Archivé — Document de discussion No 14 : Faire du Canada la destination privilégiée des ressources mobiles à l'échelle internationale

par Keith Head et John Ries, Université de la Colombie-Britannique, janvier 2004


Sommaire

Cette étude est consacrée à un examen de la concurrence qui entoure trois catégories de ressources mobiles à l'échelle internationale (RMI) — les ressources financières, les ressources intellectuelles et le capital humain. Nous donnons une dimension pratique à ces notions en les associant à l'investissement étranger direct (IED), à la recherche-développement (R-D) et aux travailleurs ayant une formation universitaire. L'analyse précise les avantages que pourrait retirer le Canada en attirant ces ressources et examine les données empiriques sur ces avantages. Nous présentons aussi des données théoriques et empiriques sur les déterminants des choix ayant trait à la localisation des ressources mobiles. Nos premières impressions au sujet de chacune de ces catégories de ressources sont présentées dans ce qui suit.

  • L'investissement étranger direct
    Historiquement, le Canada a attiré une part disproportionnée de cette ressource, mais sa situation se détériore peu à peu. Les filiales des sociétés contrôlées par des intérêts étrangers sont plus productives que celles des sociétés contrôlées par des intérêts canadiens et versent des salaires plus élevés. Il existe des données sur les retombées pour l'économie d'accueil, mais elles sont peu concluantes. La position relative du Canada dans la lutte pour attirer l'IED dépend de la façon dont les entreprises multinationales réagissent à la baisse continue des coûts du commerce et des communications ainsi qu'à l'évolution des avantages comparatifs. Les multinationales se regroupent dans certaines régions particulières à cause de facteurs communs (proximité de la demande, intrants peu coûteux, etc.) et peut-être aussi pour avoir accès aux économies d'agglomération qui se manifestent au niveau des entreprises.
  • La recherche-développement
    Par rapport à la taille de son économie, le Canada effectue un peu moins de R-D non gouvernementale, et l'intensité de la R-D dans les filiales de propriété étrangère est moins élevée que dans les entreprises canadiennes. L'opportunité d'attirer la R-D dépend des retombées, qui sont de nature locale. Il y a de bonnes raisons de croire que la R-D engendre des retombées et les données indiquent que ces retombées se propagent sur de grandes distances. Le processus de sélection de l'emplacement de la R-D semble mal compris.
  • Les travailleurs ayant une formation universitaire
    Par rapport à la taille de son économie, le Canada compte un plus grand nombre de personnes ayant une formation collégiale, mais sa part des diplômés universitaires est inférieure à notre valeur repère. Les travailleurs qualifiés semblent internaliser une bonne partie des avantages liés à leur capital humain. L'exode des cerveaux aux États-Unis ne nous paraît pas alarmant au niveau actuel. À vrai dire, ce phénomène pourrait même ne pas imposer un coût réel au Canada si l'on tient compte des avantages présumés pour les émigrants eux-mêmes. Puisque les travailleurs sont attirés vers les bons emplois, les politiques de promotion de la croissance économique sont la clé des efforts visant à garder ces travailleurs au Canada.

Les décisions en matière de localisation de l'IED, de la R-D et des travailleurs ayant une formation universitaire sont déterminées de façon conjointe : la réussite des efforts visant à attirer l'une de ces ressources a une incidence positive sur les autres. Cette dynamique exerce un effet d'entraînement et peut mener à la formation de grappes industrielles et à l'acquisition d'un avantage concurrentiel au niveau national dans certains secteurs en particulier. Si la présence de ces facteurs dynamiques incite à adopter des politiques favorisant la formation de telles grappes, la réussite de ces politiques demeure néanmoins bien incertaine. Les politiques gouvernementales destinées à promouvoir la formation de grappes peuvent être contrecarrées par les initiatives de gouvernements rivaux, et certains endroits peuvent ne pas offrir les atouts intrinsèques qui favorisent la formation d'une grappe. Les campagnes à coût modique servant à renseigner les étrangers sur les atouts du Canada sont probablement justifiées. Ce qu'il faut éviter ce sont les surenchères, dans lesquelles le Canada donne aux investisseurs qu'il parvient à attirer davantage que ne le justifient les retombées bénéfiques de leur implantation au pays.

Les opinions des responsables des politiques ont évolué profondément depuis l'époque où les investisseurs étrangers et les immigrants suscitaient l'hostilité et la crainte. C'est là une bonne chose. Mais nous préconisons une certaine prudence à ce stade, pour éviter d'aller trop loin dans l'autre direction. La plupart des avantages liés à la localisation au Canada semblent profiter aux RMI ellesmêmes. En outre, la plupart des politiques qui sont justifiées en soi auront comme effet secondaire d'attirer davantage de RMI. D'autres recherches sont nécessaires avant de tirer des conclusions définitives sur la mesure dans laquelle le Canada devrait consacrer des ressources publiques rares à tenter d'attirer directement des ressources mobiles à l'échelle internationale.

Date de modification :