme de politiques internationales et des lacunes dans nos connaissances du secteur attribuables, en partie, à des données insuffisantes.

La mondialisation est inextricablement liée aux services. Les services favorisent à la fois la mondialisation et sont assujettis aux pressions et aux avantages de la mondialisation. Les principaux liens entre les pays se nouent au moyen des télécommunications et du transport, tout deux des services. Les changements au niveau de la technologie, de la politique concurrentielle et de la politique commerciale dans ces industries ont contribué à favoriser l'intégration économique mondiale. Les services s'ouvrent aussi de plus en plus au commerce international. Bien que le gros des échanges mondiaux repose toujours sur les biens, le commerce international des services à l'échelle mondiale a récemment fait l'objet d'une croissance plus rapide que celui des biens, et plus de la moitié des nouveaux investissements étrangers directs visent les services. Cela crée de nouvelles occasions pour les consommateurs et les producteurs de services, mais cela soulève aussi de nouveaux défis.

On considérait une grande partie de la politique publique touchant le secteur des services comme une question intérieure plutôt qu'une question de politique commerciale. Cela s'explique de plusieurs façons. Depuis toujours, le plus clair du commerce international est réservé aux biens; par conséquent, les accords commerciaux visaient habituellement les biens plutôt que les services. De même, de nombreux services sont fournis par les gouvernements et sont donc naturellement perçus comme des instruments de politique intérieure.

Les choses ont commencé à changer au cours des dernières années. Les accords commerciaux internationaux s'étendent maintenant au commerce des services et aux investissements dans les services. L'Accord de libre-échange nord-américain (ALENA) traitait partiellement du commerce régional et des investissements dans les services. Aussi, sous les auspices de l'Organisation mondiale du commerce (OMC), les pays membres se sont engagés à l'Accord général sur le commerce des services (AGCS), qui est un cadre de développement d'un régime libéralisé, fondé sur des règles, pour le commerce international et les investissements dans les services. Tandis que les séries de négociations antérieures sur la libéralisation du commerce, qui portaient principalement sur les biens, venaient s'appuyer sur un large éventail d'études sur leurs effets éventuels, on en sait toujours très peu sur la taille ou les coûts des obstacles actuels au commerce des services et les conséquences des diverses approches à la libéralisation du commerce.

Les percées dans le domaine de la technologie de l'information ont également une incidence marquée sur le secteur des services. Les cinq premières industries du point de vue de l'achat d'ordinateurs font partie du secteur des services (Triplett et Bosworth, 2001). Les coûts de télécommunication ont chuté et la qualité et la diversité des services ont augmenté de façon spectaculaire au cours des 15 dernières années. Ces changements et d'autres ont modifié la nature du travail de nombreuses personnes exerçant des professions dans le secteur des services, puisque la cadence des changements a obligé les entreprises et leurs travailleurs à s'adapter et à innover pour maintenir leur capacité concurrentielle. La cadence et l'importance des innovations dans un monde de plus en plus intégré soulèvent d'importants défis du côté de la politique. La réglementation et les politiques doivent évoluer en fonction des changements qui s'opèrent au niveau de la technologie et des marchés mondiaux. Pour ce faire, nous devons mieux comprendre les principes économiques sous-jacents.

Le dernier grand projet de recherche sur les services au Canada a eu lieu il y a 15 ans (Grubel et Walker, 1988). Vu les grandes percées dans la technologie de l'information qui ont eu lieu depuis cette date et les négociations internationales continues par les membres de l'AGCS, le moment est venu d'examiner les priorités en matière de recherche dans ce domaine.

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